Covid-19 : les effets du confinement sur la toxicomanie dans l’Oise et la Somme

Le confinement a aussi touché les toxicomanes, et en particulier les plus précaires d’entre eux. Les centres d’accompagnement et de soins à Creil et Amiens ont dû s’adapter à la situation sanitaire.

L'angoisse liée à la pandémie a poussé certaines personnes à consommer plus de drogues.
L'angoisse liée à la pandémie a poussé certaines personnes à consommer plus de drogues. © FTV / Astrig Agopian
Le confinement et la pandémie de la Covid-19 ont eu un impact sur le suivi des personnes addictes aux drogues. Population déjà fragile et souvent aussi en situation de précarité, les usagers ont pu compter sur l’aide des centres d’accompagnement malgré la crise sanitaire. 

Effets contrastés sur la consommation

Avec le confinement et l’interdiction de quitter son domicile, certaines personnes ont réduit leur consommation. "Le fait de ne pas avoir à sortir pour aller chercher du produit, leur posait une limite, donc ça a été l’occasion pour certains de tester leur capacité à moins consommer, voire à ne plus consommer du fait que le produit était moins disponible, et du fait qu’on n'avait pas le droit de sortir de chez soi si on n'avait pas un motif valable" constate Pascal Hachet, psychologue au centre médico-social Sato Picardie à Creil.

Mais pour d’autres, l’effet a été inverse, comme pour K., accro à l’héroïne, qui a plus consommé lors du confinement. "Y a des fois, quand ça tape dans la tête, ça tape… C’est pas moi qui commande" décrit-il.

Pour Elodie Kmiecik, psychologue à l’association Le Mail à Amiens "Selon la fonction qu’a le produit : si c’est pour apaiser un stress, une angoisse, la difficulté avec la solitude, là on peut observer une augmentation de la consommation".
 

« On buvait, [...] on passait le temps comme ça. »

Willy, patient du Mail à Amiens



Une hausse de la consommation de tabac et d’alcool a également été constatée. Willy, qui vit dans la rue depuis plusieurs années raconte : "On était plusieurs, on buvait, une bouteille… Puis on allait en chercher une autre, et puis on passait le temps comme ça." Aujourd’hui atteint d’une cirrhose, il tente d’arrêter l’alcool avec l’aide du Mail à Amiens.

Nous avons rencontré plusieurs personnes en situation d'addiction à l'alcool et aux drogues. Leurs témoignages sont à retrouver dans notre reportage.  

Des centres d’accompagnement aux capacités réduites

"On a eu des demandes de sevrage, mais vu le contexte avec la Covid, pas de lits disponibles. Donc ça a dû reculer un petit peu les hospitalisations pour certains" explique Isabelle Burro, infirmière à Creil.

Des locaux complètement fermés pendant plusieurs mois, et moins de place, cela signifie aussi une perte de l’aspect social des centres. "Avant c’était un lieu de rencontre, je pouvais voir les copains, ou boire un petit café. Ca réchauffe. Prendre une douche, tout ça" raconte Willy. La plupart des autres services publics étaient fermés également ce qui a pu être synonyme de manque d’accès aux toilettes et bains publics.  

À Creil comme à Amiens, les centres se sont concentrés sur la mission de délivrance de matériels utilisés par les toxicomanes, et de traitements de substitution aux opiacés faits sur le palier. Des kits nationaux " Kit+" contenant notamment des seringues propres et produits désinfectants ont été distribués. L’objectif : éviter les seringues qui servent à plusieurs personnes, et peuvent transmettre des maladies comme le SIDA ou l’hépatite C.
 
Modèle de Kit+ de prévention des risques distribués aux toxicomanes.
Modèle de Kit+ de prévention des risques distribués aux toxicomanes. © FTV / Astrig Agopian

Pour éviter l’isolement de patients déjà fragiles, un suivi par téléphone a également été mis en place.  "J’ai été surprise la première fois qu’elle m’a téléphonée pour savoir comment j’allais, si par rapport au confinement j’avais pas des problèmes de rechute" relate Jannique, suivie à Creil pour ses problèmes d’alcoolisme. "Ça m’a aidée" ajoute-t-elle.

Si les locaux des associations ont désormais rouvert leurs portes, les visites se font principalement sur rendez-vous afin de limiter l’affluence. Des mesures concrètes ont été mises en place : masque, gants, gel hydroalcoolique ou encore sens de circulation. Des changements qui ne sont pas anodins pour une partie du public concerné : "Toutes les mesures, tout simplement le masque, le fait de ne plus pouvoir se serrer la main, le fait de ne plus avoir accès aux émotions par les traits du visage, tout ça a un impact qu’il ne faut pas nier. Surtout pour des personnes qui sont à la rue, et qui peuvent aussi avoir des comorbidités psychiatriques" affirme Elodie Kmiecik.

Des conséquences sur le long terme

Les centres d’accompagnement ont tâché de maintenir le lien, avec des téléconsultations et des conversations téléphoniques avec le psychologue de l’association. Mais plusieurs personnes en début de traitement et en phase de traitement avancée ont été perdues de vue. "C’est toujours un facteur d’inquiétude pour nous, est-ce qu’il leur est arrivé quelque chose de grave, un emprisonnement, une surdose" s’interroge Pascal Hachet. Autant de liens coupés avec les patients qui devront être reconstruits dans le contexte de crise sanitaire.
 

Il y a un risque d’overdose qui est accru.

Elodie Kmiecik, psychologue à l’association Le Mail à Amiens 



Une autre inquiétude est le risque d’overdose, multiplié depuis le confinement. "Le centre de soins a maintenu l’accès à la méthadone, le traitement de substitution, parce que l’on sait qu’après chaque période de sevrage, voulue ou non voulue, il y a un risque d’overdose qui est accru" explique la psychologue du Mail à Amiens. La reprise de consommation est donc plus dangereuse. Un antidote aux overdoses, la naloxone, est également distribuée aux consommateurs d’héroïne et d’opiacés.
 
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