Classement des lycées : des résultats différents en fonction des critères retenus

Trouver le bon lycée, choisir les bonnes options, réfléchir à Parcoursup... L'entrée au lycée peut être anxiogène. Des choix compliqués pour les parents et leur progéniture. Alors, l'envie est forte de consulter les derniers classements sortis dans la presse. Coup de chance, les médias publient, tous les ans, leur classement des lycées, publics et privés, généraux et professionnels. Des classements basés sur les chiffres de l'Education Nationale.

Florence Delannoy, agacée, lâche "C’est un classement par milieu social". Proviseure du Lycée Montebello de Lille et secrétaire générale adjointe du Syndicat National des Personnels de Direction de l'Éducation Nationale n’y va pas avec le dos de la cuillère : "Chaque média met en avant les chiffres qu’il juge intéressant".

Des chiffres incontestables. Ils sont fournis par l’Education Nationale. C’est leur interprétation qui pose question. "Avec les mêmes chiffres, si on mettait en avant la valeur ajoutée, on aurait une vision complètement différente… Et les lycées privés ne seraient plus forcément en haut du classement" affirme-t-elle.

C’est toujours un peu frustrant pour un proviseur de lycée public

Florence Delannoy, proviseure du Lycée international Montebello - Lille

Elle explique : "à Montebello, Lycée international de Lille, nous sommes pénalisés par le taux d'élèves de la seconde à la terminale : certains ont des parents qui travaillent à l’étranger et qui déménagent. Ces élèves qui quittent ainsi notre établissement nous font baisser dans ces classements".

Même son de cloche du côté des syndicats d’enseignants

"Nous restons opposés à la philosophie des classements" explique Nicolas Penin, secrétaire régional UNSA-Education. "Ça ne reflète que la ségrégation scolaire et sociale qui s’aggrave", tempête-t-il. S’il admet que ces classements se sont améliorés avec les années, il regrette leur inexactitude mais aussi la violence qu’ils représentent pour les équipes pédagogiques. "Dire à des élèves qu’ils sont dans un établissement mal classé… c’est pas comme ça qu’on va leur donner confiance ! Ça conforte le fatalisme social et scolaire. Je comprends la colère de certains de mes collègues." 

Ça ne reflète que la ségrégation scolaire et sociale qui s’aggrave

Nicolas Penin, secrétaire régional Unsa-Education

Et Nicolas Penin va plus loin, choqué par les dernières annonces du gouvernement sur le brevet des collèges qui, s’il n’était pas obtenu, ne permettrait plus d’entrer au lycée… "C’est contraire au sens de l’histoire, ça conforte encore les déterminismes sociaux".

Les établissements du privé mieux classés

Très clairement, les établissements du privé squattent les premières places de ces classements. La direction du diocèse de Lille "se réjouit de ces résultats, ce n'est pas une surprise". Hubert Antoine, directeur diocésain, secrétaire académique de l'enseignement catholique de Lille nuance  "il est difficile d'avoir une vraie idée d'un établissement à travers ces classements". Puis, il ajoute : "Nous sommes plus sensibles aux établissements qui ont des résultats supérieurs à ceux attendus". S'il admet que certains lycées sont socialement favorisés, il explique aussi "qu'on leur demande aussi d'être plus performants, ce qui nous intéresse c'est que nos enseignants aient à cœur de faire grandir les élèves, qu'ils deviennent meilleurs".

Finalement, il complète : "Ces classements sont surtout importants pour les familles mais ils les induisent parfois en erreur. Un établissement mal classé peut l'être alors qu'il fait un travail de progression des élèves remarquable."

Sur Franceinfo, retrouvez les chiffres de l'Education Nationale. Pas de palmarès ici, mais des explications sur la manière d'appréhender ces différents classements.