Coronavirus : “On n’envoie pas des soldats au front sans boucliers”, le cri d'alarme des pharmaciens des Hauts-de-France

© Frédérik Giltay - France 3
© Frédérik Giltay - France 3

Le président du Conseil Régional de l’Ordre des pharmaciens des Hauts-de-France tire la sonnette d'alarme. David Alapini nous a contactés après avoir été sollicité par de nombreux pharmaciens, dont les cartes professionnelles sont périmées. Ils craignent d'être verbalisés en allant travailler.

Par Emmanuel Pall

► David Alapani, vous êtes le président du Conseil Régional Hauts-de-France de l'ordre des pharmaciens. Vous nous avez interpellés sur la verbalisation de pharmaciens se rendant à leurs officines. Quelle est la situation ?

Certains de mes confrères sont embêtés car ils n’ont pas de carte professionnelle à jour. Vous devez savoir que le Conseil de l’Ordre atteste l’activité de chacun des pharmaciens par cette carte distribuée en avril, le temps que l’édition se fasse. Du coup, en 2020, aucun confrère n’a encore sa carte professionnelle. Cela vaut également pour les médecins. J’ai été alerté par des médecins hospitaliers de l’Oise sur cette question, où vraisemblablement des pharmaciens ont été embêtés. A ce jour, je ne sais pas s’il y a eu des verbalisations en Hauts-de-France mais je sais que cela s’est malheureusement produit ailleurs en France. Si les pharmaciens, qui sont également en première ligne face au virus, sont verbalisés, c’est la double peine.
 
► Vos pharmaciens sont-ils suffisamment équipés en masques ?

J’ai déjà tiré la sonnette d’alarme, on n’envoie pas des soldats au front sans boucliers. La dotation est de 18 masques, par semaine, par pharmacien, en France. Mais dans les 2200 pharmacies des Hauts-de-France, il y a, en moyenne, trois personnes en plus du pharmacien. Le compte n’y est pas. On crie, on pleure, on hurle :  il faut que toute l’équipe soit protégée.
 

► Y a-t-il eu une ruée de la part des patients sur la chloroquine, médicament qui pourrait guérir du Covid-19 ?

La chloroquine est un anti-paludéen qui permet de traiter également certaines affections auto-immunes. Le problème, c’est qu’il a filtré très vite que ce médicament pourrait être efficace contre le coronavirus. Les médias ont très vite parlé des travaux du Pr Raoult à Marseille. Les gens ont voulu se prémunir, nous avons constaté des demandes spontanées, puis des prescriptions affinées suivant le protocole du Pr Raoult. Pour ma part, j’ai eu 2 ou 3 demandes par jour mais sachez que les prescriptions non recevables n’ont pas été honorées. Aujourd’hui, il n’y a pas de pénurie en France, mais, sans doute pour une gestion efficace des stocks, des consignes gouvernementales rendent plus difficile l’approvisionnement des pharmacies en chloroquine.
 
► Et pour les malades victimes de ces maladies auto-immunes qui ont besoin de chloroquine, vous faites comment ?

Le suivi de leur traitement est assuré. Nous ne sommes pas approvisionnés plus qu’habituellement, mais suffisamment pour que ces traitements soient assurés.
 

► Concernant le paracétamol, comment gérez-vous la demande ?

Lundi 16 mars et mardi 17 mars, lors de l’annonce et lors du confinement effectif, la demande a augmenté de 105%. Aujourd’hui, c’est désormais une boîte de paracétamol pour une personne asymptomatique, et deux boîtes pour une personne avec symptômes. Alors il y a parfois de l’incompréhension voire de l’agressivité et ce n’est pas toujours facile pour les pharmaciens dont je reconnais le travail et le professionnalisme.
 
► Arrive-t-il que des patients atteints par le Covid-19 viennent directement dans les officines ?

Sur ce point le message a été bien reçu. Il n’y en a quasiment plus. Au début, ils venaient avec leur ordonnance. Ce n’est plus le cas. Mais ce qui nous inquiète, ce sont les patients asymptomatiques qui restent très contagieux.

 

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