Journée mondiale Alzheimer. Nouveaux traitements, facteurs de risques, signes alarmants : 3 questions que l’on se pose tous

À l'occasion de la journée mondiale Alzheimer, ce 21 septembre 2023, nous avons posé trois questions essentielles sur la maladie, son évolution et les espoirs en 2023, au chercheur basé à Lille, Luc Buée. Ce grand scientifique français, spécialiste du cerveau et directeur de recherche au CNRS, porte un message d'espoir : oui, de nouveaux traitements arrivent et on peut se réjouir car on les attendait depuis plus de 20 ans.

Luc Buée est un scientifique français. Directeur de recherche au CNRS, il dirige l'équipe "Alzheimer & Tauopathies" au centre de recherche Jean-Pierre Aubert (université de Lille). Il parcourt le monde entier pour échanger sur les dernières recherches et travaille sur les mécanismes pathophysiologiques conduisant aux troubles cognitifs.

Avant tout rassurant, il affirme que les pertes de mémoire ponctuelles ne veulent en soi rien dire : "il est normal d'oublier. Tout le monde oublie ses clés ou le nom d'une personne célèbre. Ce qui est inquiétant, c'est de ne plus avoir de mémoire et particulièrement pour les choses récentes."

Il y a donc quelques clés qu'il faut connaître : dès la cinquantaine, des petites choses peuvent commencer à nous alerter. Savoir repérer les premiers signes va être indispensable à une bonne prise en charge. Au cours de l'année 2024, un nouveau traitement en immunothérapie devrait arriver des États-Unis (plusieurs sont déjà commercialisés ou encore en test là-bas) : un traitement porteur d'espoir, selon le spécialiste qui rappelle que rien de nouveau n'a été commercialisé en France ces 20 dernières années.

1. L'immunothérapie, la voie de l'espoir ? 3 médicaments sont testés actuellement aux États-Unis

C'est la première fois que des médicaments s'attaquent à l'origine de la maladie.

Luc Buée, directeur de recherche au CNRS

France 3 Hauts-de France

Selon Luc Buée, "Oui, c'est une très bonne nouvelle." Après deux décennies de recherche, on est entré dans une nouvelle étape de la lutte contre la maladie d'Alzheimer. Deux nouveaux traitements d'immunothérapie sont déjà commercialisés aux USA depuis 2021. "Et c'est la première fois que des médicaments s'attaquent à l'origine de la maladie."

Arriveront-ils en Europe et en France bientôt ? Le premier composé d'anticorps de synthèse a déjà été refusé (son nom : l'aducanumab), notamment à cause d'essais cliniques non terminés. Le deuxième (le lecanemab) est en cours d'examen, le ralentissement de la maladie est estimé avec lui à 27 %.

Mais Lucas Buée fonde plutôt ses espoirs sur un troisième traitement, le donanemab, qui en 18 mois montre une réussite de 35 %, et semble plus prometteur encore. C'est un médicament pour ralentir la maladie, pour stabiliser l'état du patient. "Et pour ça, il faut le donner dès le début de la maladie", précise le professeur. Tout est lié à un diagnostic précoce, avant que trop de cellules ne soient atteintes.

De même, il avertit. Tout le monde ne pourra pas en bénéficier. Tout va dépendre de l'état général du patient. En effet, "la prise du traitement laisse voir, sur les personnes testées, des anomalies d'imagerie, avec parfois, des micro-hémorragies cérébrales et des œdèmes." On sera donc beaucoup plus réservés à le prescrire pour des personnes hypertendues.

Les dernières mises sur le marché de nouvelles thérapies remontent au début des années 2000. Cette arrivée prochaine de traitements est donc une bonne nouvelle, quoi qu'il en soit. "Mais ça ne suffira pas. C'est la première étape", assure le professeur Buée.

2. À quel moment je me demande si je peux être porteur d'Alzheimer ? Quels sont les signes ?

Le diagnostic précoce est indispensable, de toute évidence, c'est lui qui donnera par la suite de meilleurs résultats. En effet, traiter tôt veut dire perdre le moins de cellules possible. Alors, il vaut mieux connaître les signes de la maladie pour ne pas la laisser prendre du terrain chez nos proches, ou nous-même.

Je vois des gens qui m'expliquent parfois que la maladie est devenue une évidence pour eux en regardant la télé.

Luc Buée, directeur de recherche CNRS

France 3 Hauts-de-France

"Les cellules nerveuses qui vont mourir dans la maladie d'Alzheimer sont celles de l'hippocampe, ce siège de la mémoire", explique le professeur.

Mais quand réagir ? Quand certains détails de la vie quotidienne créent de la tension : "Je vois des gens qui m'expliquent parfois que la maladie est devenue une évidence pour eux en regardant la télé : le couple se dispute sur les programmes. L'un ne veut plus regarder ce film ou cette série, car il ne se souvient pas du début."

Mais le détail qui peut aussi nous alerter concerne une mémoire récente et ordinaire du type "on ne se souvient plus de ce qu'on a mangé la veille ou le matin, même au petit-déjeuner." Et il y a encore plus évident : la désorganisation.

"Une personne qui ne peut plus remplir sa déclaration d'impôts alors qu'elle le faisait parfaitement avant, ce n'est pas normal." La perte du sens organisationnel est une constante chez le malade d'Alzheimer qui ne se sent plus capable de remplir des tâches administratives.

Il faut savoir qu'être diagnostiqué "libère le malade", explique Luc Buée. "L'entourage change de regard et on met des mots sur des malaises et des malentendus dans la cellule familiale." Des propos qui encouragent à contacter le CHU le plus proche de chez vous, services de neurologie, en cas de doutes. En parler aussi à son médecin généraliste et insister en cas de besoin.

3. Comment essayer d'éviter Alzheimer et les maladies neurodégénératives apparentées ?

Sans hésiter, le professeur Buée nous rappelle qu'il y a un terrain génétique évident. Il y a des "familles" à risque. Ce qui veut dire être plus attentifs aux alertes quand on se sait d'une famille concernée. Les premiers signes arrivent entre 50 et 60 ans, si on parvient à les déceler de manière précoce, la prise en charge sera plus "efficace" et le ralentissement de la maladie est désormais possible (voir première question ci-dessus).

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"Mais avant de se poser trop de questions, c'est notre mode de vie qui doit nous interroger ", rappelle Luc Buée. "Nous sommes passés de l'école à pied à l'enfant ultra-véhiculé" en quelques générations. Et comme pour les maladies cardiovasculaires, le diabète et l'obésité peuvent entraîner une dégradation précoce et des maladies neurodégénératives. Aussi, ne pas négliger les traitements du diabète et de l'hypertension si on vous en prescrit. "On s'aperçoit que les patients bien suivis et traités pour leurs maladies retardent l'arrivée d'Alzheimer. Pas ceux qui négligent leur prise en charge. Il ne faut pas avoir peur, là encore, du diagnostic."

Faire de l'exercice, s'inquiéter de notre hygiène de vie, autant de cartes à privilégier, accessibles à tous. Mais rester en contact avec la société, ne pas s'isoler, chérir ses interactions et relations sociales ont aussi beaucoup d'intérêt. Alzheimer se développe plus vite chez les sujets seuls et détachés du monde.

De l'activité physique, c'est donc important, mais pas n'importe laquelle ! Privilégiez les sports doux : en effet, la boxe et le hockey sur glace ont démontré que les chocs répétés à la tête compliquent l'avenir de la personne. "Les imageries parlent d'elle-même. Et on a beaucoup étudié aux États-Unis les cerveaux des footballeurs américains. On sait de manière scientifique et prouvée que les sportifs de haut niveau sont plus touchés que le reste de la population dans ces disciplines."

"La fédération de football en Écosse a demandé aux éducateurs d'interdire le jeu de tête des enfants. En France, c'est seulement recommandé", explique le spécialiste. "Avant 11 ans, c'est tout de même largement souhaitable", s'exclame le spécialiste. Développer le jeu au pied dans toutes les écoles de football moderne n'est donc pas qu'un enjeu tactique, mais aussi une question de santé publique.