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Elections européennes : quelle est la position de chaque parti sur la politique agricole commune ?

© Emmanuel DUNAND / AFP
© Emmanuel DUNAND / AFP

À un peu plus d'un mois des scrutins européens, le 26 mai en France, France 3 Picardie s'est penché sur les propositions des différentes listes électorales sur la politique agricole commune.

Par France 3 Picardie

Après une baisse de 200 millions d'euros en passant de 9,3 à 9,1 milliards d'euros entre la période 2007/2013 et 2014/2020, le prochain budget de politique agricole commune (2021/2027) devrait encore baisser. De 5 à 15% selon certains experts. Les aides directes aux agriculteurs seraient dans ce cas de figure même impactées de 8%.

Une bien mauvaise nouvelle qui se profile à l'horizon pour la France, premier pays producteur agricole de l'UE, et ses acteurs. En effet, la très grande majorité des exploitants dépendent des subventions allouées par la PAC. "Il y a une telle dépendance aux aides de la PAC, que dès qu'il y a un petit changement, il y a un certain nombre d'agriculteurs qui sont complètement crispés parce que leur revenu dépend entièrement de ça", analysait Aurélie Trouvé, ingénieure Agroparistech, interviewé par franceinfo.
 
En Picardie, par exemple, l'aide financière de la PAC représente en moyenne près de la moitié du revenu des agriculteurs (47%). 

Alors forcément, la PAC, pilier de l'Union européenne qui a pour vocation de soutenir les exploitants agricoles dans leur activité, est l'un des sujets sur lesquels les listes nationales uniques (composées de 79 candidats) se sont toutes plus ou moins positionnées en vue des élections européennes, qui auront lieu le 26 mai prochain.
 

La République en Marche


Emmenée par Nathalie Loiseau (ministre chargée des Affaires européennes), La République en marche souhaite "moderniser la PAC" et estime que "les revenus des agriculteurs ne sont pas suffisants". La tête de liste a également affirmé dans un entretien accordé au média polonais Polska The Times, que la PAC avait "montré son efficacité en terme d'autosuffisance alimentaire", mais qu'elle "fonctionne et l’UE doit rester autonome pour son approvisionnement en denrées alimentaires. Il est certain que nous ne voulons pas sacrifier notre sécurité alimentaire."

Lors d'un déplacement à Dijon en octobre dernier, Nathalie Loiseau avait aussi évoqué la question en annonçant qu'elel se lutterait pour maintenir le budget de la PAC. "La proposition de certains pays de baisser de 15 % le budget de la PAC est inacceptable"
, avait-elle alors déclaré.

En février, lors de sa venue au salon de l'agriculture, le président de la République, Emmanuel Macron s'était positionné en expliquant que la prochaine PAC devrait consacrer une "part significative" à l'environnement, en rémunérant notamment les "services environnementaux" rendus par les agriculteurs.

 

La France insoumise

Dans son programme pour les Européennes, La France insoumise écrit que "le libre-échange et la politique agricole européenne favorisent l’expansion d’une agriculture industrielle, polluante et aggravent le changement climatique, aux dépens de l’agriculture écologique et paysanne". La liste européenne LFI emmenée par Manon Aubry poursuit en expliquant que "ça suffit". "Nous devons changer les modes de production, de consommation et d’échange. En Europe aussi, il est temps d’instaurer la règle verte : ne pas prendre plus à la planète qu’elle ne peut supporter. Pour vivre enfin en harmonie avec les êtres humains, la nature et les animaux."
Dans le même état d'esprit, le député de la Somme affilié La France insoumise, François Ruffin déclarait en juin 2018, quelques jours après les pourparlers lancés par la Commission présidée par Jean-Claude Juncker, que la PAC avait été laissée "non pas entre les mains des politiques mais entre les mains de décideurs de techniques à Bruxelles".

Le leader du micro-parti Picardie Debout avait ensuite ajouté qu'il fallait "conserver les budgets de la PAC, mais pour transformer la PAC profondément, pour la secouer, pour la bouleverser, pour en révolutionner les priorités, non plus la production à tout-va, à tout prix social, à tout coût environnemental, mais pour la transition écologique. Sauver l’air, sauver l’eau, sauver la terre, sauver les vers de terre aussi, sauver les hannetons, sauver les hirondelles aussi".

En guise de solution, la LFI propose de "mener une politique agricole commune écologique pour une alimentation de qualité" qui passerait notamment par :
  • L'ajout d'un volet "alimentation de qualité" pour en faire une "politiuqe agricole et alimentaire commune"
  • Assurer la souveraineté alimentaire en refusant "le modèle d’agro-business tourné vers l’export hors de l’UE" et en protégeant les productions agricoles européennes de qualité
  • La garantie des prix rémunérateurs aux paysans (promotion des circuits courts, empêchement du dumping..)
  • La sortie des pesticides, des néonicotinoïdes et des OGM
  • Le transfert d'une partie conséquente des subventions de la PAC vers la production de protéines végétales (légumineuses à destination de l'alimentation humaine)
  • L'accompagnement dans la fermeture des élevages intensifs au profit des productions végétales
 

Europe écologie-Les Verts

Le parti écologique souhaite pour sa part "une vraie réforme de la politique agricole commune" afin que cette dernière soit "au service de l’emploi, de la souveraineté alimentaire et du développement rural", qui "permettra de réorienter ces aides importantes". Selon EELV, en raison de "la vision néolibérale qui s’est imposée", "une grande majorité de paysan.ne.s de tous les pays" sont condamnés "à une guerre économique sans fin qui profite avant tout aux géants de l’agrochimie et de l’agroalimentaire".

Invité lors d'un débat entre les têtes de listes aux européennes organisé le 9 avril dernier par nos confrères de France 24, l'eurodéputé EELV, Yannick Jadot, a confirmé la ligne directrice de son parti. Au cours de son intervention, le chef de file de la liste "Pour le climat" a ainsi déclaré : "la PAC, c’est 9 milliards par an pour notre pays. Aujourd’hui, le résultat de ces 9 milliards d’euros, c’est un suicide tous les deux jours” et a plaidé pour que ce budget bénéficie aux agriculteurs, afin de les accompagner à mettre fin à l'utilisation des pesticides et du glyphosate.

Trois jours plus tard, en déplacement en Bretagne, Yannick Jadot a une nouvelle fois réaffirmé sa position : "ils [les agriculteurs] se sentent agressés, culpabilisés, diabolisés. En réalité, beaucoup ont été piégés par le modèle productiviste. Nous sommes là au contraire pour les accompagner, et la Politique agricole commune peut être un formidable outil de transition, insiste le candidat. Les coupables, ce sont les grands groupes. On ne va pas changer l’agriculture contre les agriculteurs".


Parti Socialiste, Place publique et Nouvelle Donne

A l'instar de Yannick Jadot, la tête de liste Envie d'Europe du PS, Place publique et Nouvelle Donne, Raphael Glucksmann, opte pour une réorientation du budget de la PAC en faveur des acteurs du monde agricole pour mieux les soutenir dans leur quotidien et pour leur permettre de stopper l'utilisation de pesticides et mettre fin au glyphosate.

Apparemment, les violons sont bien accordés dans le camp de la gauche puisque Pierre Larrouturou a pour sa part indiqué vouloir revenir aux fondamentaux, à savoir "protéger le revenu des paysans".

 

Génération.s

Le mouvement commun de Benoît Hamon, Génération.s, a lui eu une démarche atypique en proposant un programme participatif. De cette démarche en ressort la volonté d'"harmoniser la PAC avec l’ensemble des mesures environnementales" et "réorienter" cette politique commune "vers l’agriculture biologique".

 

Parti communiste

Dans le volet "une approche sociale de la transition écologique" de son programme, la liste emmenée par Ian Brossat, ajdoint à la mairie de Paris, le PC consacre un point à la PAC. Ce dernier propose une "réforme de la politique agricole commune en concertation avec les organisations agricoles alliant l'impératif d'un travail rémunérateur et celui d'une agriculture paysanne libérée de la pression du rendement à tout prix et du recours aux pesticides".

Dans un entretien accordé à L'Humanité en octobre dernier, Ian Brossat se disait favorable à une PAC qui permettent une agriculture et une alimentation de qualité. L'élu parisien disait alors qu'il fallait "renforcer l’action conjointe des 27 États en matière agricole et alimentaire. Ce qui suppose de réorienter les aides directes : au lieu de les calculer en fonction de la surface agricole, il faut les plafonner par actif en faveur d’une activité familiale et de proximité. Ensuite, favoriser une montée en gamme de la production qui bénéficiera à la fois à l’agriculteur et au consommateur européen. Enfin, assurer une garantie de revenu pour les agriculteurs par la mise en place d’indicateurs de prix en Europe pour les principales productions et la définition de prix planchers en cas de crise."
 

 


Les Républicains : François-Xavier Bellamy

Du côté des Républicains, la volonté première est que "la PAC doit demeurer l’un des piliers stratégiques pour préserver notre modèle agricole et préparer l’avenir de notre continent. Toute autre option serait une folie.

Dans une publication mis en ligne le 24 février 2019 sur son site, le parti LR prone la nécessité de la PAC et exige un maintien de son budget ainsi qu'"un maintien des droits de douane qui protègent notre marché, et de la préférence européenne qui expriment notre exigence de sécurité alimentaire et de responsabilité écologique ; et une vigilance absolue sur toute future négociation d’accords de libre-échange”.
Le parti mené par François-Xavier Bellamy pour ces élections affirme par conséquent s'engager "à  maintenir cette exigence et à porter une réforme ambitieuse de la PAC, pour permettre demain le renouvellement des générations et l’installation des jeunes agriculteurs, défendre un équilibre entre le développement économique et la transition écologique du secteur agricole ; ou encore mettre en place des outils permanents de protection et de gestion des crises".

Enfin, LR conclut sa note en déclarant ne pas croire à une "renationalisation illusoire", qui "laisserait [les Français] isolés dans un marché morcelé" ; "ni à une ouverture aveugle, qui abandonnerait ce pan essentiel de notre économie, de notre modèle social et de notre mode de vie à une concurrence mondiale faussée et très éloignée de notre exigence environnementale”.

 

Debout la France : Nicolas Dupont-Aignan 

Nicolas Dupont-Aignan, tête de liste de Debout la France, a formulé "dix mesures concrètes pour nos agriculteurs". C'est le titre de l'un de ses tracts. A l'intérieur, l'idée de "prix minimum garantis", la suppression des cotisations salariales agricoles et les aides à l'installations de jeunes agriculteurs. Quid de l'Union Européenne ? Le candidat y fait allusion en exigeant l'étiquetage obligatoire d'origine des produits et l'uniformisation des normes européennes. Des lignes qui pourraient traduire un certain scepticisme du parti, pourtant, lit-on plus loin : "rétablissions la préférence agricole française et européenne."

Sur son site, DLF propose aussi de "renouer avec la PAC". "L’Europe doit protéger son marché et n’autoriser que les importations ne faisant pas obstacle à la réalisation de sa politique d’indépendance alimentaire, en instaurant un mécanisme de droits de douane variables. Si nous ne sommes pas entendus, nous rétablirons une politique agricole nationale." Plane ainsi la menace d'un retour en arrière sur la PAC. 

Dans son "Monot Hebdo n°5" présenté par le député européen Bernard Monot et diffusé le 15 octobre 2018, Debout la France définissait plus précisément sa position sur la PAC. A travers la voix de leur député européen Bernard Monot, le parti propose de "retablir les trois piliers d'origine : la préférence communautre, les prix minimum garanti et les quotas de production".
 

Rassemblement national : Jordan Bardella

Le parti de Marine Le Pen, au contraire, serait pour une renationalisation, comme il l'a indiqué dans un communiqué de presse adressé au Parlement européen, daté du 30 mai 2018“Dans ce catalogue de souhaits, nous pouvons saluer le maintien du budget et donc des aides dédiées aux agriculteurs, mais aussi l’octroi d’une plus grande marge de manœuvre aux États membres", indique le RN dans sa note.

Le part d'extrême droite ajoute ensuite que son "groupe ENL (Europe des nations et des libertés, ndlr) a par ailleurs déposé un amendement tendant à stopper l’évaporation du fonds de développement rural (FEADER) au profit de l’installation de migrants dans la ruralité. Cet amendement a été largement rejeté par nos adversaires politiques, démontrant ainsi la complicité des élus européens dans la submersion migratoire”.

Plus récemment, le député RN à Bruxelles, Philippe Loiseau,  également cultivateur d'une centaine d'hectare de céréales près de Chartres, a confié se sentir lésé face à la concurrence européenne. Il dénonce aujourd'hui ce système de solidarité mis en place par l'UE pour accompagner les pays les plus pauvres dans leur développement. "C'est à l'avantage de certains pays comme la Roumanie, Pologne, la Hongrie, qu'on aide financièrement à produire et à nous concurrencer directement en leur augmentant les aides. Ca, c'est au détriment de notre agriculteur nationale", se plaignait l'élu bénéficiaire de la PAC dans un reportage réalisé par France 3 en février dernier.

Les têtes de listes

LREM : Nathalie Loiseau, ex-ministre des Affaires européennes (rejointe par le Modem, Agir et le Mouvement radical)
RN : Jordan Bardella
LR : François-Xavier Bellamy, philosophe et élu de Versailles (Les Centristes d'Hervé Morin ont rejoint cette liste)
LFI : Manon Aubry, ancienne porte-parole d'Oxfam-France (premier à diffuser sa liste complète de candidats)
EELV : Yannick Jadot
PS et Place publique : Raphaël Glucksmann
Debout la France : Nicolas Dupont-Aignan
Génération.s : Benoît Hamon
Parti communiste : Ian Brossat, adjoint à la Mairie de Paris
UDI : Jean-Christophe Lagarde
UPR : François Asselineau
Résistons ! : Jean Lassalle
Lutte ouvrière : Nathalie Arthaud.
Les Patriotes : Florian Philippot 

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