Coronavirus - Droit funéraire : “On ne peut pas faire ce qu'on veut pour rendre le corps en bon état à la famille”

Depuis le 2 avril, les soins de conservations sont interdits pour tout type de décès / © Thierry GACHON/MAXPPP
Depuis le 2 avril, les soins de conservations sont interdits pour tout type de décès / © Thierry GACHON/MAXPPP

Depuis le 2 avril, les soins de conservation des corps sont interdits pour tous les décès, dans le cadre de la crise sanitaire, afin d'éviter au maximum la propagation du coronavirus Covid-19. Une mesure imposée jusqu'au 30 avril minimum. 

Par P-A Leclerq

"On est limité à faire de simples toilettes et habillages sur les défunts". C'est le constat d'une thanatopractrice de l'Aisne qui a souhaité rester anonyme. "Ce matin je suis allée m'occuper d'une personne décédée d'un infarctus, rajoute-t-elle. Elle était violette et avait le ventre qui gonflait... Je ne pouvais rien faire"

Le côté humain de notre métier est totalement effacé

"Cette situation est difficile, pour nous, pour le personnel soignant et surtout pour les familles, soupire un conseiller funéraire d'une entreprise de pompes funèbres d'Amiens. Tout le côté humain de notre métier, auquel on tient, est totalement effacé", regrette-t-il. 

Depuis la publication d'un décret le 2 avril, portant sur les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de Covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire, les soins de conservation, ou thanatopraxie, sont interdits pour tous les décès.

"On est frustré, car on ne peut pas faire ce qu'on voudrait pour que le corps soit rendu en bon état à la famille", explique la thanatopractrice axonaise.  


Préserver le corps du défunt

"Les soins de conservation, c'est tout d'abord l'injection d'un produit à base de formol qui va aseptiser le corps et le désinfecter", explique la thanatopractrice. Ce travail permet de préserver le corps du défunt de la décomposition naturelle. Le corps présente ainsi l'apparence de la vie pour les funérailles. "C'est un moyen pour les familles de faire leur deuil", assure le conseiller funéraire d'une entreprise de pompes funèbres d'Amiens. 
 
 

Principe de précaution

Jusque-là, seuls les décès liés au Covid-19 étaient concernés par cette mesure d'exception. Une décision prise par le gouvernement, sur recommandation du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP), précise la préfecture de la Somme. 

Principe de précaution oblige, l'interdiction des soins de conservation a été étendue à l'ensemble des décès. "L’existence de formes asymptomatiques ou pauci-symptomatiques est avérée et un certain nombre de patients décédés, porteurs du SARS-CoV-2 ne seront probablement pas identifiés", peut-on lire dans la note du HSCP datée du 24 mars. 

D'autant plus "qu'il n’est pas recommandé de réaliser un test de diagnostic d’infection par le SARS-CoV-2 chez les personnes décédées", rappelle cette même note. Cette mesure a donc pour objet de protéger le personnel appelé à être au contact des personnes décédées. 

 

Des thanatopracteurs opposés à l'arrêt des soins

Le monde des thanatopracteurs est divisé en cette période de coronavirus. Alors que l'épidémie progressait sur notre territoire, de nombreuses voix se sont élevées pour interrompre les soins de conservation afin de protéger le personnel des pompes funèbres. 

Le 2 avril, alors que le gouvernement décidait de suspendre les pratiques de thanatopraxie pendant la crise sanitaire, certains thanatopracteurs ont lancé une pétition en ligne pour revenir sur cette décision. "Tout au long de l'année, nous prenons nos dispositions pour nous protéger et protéger les autres. La question s'était déjà posée avec le VIH", explique une thanatopractrice de l'Aisne. 

Dans la pétition, on peut lire que "le soin de thanatopraxie n’est pas moins important à un niveau psychologique que sanitaire. Un corps traité est moins chargé biologiquement, et ainsi, moins susceptible d’infecter d’autres personnes"

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