Région parmi les plus industrialisées et polluées, les Hauts-de-France sont devenus pionniers dans le recyclage de la "chaleur fatale" industrielle pour alimenter leurs villes, avec deux nouveaux projets programmés en 2020 à Lille et à Grande-Synthe.
 

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Fourneaux, agro-industries, déchetteries, data-centers...  En moyenne, plus de la moitié de la chaleur émise sur ces sites est perdue précise l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). D'où la nécessité d'une "récupération interne et de la revente aux collectivités ou à d'autres usines" comme le font déjà les Hauts-de-France, souligne Hermine de Freminville, ingénieur à l'Ademe, qui finance et accompagne ces réseaux.

Cette énergie perdue pourrait être récupérée dans près de 7.000 établissements de l'Hexagone, dont plus de 20% se concentrent dans le Grand Est et les Hauts de France.
 

            Une "autoroute de la chaleur"


A 25km au nord de Lille, la déchetterie d'Halluin livrera dès fin 2019 la chaleur de son incinération à la Métropole européenne de Lille (Mel). Propriétaire du centre de déchets, la Mel délègue la gestion de ce service public afin de fournir à terme l'équivalent de 60.000 logements, pour près de 65 millions d'euros investis.

Inédite en France par ses dimensions, "cette autoroute de la chaleur ne coûtera pas un centime à la collectivité, grâce aux recettes de la vente d'énergie", assure le vice-président de la Mel en charge de l'énergie, Alain Bézirard. "Ce sont même les habitants qui produisent en partie cette énergie, puisque ce sont leurs déchets qui sont brûlés", précise l'élu.

D’ici octobre 2020, la communauté urbaine de Dunkerque va prolonger son réseau de chaleur issue des fourneaux d'ArcelorMittal, co-exploité par Engie et Dalkia , à 3.000 logements de Grande-Synthe. Depuis 1982, ArcelorMittal, qui est aussi l'un des premiers sites émetteurs de gaz à effet de serre en France, chauffe l'équivalent de 16.000 logements. "Nous gagnons peu voire pas d'argent sur ces projets", il s'agit surtout "d'économiser des combustibles, de l'énergie et du CO2", affirme Dominique Pair, responsable du site Arcelor Mittal à Dunkerque. La multinationale valorise aussi ses gaz sidérurgiques afin de "produire plus d'électricité que nous n'en consommons", ajoute Dominique Pair.

L'Ademe soutient que "l'entreprise peut réinvestir ces économies dans l'emploi" tandis que les habitants concernés "profitent d'un prix stable et parmi les plus bas des énergies renouvelables". L'Etat, qui finance, exige en outre que "ces projets permettent de pérenniser les sites et leurs emplois", indique Hermine de Freminville.
 

            Refroidir: l'autre enjeu


"L'autre enjeu, à plus long terme dans la région, c'est d'utiliser cette énergie thermique pour refroidir le bâtiments dans le contexte du réchauffement climatique" insiste-t-elle en citant l'exemple de Saint-Quentin (Aisne). La température moyenne y a augmenté de 1,77°C entre 1955 et 2016, contre 1,36°C sur le globe (hors océans), selon le Centre de ressources du développement durable.

Mais récupérer la chaleur ne se fait pas sans difficultés : éloignement des installations des habitations, complexité technique et interrogations sur la pérennité des sociétés."Le retour sur investissement prend entre 3 et 5 ans quand la chaleur est récupérée par l'entreprise et de 15 à 20 ans pour la fournir à un réseau collectif", estime-t-elle.
           
L'État semble toutefois miser sur la "chaleur fatale". Il a ainsi abondé en janvier le fonds "chaleur renouvelable" de l'Ademe de près de 55%, ce qui représente 307 millions d'euros dédiés en 2019 aux productions de chaleur par récupération. Cette économie circulaire est également soutenue par le Fonds européen de développement régional (Feder).

Pour la programmation pluriannuelle de l'énergie, l'Ademe a proposé en mai à l'État de doubler le nombre de logements raccordés d'ici 2023, et de quintupler le volume de chaleur fatale réemployé d'ici 2028.
 
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