1940, la bataille de France au jour le jour : le 27 mai, Göring a voulu "tuer" Dunkerque

EPISODE 19 - C'était il y a 80 ans, au début de la Seconde Guerre Mondiale. L'aviation allemande du maréchal Göring lâchait 45 000 bombes sur Dunkerque, où les Alliés commençaient à rembarquer vers l'Angleterre, tandis que les SS commettaient de nouveaux massacres à Saint-Venant et Lestrem. 

Hermann Göring, commandant de l'aviation allemande, avait promis à Hitler, de "détruire les Anglais"  à Dunkerque. Ce 27 mai 1940, 15 000 bombes incendiaires et 30 000 bombes explosives sont larguées sur la ville.
Hermann Göring, commandant de l'aviation allemande, avait promis à Hitler, de "détruire les Anglais" à Dunkerque. Ce 27 mai 1940, 15 000 bombes incendiaires et 30 000 bombes explosives sont larguées sur la ville. © Narodowe Archiwum Cyfrowe / AFP

Ce lundi 27 mai 1940, le jeune Jacques Duquesne ne l’oubliera jamais. Dunkerque est rasée.
 


Après Guernica en Espagne en 1937 et Rotterdam quelques jours avant, la cité de Jean Bart est la troisième ville européenne, remplie de civils, à être soumise au nouveau type de bombardement mis au point par les Nazis pendant la guerre d’Espagne pour aider Franco : bombes explosives mélangées aux bombes incendiaires.
 

Dunkerque en ruine après les bombardements allemands de mai/juin 1940. Le Beffroi et l'Hôtel de Ville, en arrière-plan, ont tenu.
Dunkerque en ruine après les bombardements allemands de mai/juin 1940. Le Beffroi et l'Hôtel de Ville, en arrière-plan, ont tenu. © Berliner Verlag/Archiv/picture alliance / ZB/MaxPPP


Il ne s’agit pas de détruire des unités militaires ou des installations stratégiques, non, il faut tout écraser : maisons, habitants, bâtiments, usines… Refugié à 10 ans avec sa famille à quelques kilomètres de Dunkerque dans le village de Téteghem, Jacques Duquesne voit passer les vagues de bombardiers allemands venant de l’est.
 

Une formation de bombardiers allemands Dornier Do 17 photographiée dans le ciel français en septembre 1940.
Une formation de bombardiers allemands Dornier Do 17 photographiée dans le ciel français en septembre 1940. © Bundesarchiv, Bild 101I-343-0692-23A / Gentsch / CC-BY-SA 3.0


Son père rentre tard ce soir-là. Il mettra des années à raconter l’horreur de cette journée. Il a vu "mourir tout le cœur de sa ville", en se frayant un chemin à travers les rues encombrées de briques, de pierres et de voitures en flammes.
 

Dunkerque en ruines après les bombardements et les combats de mai/juin 1940.
Dunkerque en ruines après les bombardements et les combats de mai/juin 1940. © Narodowe Archiwum Cyfrowe (Archives Nationales Numériques polonaises)
Dunkerque en ruine et de nombreux véhicules détruits ou abandonnées, photographiés pour la propagande allemande après les bombardements de mai/juin 1940.
Dunkerque en ruine et de nombreux véhicules détruits ou abandonnées, photographiés pour la propagande allemande après les bombardements de mai/juin 1940. © Berliner Verlag/Archiv/picture alliance / ZB/MaxPPP


Les ambulances militaires anglaises créèrent un embouteillage monstrueux, la plupart des blessés qu’elles transportaient moururent brûlés ou asphyxiés. Jacques Mordal, médecin major de la Marine à Dunkerque, voit 500 blessés défiler dans l’hôpital militaire de la caserne Ronarc’h : "A peine pansés et évacués, ils étaient remplacés par d’autres qu’il fallait soigner à leur tour…Pour d’autres, affreusement mutilés, nous ne pouvions faire plus qu’une piqûre de morphine".

Le médecin-major rend également hommage dans ses mémoires, au courage des brancardiers et ambulanciers qui ramassent les blessés sous les bombes. Parmi ces brancardiers, un certain Louis Aragon.
 

Le poète Louis Aragon vers 1940.
Le poète Louis Aragon vers 1940. © AFP


Le poète est alors militaire français replié à Dunkerque, en revenant de Belgique. Ces bombardements de mai 1940 lui inspireront La Nuit de Dunkerque.

O saints Sébastiens que la vie a criblés. Que vous me ressemblez que vous me ressemblez
Sûr que seuls m’entendront ce qui la faiblesse eurent
De toujours à leur cœur préférer sa blessure
Moi du moins je crierai cet amour que je dis
Dans la nuit on voit mieux les fleurs de l’incendie
Je crierai je crierai dans la ville qui brûle
A faire chavirer des toits les somnambules.


Louis Aragon, La Nuit de Dunkerque.


Au large de Dunkerque, sur le contre-torpilleur Léopard, Pierre Paillon décrit les bombardements. "Fait-il jour ? Fait-il nuit ?... Un nuage noir nous empêche de voir le ciel. La ville de Dunkerque est en feu : maisons, bateaux, marchandises entreposées sur les quais, tout brûle".
 

La raffinerie et les dépôts de carburant en flammes à Dunkerque en mai 1940.
La raffinerie et les dépôts de carburant en flammes à Dunkerque en mai 1940. © AFP


Les véhicules britanniques abandonnés dans les rues du centre-ville s’embrasent. Leur carburant et les munitions qu’ils contiennent alimenteront de nombreux incendies que les pompiers de Dunkerque tentent de maîtriser en pompant de l’eau dans le port car les canalisations sont détruites.
 

Des véhicules militaires britanniques abandonnés dans le Dunkerquois en mai / juin 1940.
Des véhicules militaires britanniques abandonnés dans le Dunkerquois en mai / juin 1940. © Berliner Verlag/Archiv/picture alliance / ZB/MaxPPP
Des bateaux détruits dans les bassins du port de Dunkerque après les bombardements et les combats de mai/juin 1940.
Des bateaux détruits dans les bassins du port de Dunkerque après les bombardements et les combats de mai/juin 1940. © Berliner Verlag/Archiv/picture alliance / ZB/MaxPPP


D’après l’historien dunkerquois Patrick Odonne, de 8h à 20h, des vagues de 30 à 40 bombardiers allemands se succèdent toutes les 20 minutes. 15 000 bombes incendiaires et 30 000 bombes explosives vont être déversées sur la ville, faisant plus d’un millier de morts, surtout civils.
 

Une flotte de bombardiers allemands Dornier Do 17 Z-1 en vol au-dessus de la France le 21 juin 1940.
Une flotte de bombardiers allemands Dornier Do 17 Z-1 en vol au-dessus de la France le 21 juin 1940. © Bundesarchiv, Bild 101I-341-0456-03 / Folkerts / CC-BY-SA 3.0
Un bombardier allemand Do 17 Z lâchant des bombes en France le 21 juin 1940.
Un bombardier allemand Do 17 Z lâchant des bombes en France le 21 juin 1940. © Bundesarchiv, Bild 101I-341-0489-13 / Spieth / CC-BY-SA 3.0

 
L’Hôtel de ville de Rosendaël est détruit par 3 bombes. Heureusement le sous-sol tiendra le choc, des centaines de civils s’y étaient réfugiés. "Le jour de l'extinction de cet hôtel de ville, à la suite de 12 raids aériens, je pleurais devant l'impuissance des moyens", se souviendra Maurice Sansen, alors sous-lieutenant des sapeurs-pompiers.
 

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Un ancien chef des pompiers dunkerquois raconte ses larmes devant les bombardements de 1940


Une Dunkerquoise, survivante de cet enfer, racontera elle aussi quelques décennies plus tard à la télévision : "Nous avions très peur. A chaque fois qu’il y avait une accalmie, nous poussions un gros soupir, nous nous disions ça y est, on y a échappé cette fois-ci encore. Chaque fois c’était répété, chaque fois il y avait l’angoisse de se sentir touché. Nous vivions dans les caves, sans eau, sans électricité, sans gaz".
 

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Une Dunkerquoise témoigne des bombardements de mai 1940


"Toutes les canalisations étaient coupées, il n’y avait plus que des ruines, nous n’avions plus aucun moyen pour nous chauffer. Nous avions installé un petit poêle de secours dans la cave sur lequel nous faisions chauffer le ravitaillement avec le peu d’eau dont on disposait. Il n’y avait plus d’épicerie, il n’y avait plus de magasin ouvert, nous avions une boulangerie qui fonctionnait mais le pain était rare".

Les plans de Göring contrariés


C’est le maréchal Göring, chef de l'armée de l’air allemande, qui a ordonné ce raid. Le 23 mai, un message de la garnison britannique de Calais a été capté par les Allemands qui découvrent le projet de l’Opération Dynamo. Alerté, Göring promit alors à Hitler de "détruire les Anglais"  à Dunkerque . "Voilà une mission splendide pour la Luftwaffe" lui a-t-il dit. Inutile de gâcher des blindés si les avions peuvent le faire.
 

Adolf Hitler et Hermann Göring en juillet 1940.
Adolf Hitler et Hermann Göring en juillet 1940. © Narodowe Archiwum Cyfrowe (Archives Nationales Numériques polonaises)


Mais Göring s’est un peu avancé. Ses officiers lui feront la remarque, comme le général Kesserling : "Il n’est pas possible de remplir cette mission" après des sorties incessantes depuis 3 semaines. Le 27 mai, la Luftwaffe a déjà perdu 1005 avions dont 810 définitivement. Malgré ces mises en garde, Göring s’entêtera.
 

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27 mai 1940 : 30 000 bombes sur Dunkerque


Malheureusement pour lui, le temps va changer. La météo devient mauvaise pour les avions avec des précipitations et des orages. La fumée des incendies de la raffinerie et des industries gêne la visibilité.
 

Photo aérienne britannique des dépôts de carburant en feu à Dunkerque en juin 1940.
Photo aérienne britannique des dépôts de carburant en feu à Dunkerque en juin 1940. © IWM C 1723
Un Lockheed Hudson de la Royal Air Force survolant Dunkerque le 3 juin 1940.
Un Lockheed Hudson de la Royal Air Force survolant Dunkerque le 3 juin 1940. © IWM C 1717


Surtout, les aérodromes utilisables par les Allemands sont éloignés de Dunkerque alors que les Britanniques n’ont que La Manche à traverser pour être au-dessus de la ville en partant du Kent, comté du sud-est de l'Angleterre.

Les pilotes allemands vont découvrir la redoutable efficacité des Spitfire. Ces avions, préservés jusque-là par les Britanniques, volent 35 km/h plus vite que leur concurrent allemand le Messerschmitt 109.
 

Des Spitfire britanniques photographiés en 1940.
Des Spitfire britanniques photographiés en 1940. © MEDIA DRUM WORLD/MAXPPP
Image de la Royal Air Force montrant un Messerschmitt BF110 bimoteur touché par un Spitfire piloté par le lieutenant William Patrick Francis Treacy (Escadron 74) près de Dunkerque.
Image de la Royal Air Force montrant un Messerschmitt BF110 bimoteur touché par un Spitfire piloté par le lieutenant William Patrick Francis Treacy (Escadron 74) près de Dunkerque. © IWM C 1703


Ils sont armés de 8 mitrailleuses alors que le chasseur allemand le plus puissant n’en a que 4. En voulant "tuer" Dunkerque avec ses avions, Göring enverra aussi ses pilotes au massacre.
 

Le lieutenant William Biddell (Escadron 206 de la RAF) recevra la Distinguished Flying Cross après avoir abattu plusieurs Messerchmitt Me109, près de Dunkerque, le soir du 31 mai 1940, à bord de son Lockheed Hudson.
Le lieutenant William Biddell (Escadron 206 de la RAF) recevra la Distinguished Flying Cross après avoir abattu plusieurs Messerchmitt Me109, près de Dunkerque, le soir du 31 mai 1940, à bord de son Lockheed Hudson. © IWM CH 299
L'aviateur (aircraftman) Walter "Spike" Caulfield (Escadron 206 de la RAF) recevra lui aussi la Distinguished Flying Medal pour avoir abattu, près de Dunkerque, des Messerschmitt Me109 depuis la tourelle de son Lockheed Hudson, le 31 mai 1940.
L'aviateur (aircraftman) Walter "Spike" Caulfield (Escadron 206 de la RAF) recevra lui aussi la Distinguished Flying Medal pour avoir abattu, près de Dunkerque, des Messerschmitt Me109 depuis la tourelle de son Lockheed Hudson, le 31 mai 1940. © © IWM CH 301


D’ailleurs, ce bombardement massif n’empêchera pas le début de l’Opération Dynamo. Tout ce qui peut flotter vient se charger de soldats sur la côte, de La Panne (Belgique) à Dunkerque.
 

Des soldats britanniques attendant leur rembarquement sur une plage dunkerquoise.
Des soldats britanniques attendant leur rembarquement sur une plage dunkerquoise. © EPA/Newscom/MaxPPP
Des soldats britanniques pris pour cible par l'aviation allemande sur une plage dunkerquoise en mai 1940.
Des soldats britanniques pris pour cible par l'aviation allemande sur une plage dunkerquoise en mai 1940. © IWM FX 7529


Ce jour-là, 18 000 soldats réussirent à embarquer vers l’Angleterre.
 

Des soldats britanniques en file indienne, dans l'eau, pour accéder à un navire, lors de l'Opération Dynamo.
Des soldats britanniques en file indienne, dans l'eau, pour accéder à un navire, lors de l'Opération Dynamo. © ZUMAPRESS/MAXPPP
Le jetée Est de Dunkerque où de nombreux soldats britanniques rembarquèrent pour l'Angleterre en mai/juin 1940.
Le jetée Est de Dunkerque où de nombreux soldats britanniques rembarquèrent pour l'Angleterre en mai/juin 1940. © FREDERIK GILTAY / FRANCE 3


Dans la nuit, les Britanniques qui défendent le périmètre reçoivent l’ordre d’embarquer, ils commencent à quitter leurs positions en faisant sauter leurs pièces d’artillerie.
 

Des pièces d'artillerie abandonnées par les Britanniques dans le périmètre de Dunkerque.
Des pièces d'artillerie abandonnées par les Britanniques dans le périmètre de Dunkerque. © Berliner Verlag/Archiv/picture alliance / ZB/MaxPPP

 

 

Les Alliés tentent de contenir les Allemands sur l'Aa et sur la Lys


Ailleurs sur le front, les Panzers sont à nouveau libres d’attaquer pour en finir avec les lignes de défenses alliées sur l’Aa et la Lys.
 


Entre Gravelines et Watten, 8000 Français,1000 britanniques et une dizaine de chars font face à la 1ère Panzerdivision, au régiment Großdeutschland et la division SS Adolf Hitler soit 50 000 soldats et 130 chars. 
 


Les Français avec quelques chars bloquent l’avancée allemande entre Watten et Bourbourg avant de se replier vers Gravelines.
 

L'Aa près de Gravelines.
L'Aa près de Gravelines. © FREDERIK GILTAY / FRANCE 3


Les Allemands sont arrivés aux abords de la ville fortifiée depuis le 24 mai, précédés par des milliers de réfugiés belges, néerlandais et français. Cette masse de civils s’est retrouvée bloquée au niveau du hameau du Cochon Noir à l’ouest de la ville.

La garnison française a refusé de baisser le pont pour les recueillir de peur d’ouvrir la voie aux Allemands également.
 

Les remparts de Gravelines.
Les remparts de Gravelines. © Jean-Pol GRANDMONT - CC BY-SA 3.0


Ces civils seront pris entre deux feux pendant les affrontements. Certains réussiront à se réfugier à Grand-Fort Philippe mais 200 perdront la vie, coincés au milieu des combats.

Dans la matinée de ce 27 mai, les Allemands parviennent à contourner les remparts de Gravelines par le sud. Les Français doivent se replier sur les rives du canal de Mardyck pour les arrêter.

Les SS commettent de nouveaux massacres


A Saint-Venant, l’Hôpital psychiatrique et ses 2300 malades et soignants sont au cœur des combats depuis tois jours.
 

L'hôpital pyschiatrique de Saint-Venant.
L'hôpital pyschiatrique de Saint-Venant. © GONZAGUE VANDAMME / FRANCE 3


50 de ces civils sont tués dont des médecins et des religieuses. La ville est prise par les Allemands, seuls 80 des 700 Britanniques qui l’ont défendue parviendront à Dunkerque.
 


Les SS de la division Germania tirent sur des civils et achèvent des soldats britanniques blessés trop gravement pour marcher.
 

Mémorial en hommage aux 97 hommes du Royal Welsh Fusiliers morts aux alentours de Saint-Venant entre le 23 et le 27 mai 1940.
Mémorial en hommage aux 97 hommes du Royal Welsh Fusiliers morts aux alentours de Saint-Venant entre le 23 et le 27 mai 1940. © GONZAGUE VANDAMME / FRANCE 3
Mémorial en hommage aux 97 hommes du Royal Welsh Fusiliers morts aux alentours de Saint-Venant entre le 23 et le 27 mai 1940.
Mémorial en hommage aux 97 hommes du Royal Welsh Fusiliers morts aux alentours de Saint-Venant entre le 23 et le 27 mai 1940. © GONZAGUE VANDAMME / FRANCE 3


A quelques kilomètres de là, au Paradis, un hameau de Lestrem, un bataillon de soldats anglais du Royal Norfolk n’a pas su décrocher assez vite.
 


Isolés, les 99 Britanniques sont encerclés. Ils se retranchent dans une ferme qu’ils défendent jusqu’à épuisement des munitions.
 

Les hommes du Royal Norfolk à l'entraînement en France, sous la neige, le 26 janvier 1940.
Les hommes du Royal Norfolk à l'entraînement en France, sous la neige, le 26 janvier 1940. © IWM F 2267
La ferme du Paradis, à Lestrem, où les soldats du Royal Norfolk se sont réfugiés.
La ferme du Paradis, à Lestrem, où les soldats du Royal Norfolk se sont réfugiés. © Laurent Soyer


Malheureusement pour eux, leurs adversaires sont des SS de la division Totenkopf commandés par l’Hauptsturmführer Fritz Knöchlein. Obéissant à ses ordres, les SS font sortir les Anglais de la ferme et les alignent le long du mur. Une mitrailleuse est mise en batterie et les prisonniers abattus froidement. Knöchlein donne l’ordre d’achever les blessés à la baïonnette.
 

Les SS avec leurs prisonniers britanniques juste avant le massacre.
Les SS avec leurs prisonniers britanniques juste avant le massacre. © Laurent Soyer
Les soldats britanniques exécutés à la ferme du Paradis, à Lestrem.
Les soldats britanniques exécutés à la ferme du Paradis, à Lestrem. © Laurent Soyer


Deux Anglais sont laissés pour morts. Ils seront secourus par les fermiers et finiront par être arrêtés par d’autres soldats allemands quelques jours plus tard mais auront la vie sauve.
 

Le mémorial dédié aux 97 victimes des SS, ce 27 mai 1940, sur les lieux du massacre du Paradis à Lestrem.
Le mémorial dédié aux 97 victimes des SS, ce 27 mai 1940, sur les lieux du massacre du Paradis à Lestrem. © GONZAGUE VANDAMME / FRANCE 3


Après la guerre, Albert Pooley l’un des deux survivants, traquera Fritz Knöchlein et finira par le retrouver dans un camp de prisonniers en Angleterre. Grâce à son témoignage, l’officier SS sera condamné à mort et pendu en janvier 1949. 
 

Frirz Knöchlein, Hauptsturmführer (capitaine) de la division SS Totenkopf pendant la bataille de France, a ordonné le massacre du Paradis, le 27 mai 1940.
Frirz Knöchlein, Hauptsturmführer (capitaine) de la division SS Totenkopf pendant la bataille de France, a ordonné le massacre du Paradis, le 27 mai 1940. © MEDIA DRUM WORLD/MAXPPP
Des soldats de la division SS Totenkopf à Bailleul, le 30 mai 1940, trois jours après le massacre du Paradis.
Des soldats de la division SS Totenkopf à Bailleul, le 30 mai 1940, trois jours après le massacre du Paradis. © Bundesarchiv, Bild 101III-Ege-010-19A / Ege, Hermann / CC-BY-SA 3.0
Le cimetière militaire du Paradis à Lestrem. 161 soldats britanniques y sont inhumés. Parmi eux 5 aviateurs et les 97 victimes du massacre commis par les SS dans le hameau.
Le cimetière militaire du Paradis à Lestrem. 161 soldats britanniques y sont inhumés. Parmi eux 5 aviateurs et les 97 victimes du massacre commis par les SS dans le hameau. © GONZAGUE VANDAMME / FRANCE 3
La tombe d'un soldat britannique de 20 ans exécuté par le SS le 27 mai 1940 à Lestrem.
La tombe d'un soldat britannique de 20 ans exécuté par le SS le 27 mai 1940 à Lestrem. © GONZAGUE VANDAMME / FRANCE 3
Plaque commémorative du cimetière militaire du Paradis à Lestrem.
Plaque commémorative du cimetière militaire du Paradis à Lestrem. © GONZAGUE VANDAMME / FRANCE 3

 

Lille en passe d'être encerclée


A Cuinchy près de La Bassée, Rommel fait construire un second pont sur les écluses pour faire passer ses chars plus rapidement. 
 


A midi, il lance sa Panzerdivision vers Lille pour couper la route des troupes alliées vers Dunkerque.
 

Des troupes allemandes franchissant un canal, dans le nord de la France, en 1940.
Des troupes allemandes franchissant un canal, dans le nord de la France, en 1940. © Berliner Verlag/Archiv/picture alliance / ZB/MaxPPP
Le canal d’Aire où Rommel a réussi à passer près de Cuinchy.
Le canal d’Aire où Rommel a réussi à passer près de Cuinchy. © GONZAGUE VANDAMME / FRANCE 3


Lille est en passe d’être encerclée. Au Quartier Général français, à Steenwerck, Marc Bloch reçoit l’ordre de détruire les dépôts de carburant lillois pour qu’ils ne tombent pas aux mains de l’ennemi .

"Mon motocycliste partit dans la nuit. Il n’arriva jamais. Quel qu’ait été son destin, je n’ai pas le droit d’avoir des remords. Mon devoir était d’assurer l’envoi du pli... Comment, cependant me défendrais-je d’un pincement de cœur, à la pensée que, sur un mot de moi, un brave garçon est peut-être allé à la mort ? Je pus faire réexpédier l’ordre et le grand feu s’alluma à temps".
 

La maison Decanter, à Steenwerck, qui servit de poste de commandement à l'Etat-major français en mai 1940.
La maison Decanter, à Steenwerck, qui servit de poste de commandement à l'Etat-major français en mai 1940. © FREDERIK GILTAY / FRANCE 3

 

L'offensive britannique sur Abbeville échoue


A Abbeville, les Britanniques tentent une attaque de blindés pour alléger la pression allemande sur leurs troupes qui se replient vers Dunkerque. Les Allemands sont installés sur les deux rives de la Somme à cet endroit. Ils ont aménagé une solide tête de pont, capitale pour la suite des combats lorsqu’ils se retourneront vers le sud de la France pour terminer l’invasion.
 


Le général Ewans lance 180 chars anglais dans la bataille, épaulés par une vingtaine de chars légers français. En face, les Allemands ont dressé un mur de canons anti-char. C’est un massacre. En quelques heures 120 chars britanniques sont détruits.
 

Un char britannique Cruiser Mk IV détruit lors d'un affrontement entre Huppy et Saint-Maxent, près d'Abbeville, le 27 mai 1940.
Un char britannique Cruiser Mk IV détruit lors d'un affrontement entre Huppy et Saint-Maxent, près d'Abbeville, le 27 mai 1940. © IWM F 4594


Les blindés anglais utilisés pour cette attaque sont des chars légers, peu blindés. Un officier de liaison français, le lieutenant Julotte, assiste au combat : "Les obus pénétraient d’un côté, et sortaient de l’autre. Les chars flambaient et l’équipage était tué. Les qualités morales des Anglais au cours de la bataille ont été hors pair. Presque tous affrontaient le feu pour la première fois. Il y eut beaucoup de morts, mais cet échec n’a pas abattu le moral des survivants".
 

Des chars britanniques légers Vickers Mk VI vaincus entre Huppy et Saint-Maxent, près d'Abbeville, le 27 mai 1940.
Des chars britanniques légers Vickers Mk VI vaincus entre Huppy et Saint-Maxent, près d'Abbeville, le 27 mai 1940. © IWM F 4596
Un char britannique léger Vicker Mk VIC détruit entre Huppy et Sain-Maxent, près d'Abbeville, le 27 mai 1940.
Un char britannique léger Vicker Mk VIC détruit entre Huppy et Sain-Maxent, près d'Abbeville, le 27 mai 1940. © IWM F 4591

 
Mal conçue et sans appui aérien, cette offensive n’avait aucune chance de réussir. Au soir, le général de Gaulle et ses chars lourds se préparent à remplacer les Britanniques et attaquer dès le lendemain au même endroit.
 

 

Les Belges à bout de souffle


Près de Gand, en Belgique, dans les environs du village de Vinkt, des soldats allemands pillent les maisons, soi-disant à la recherche de francs-tireurs. La veille, ils ont perdu plusieurs centaines d’hommes lors d’une contre-attaque de chasseurs ardennais belges qui n’ont pas hésité à s’infiltrer dans les lignes ennemies pour les prendre à revers.
 

Des soldats alliés - français et britanniques - capturés en Belgique en mai 1940.
Des soldats alliés - français et britanniques - capturés en Belgique en mai 1940. © Bundesarchiv, Bild 121-0447 / CC-BY-SA 3.0
Des soldats allemands donnant une cigarette à un soldat belge en mai 1940.
Des soldats allemands donnant une cigarette à un soldat belge en mai 1940. © IWM MH 12106
Des prisonniers belges moqués par des soldats allemands en mai 1940.
Des prisonniers belges moqués par des soldats allemands en mai 1940. © IWM HU 75891


En représailles, 86 civils belges sont exécutés en 2 jours. Les Alliés, adossés à la Mer du Nord, se battent pour leur survie. Les combats sont très meurtriers de part et d’autre, une situation inédite pour les soldats allemands, surtout les plus fanatisés. Les massacres de prisonniers et de civils ne font que commencer.

Au soir de ce 27 mai, le message diffusé par le Quartier Général de l’armée belge est peu rassurant : "L’armée belge est très découragée (…), le moment approche rapidement où elle sera hors d’état de combattre. Le Roi va se trouver contraint à capituler pour éviter la débâcle".



► La suite de notre série demain avec la journée du 28 mai 1940. Vous pouvez relire les épisodes précédents dans le récapitulatif ci-dessous :
 

 

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