Cours du brut, coût de distribution, TICPE, TVA : comment est fixé le prix de l'essence

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TICPE, TVA, coût de distribution, raffinage... Arrivés à la pompe, tout ce que voient les automobilistes, c'est le prix affiché à côté du carburant qu'ils utilisent. Un prix qui s'envole depuis plusieurs mois. Mais sait-on seulement ce que l'on paye en mettant de l'essence dans sa voiture ? On vous explique tout.

Ça n'a échappé à personne et c'est même dans toutes les conversations des Français depuis plusieurs semaines : le prix des carburants ne cesse d'augmenter de jour en jour en France, dépassant les 2 euros le litre de sans plomb dans certaines stations-service : 

Une augmentation qui semble ne pas avoir de limite et qui est accentuée par le contexte international actuel.

Mais comment est fixé le prix de l'essence ? On sait qu'une grande partie du prix au litre est constitué de taxes allant directement dans les caisses de l'État. Mais dans quelles proportions ?

Extraction, raffinage, distribution et taxes

Dans le prix d'un litre de carburant, vous payez :

  • Le coût du pétrole brut, à la sortie de la raffinerie : soumis à la loi de l'offre et de la demande, il est varaible;
  • La marge de raffinage;
  • Les coûts de transport et de distribution;
  • Enfin, la fiscalité;

Le prix de l'essence hors taxe est composée du coût du pétrole brut + le coût du transport et de la distribution + la marge de raffinage. À quoi il faut ensuite ajouter les taxes. En France, trois taxes différentes sont mises en place sur le prix des carburants :

  • la TICPE ou Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques, anciennement appelée la TIPP (Taxe intérieure de consommation sur les produits pétroliers);
  • La TVA sur la TICPE; 
  • et la TVA.

Selon l'Union française des industries pétrolières (Ufip), le prix d'un litre de gazole à 1,88€ et celui d'un litre de SP 95 à 1,89€ (et de SP 98) se décomposent comme suit :

Au total, sur nos 1,883€ pour un litre de gazole, 0,923 centimes d'euros vont dans les caisses de l'État. Et un peu plus d'1€ pour notre litre de SP 95 à 1,888€. C'est la TICPE qui est la taxe la plus lourde que le prix des carburants.

La TICPE, 4ème recette fiscale de l'État

Le taux de la TICPE n'est pas le même en fonction des régions : il est plus élevé en Ile-de-France et moins en corse que dans le reste de la France. Elle est  fixée par la loi de finances et votée par les parlementaires. Ce sont  les professionnels gérant la production, l’importation et/ou le stockage des carburants qui payent cette taxe. Une taxe qui est ensuite répercutée sur le prix du carburant. Si le gouvernement décide de réduire la TICPE, charge aux producteurs de répercuter cette baisse sur le prix de vente de l'essence. Ou non.

Seule une partie de la TICPE revient effectivement à l'État, l'autre étant transférée depuis 2005 aux régions et aux départements pour compenser les transferts de compétences instaurés dans le cadre de la décentralisation : en 2019, sur 37 milliards de TICPE, l'État en a récupéré 13,6 et en à transférer 12,3 milliards. En 2021, selon le ministère de l’économie, les recettes de cette taxe allant directement dans les caisses de Bercy se sont élevées à près de 18,4 milliards d’euros (contre 17,5 milliards en 2021). La TICPE est la 4ème recette  fiscale de l’Etat.

Augmentation du prix du baril

Mais 2018 et la crise des gilets jaunes, la TICPE est gelée. Elle n'a donc pas augmentée depuis 4 ans. Elle n'a pas augmentée mais pas baissé non  plus. Si le prix de l'essence flambe, c'est parce que le coût du pétrole brut s'envole. En janvier dernier, il avait atteint son cours le plus haut depuis septembre 2014 : 

Une augmentation qui s'explique par des tensions géopolitiques dans plusieurs régions productrices de pétrole : Syrie, Angola, Équateur, Nigéria et aujourd'hui Russie. Car la guerre en Ukraine a accentuée la hausse du prix du baril de pétrole : l'Europe, qui boude le gaz russe, demande davantage de pétrole, la loi de l'offre et de la demande faisant ensuite son œuvre. Et si certains pays producteurs ont choisi d'extraire plus, ces augmentations du nombre de barils par jour ne suffisent pas à répondre aux besoins du marché.

Un cours du brut très volatil

Faut-il encore que les producteurs soient d'accord pour puiser dans les réserves. Mardi 8 mars, le président américain Joe Biden avait annoncé la mise en place d'un embargo sur le pétrole russe aux États-Unis. Mercredi 9 mars, les Émirats arabes unis avaient indiqué être favorables à une augmentation de la production. Le cours du Brent de la mer du Nord (référence de l'or noir en Europe) avait alors baissé de 13% et celui du West Texas Intermediate (WTI) de 12%. Mais le lendemain, jeudi 10 mars, ils ont affirmé qu'ils allaient respecter les engagements pris dans le cadre de l'alliance des pays exportateurs Opep+ (Opep et ses alliés) qui comprend la Russie. 

Les cours du pétrole ont donc poursuivi leur hausse, le Brent gagnant près de 5% à la suite de cette déclaration des Émirats arabes. À 11h le 10 mars, le baril de Brent, pour livraison en mai gagnait 4,96% à 116,65 dollars. Le baril de West Texas Intermediate (WTI) pour livraison en avril prenait 4,11% à 113,17 dollars. Ce qui a amené la ministre américaine de l'énergie à demander aux compagnies pétrolières du pays de produire davantage de pétrole pour soulager le marché, tenu également par la guerre en Ukraine. Une demande rendue nécessaire par la frilosité des producteurs :  malgré la flambée des cours, les groupes pétroliers se sont, pour l'instant, refusés à accélérer franchement leur production, disant craindre un possible retournement du marché si l'offre venait à devenir trop abondante.