INFOGRAPHIES. Pourquoi les hommes sont-ils plus victimes du coronavirus que les femmes dans les Hauts-de-France ?

On constate un écart important dans le nombre de patients hospitalisés, en réanimation ou décédés, entre les hommes et les femmes. Pourquoi ?

Photo d'illustration.
Photo d'illustration. © MAXPPP
Hommes, femmes... quelle est la population la plus "à risque", face au coronavirus ? On sait que le Covid-19 n'épargne malheureusement personne, mais en analysant les données publiées chaque jour par Santé publique France via son site Géodes, on peut constater que les hommes sont plus vulnérables que les femmes, et ce à tous les niveaux.

En France, environ 59 % des malades du Covid-19 sont des hommes pour 41 % de femmes. Et surtout, 74 % des patients admis en réanimation sont des hommes. 
 
Au plan régional, on retrouve ces fortes différences. Sur toutes les statistiques disponibles (au 12 avril) :

Et si on regarde l'évolution quotidienne du nombre d'hospitalisations, de patients en réanimation ou de décès montrent toutes les trois que cet écart existe depuis le début de la période de confinement. Avec au plus fort de l'épidémie, de grosses différences : il y avait 424 hommes en réanimation le 7 avril dernier contre 156 femmes.
 


Pourquoi ? 

 
Les hommes plus touchés par le coronavirus que les femmes : c'est une donnée observée dans les Hauts-de-France, en France mais aussi dans le monde. En Chine, premier pays touché, la proportion hommes-femmes est estimée à 58/42. 59/41 en Italie. L'OMS affirme que 57% des infections au coronavirus en Europe touchent des hommes.

Les scientifiques n'ont évidemment pas tardé à chercher à analyser cette différence. Leur explication n'est pas unique mais multifactorielle et mêle des facteurs biologiques et d'autres liés au mode de vie. En voici une synthèse, sans ordre d'importance :

-Les hommes ont des habitudes différentes concernant le lavage des mains

-La réponse immunitaire masculine est plus faible
"Les femmes ont un système immunitaire plus robuste", avance le Dr Klein, de la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health. “Il existe clairement un effet protecteur des oestrogènes, explique dans Sciences et Avenir Jean-Charles Guéry, responsable de l’équipe de recherche Inserm "Différences liées au sexe dans l’immunité : mécanismes et physiopathologie" à Toulouse. Lorsque l’on infecte des souris avec le SRAS, la mortalité des mâles est beaucoup plus élevée que celle des femelles. Lorsqu’on enlève les ovaires des femelles (et donc la source d’œstrogènes), ou lorsqu’on les traite avec des médicaments qui bloquent le récepteur aux œstrogènes (comme ceux utilisés dans le traitement du cancer du sein), la mortalité rejoint celle des mâles à plus de 80%. On ignore à ce jour s’il s’agit d’un effet direct sur le système immunitaire ou sur d’autres tissus.“ Les œstrogènes et un gène porté par le chromosome X auraient donc une influence positive pour protéger des infections.

-Les hommes fument plus.
En Chine, plus de la moitié des hommes fument, contre moins de 3% des femmes. En Italie, près de 30% des hommes fument, contre 19% des femmes. Dans les Hauts-de-France, 34% des hommes fument, 16% des femmes. Selon une étude américaine, les fumeurs auraient dans les poumons plus d'ACE2,  récepteur qui permet au Covid-19 d'infecter le corps.
 

-Les hommes développent des maladies cardiovasculaires et de l'hypertension à un plus jeune âge que les femmes. Ce sont des facteurs de risque supplémentaires.
 

Les hommes plus touchés par tous les virus 


Les hommes ont également été plus touchés par d'autres coronavirus ou virus ces 20 dernières années. Lors de l'épidémie de SRAS en 2003 en Asie (Hong-Kong), le taux de mortalité chez les hommes était 50% plus élevé, selon une étude publiée dans les Annals of Internal Medicine. En 1918, la grippe espagnole a aussi tué plus d'hommes. Et même dans le cas de la grippe saisonnière, on sait les femmes développent la même immunité que les hommes en se faisant injecter une dose moins importante de vaccin.

Cette réalité statistique a fait l'objet de peu d'études scientifiques jusqu'à maintenant. "Le sexe est une variable négligée dans les maladies infectieuses", écrivait en 2017 Molly Ingersoll, de l'Insitut Pasteur Paris.

Pour le coronavirus Covid-19, les études manquent pour préciser réellement les hypothèses scientifiques valables pour expliquer ces différences hommes/femmes. L'analyse des données épidémiologiques mondiales donneront sans doute plus de réponses dans les mois et années qui viennent.
 
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