#ÉtudiantsEnDétresse : les appels à l'aide se multiplient après le suicide d'un étudiant à Villeneuve-d'Ascq

Alors qu’un étudiant de 24 ans a été retrouvé pendu dans sa chambre étudiante à Villeneuve-d’Ascq ce vendredi, le hashtag #étudiantsendétresse émerge sur Twitter. Les consultations d’urgence psychiatrique des 16/25 ans ont doublé depuis le début de la crise sanitaire à Lille. 

Une centaine d'étudiants manifestaient déjà, le 20 janvier 2021 devant le siége de la faculté de Lille pour dénoncer le manque d'aide du gouvernement aux étudiants en grande difficulté depuis le coronavirus.
Une centaine d'étudiants manifestaient déjà, le 20 janvier 2021 devant le siége de la faculté de Lille pour dénoncer le manque d'aide du gouvernement aux étudiants en grande difficulté depuis le coronavirus. © FRANCOIS CORTADE/MAXPPP

Le drame a eu lieu ce vendredi 16 avril, dans une résidence universitaire de Villeneuve-d’Ascq, à Pont-de-Bois. Un étudiant de 24 ans en licence de psychologie a mis fin à ses jours dans sa chambre. Selon la Voix du Nord, c’est une amie qui a fait la macabre découverte. 

"Au final, nous sommes tous à bout" 

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Sur Twitter, des étudiants du Nord ont créé le hashtag #étudiantsendétresse en hommage au jeune homme. Les appels à l'aide sont nombreux. 

«Je me suis sentie anéantie, ça aurait pu être n’importe qui, lui, moi, toi. Au final, nous sommes tous à bout », témoigne Ana tandis que Maxime interpelle l’Université et les pouvoirs publics : « On n'en peut plus, les jeunes s'appauvrissent et dépriment, tout ça dans l'indifférence générale. Les choses doivent changer et vite! ». Daniya fait quant à elle un triste constat :  « Je ne connais a ce jour aucun étudiant de psychologie se sentant bien à 100% ». 

 

 

 

Chèques vacances, alimentaires… l’Université de Lille a débloqué 3 millions d’euros 

Sandrine Rousseau, vice-présidente de l’Université de Lille, a elle aussi exprimé sa colère sur le réseau social, reprochant au président de “laisser les étudiants seuls face à leur détresse et nous seuls à devoir gérer l’ingérable”. 

“Cela fait des semaines, des mois, que l’on alerte sur la situation dans laquelle se trouvent les étudiants, regrette l’écologiste, candidate à l’élection présidentielle de 2022. L’Université de Lille s’est énormément mobilisée et a débloqué 3 millions d’euros supplémentaires depuis le début de crise”. Les fonds d’aide sociale directe (argent versé sur les comptes étudiants, chèques alimentaires, forfaits de connexion internet), auraient augmenté de 558% en un an. C’est sans compter les trois épiceries solidaires, le service de santé mentale étudiant, les chèques psy, le tutorat et les chèques vacances de 200 euros destinés aux jeunes restés enfermés.  

Qui contacter en cas de détresse ? 

“J’invite les étudiants à signaler leur détresse à l’adresse : solidarite@univ-lille.fr, indique Sandrine Rousseau. Nous mettons ensuite en place un système de suivi et d’aide”. Les étudiants peuvent également contacter :

 

“Les consultations d’urgence psychiatrique des 16/25 ans ont doublé” 

Pauline Fournier est psychiatre au centre psychiatrique d'accueil et d'admissions de Lille. Au 2 rue Desaix, on évalue et oriente les personnes âgées de plus de 16 ans qui viennent en consultation. “La psychiatrie est un domaine assez vaste, c’est donc difficile de savoir vers qui se tourner, on est là pour ça”, explique la praticienne. Le centre dispose aussi d’un service d’hospitalisation psychiatrique réservé aux habitants de Lille et Villeneuve d’Ascq.

Le nombre de jeunes âgés de 16 à 25 qui consultent le CPAA a doublé depuis le début de la crise sanitaire, passant de 15 à plus de 30% de la patientèle. “Et ça empire depuis janvier, indique Pauline Fournier. Les jeunes présentent majoritairement des symptômes de l’angoisse. Ils ne trouvent pas de job étudiant, n’ont plus d’argent pour se nourrir, plus de perspectives d’avenir. Et ceux qui débarquent en première année sont très isolés, le cercle d’amis qu’on se crée d’habitude n’a pas eu l’occasion de se former.” 

Facilement accessible, le CPAA est situé dans le centre de Lille, au 2 rue Desaix.
Facilement accessible, le CPAA est situé dans le centre de Lille, au 2 rue Desaix. © CPAA

Jules Bourbotte et Arthur Charlier et sont bien placés pour le savoir. Ces deux étudiants en première année à l’Université Catholique de Lille n’ont effectué qu’un mois de cours en présentiel, en septembre 2020. Si au début, ils parvenaient à jongler entre les sorties et les cours, leur vie étudiante s’est rapidement transformée en souvenir. 

Un sondage pour les étudiants, par des étudiants : 18% auraient eu des pensées suicidaires 

Arthur est rentré chez ses parents à Metz pour suivre ses cours à distance, comme de nombreux jeunes. “Difficile de rester concentré devant un écran toute la journée… avoue Arthur. Et pour trouver un stage, c’est assez chaotique, je suis censé commencer en mai, j’ai envoyé une soixantaine de lettres de motivation, mais je n’en ai toujours pas”.   

Arthur Charlier et Jules Bourbotte, étudiants en licence Médias, Culture et Communication à l’Université Catholique de Lille, ont lancé un sondage sur la condition des étudiants en France.
Arthur Charlier et Jules Bourbotte, étudiants en licence Médias, Culture et Communication à l’Université Catholique de Lille, ont lancé un sondage sur la condition des étudiants en France.

Alarmés par la situation, les deux amis rencontrés juste à temps sur les bancs de la fac, ont pris l’initiative de sonder leur promotion afin de faire remonter les conditions des étudiants. “Les réponses nous ont choquées, raconte Arthur, nous avons alors étendu notre sondage à toute la France. Plus de 1600 étudiants y ont répondu”. Résultat : 18% des répondants ont eu des pensées suicidaires depuis le premier confinement, 58% vont mal voire très mal, 35% auraient besoin d’un soutien psychologique temporaire et 87% ont eu des problèmes matériels pour suivre l’enseignement à distance, sans recevoir d’aide. 

“L’idée, c’était aussi que ce soit des étudiants eux-mêmes qui sondent d’autres étudiants, analyse-t-il. Avec nous, ils se sentaient plus libres de parler. Beaucoup nous disaient : “je n’en peux plus, il faut qu’on nous aide, on est oubliés”. Ça nous a beaucoup touché. Nous attendons des mesures à notre égard, qui nous feront peut-être oublier cette misérable année.” 

À Paris, ce 8 avril 2021, l'UNEF interpellait le gouvernement quant à la situation des étudiants, "génération sacrifiée".
À Paris, ce 8 avril 2021, l'UNEF interpellait le gouvernement quant à la situation des étudiants, "génération sacrifiée". © Vincent Isore/MAXPPP

De l'aliénation à la résilience 

Pour Olivier Brochart, psychiatre au Centre Médico-Psychologique de Liévin (Pas-de-Calais), les multiples confinements révèlent des vulnérabilités : “elles auraient été révélées plus tard à l’occasion d'autres moments difficiles”. Le pire, pour lui, se trouve dans ce troisième confinement, sans date de fin : “il n’y a rien de plus grave pour un être humain que de ne pas avoir un objectif ni de lien sur le futur. Ca s’appelle l'aliénation. Mais il ne faut pas non plus psychiatriser toute la planète.” Olivier Brochart se plaît à croire “qu’on ne fait pas assez confiance à la part de résilience qu’il y a en chacun d’entre nous”.

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
université éducation société covid-19 santé