Le collectif Solidarité Roms Lille Métropole s'inquiète de la fin de la trêve hivernale

La fin de l'état d'urgence sanitaire a mis un terme à la prolongation de la trêve hivernale, et la menace des expulsions se fait de nouveau entendre dans les campements roms. À cela, s'ajoute une situation de précarité plus grande qui inquiète le collectif Solidarité Roms Lille Métropole. 
Le collectif Solidarité Roms Lille Métropole s'inquiète de la fin de la trêve hivernale - Image d'illustration.
Le collectif Solidarité Roms Lille Métropole s'inquiète de la fin de la trêve hivernale - Image d'illustration. © SEBASTIEN GURAK - FRANCE 3 NORD PAS-DE-CALAIS
"Notre grosse inquiétude, c'est la fin de la trêve hivernale. On voit revenir les huissiers, trois terrains sont déjà concernés par les expulsions", explique Dominique Plancke, animateur du collectif Solidarité Roms Lille Métropole. Prolongée jusqu'au 10 juillet du fait de l'état d'urgence sanitaire, la trêve hivernale a pris fin. Les menaces d'expulsion planent de nouveau sur près de 800 roms de la métropole lilloise. 
 "Le monde d'avant revient avec la distribution d'OQTF [Obligation de quitter le territoire français, ndlr] sur les campements des bidonvilles", ironise le groupe Facebook "Roms 59-62".

L'animateur du collectif Solidarité Roms Lille Métropole regrette cette situation qui va à l'encontre des procédures engagées jusque-là par l'Etat : "Dans le cadre de l'instruction gouvernementale du 25 janvier 2018 pour la résorption des bidonvilles, dans trois campements, 144 personnes roms avaient obtenu des logements. Un an après, ces personnes ont pu trouver du travail, et les enfants sont scolarisés."
 

En période pré-électorale, il n'était pas très populaire de dire qu'on allait s'occuper des Roms.

Dominique Plancke, animateur collectif Solidarité Roms Lille Métropole

Fin de période électorale

L'Etat "avait dit qu'il était prêt à continuer cette démarche", mais durant la période pré-municipale, ces procédures ont été interrompues."En période pré-électorale, il n'était pas très populaire de dire qu'on allait s'occuper des Roms", grince Dominique Plancke. 

"Les familles veulent sortir des bidonvilles", assure-t-il : "Personne n'a envie de vivre dans ces conditions. Il faut que l'Etat prenne l'initiative de relancer la procédure de résorption des bidonvilles. Ils ont les moyens donc le problème, c'est d'avoir une dynamique volontaire auprès des collectivités territoriales."

De son côté, la préfecture du Nord assure que "l'Etat prévoit de continuer l'action engagée à la fois grâce à l'accès au logement et à la construction de structures d'accueil temporaire de type sas. [...] A ce jour, quatre autres sas fonctionnent sur le territoire de la MEL. D'autres seront créés pour poursuivre cette démarche de résorption des bidonvilles."

14 familles accompagnées par l'Etat depuis juillet 2019

Concernant l'accompagnement dans le logement, "engagé en juillet 2019", l'Etat a mobilisé avec ses partenaires associatifs et bailleurs "18 logements", qui "ont permis d'héberger et accompagner 74 personnes soit 14 familles."

En plus du logement, les familles bénéficient d'un "accompagnement social global : apprentissage de la langue, scolarisation, santé, emploi". L'Etat a décidé "d'envisager de poursuivre cette action au-delà de la première année."

L'urgence se porte sur les bidonvilles existants selon Dominique Plancke : "Il faut redonner aux 23 campements de la métropole lilloise, les conditions sanitaires pour vivre de façon plus digne : un accès garanti à l'eau, au ramassage des déchets et aux toilettes. Sur certains camps, les tuyaux d'eau qui avaient été installés commencent à être retirés. Il y a des mesures sanitaires qui apparaissaient évidentes pendant le confinement qui maintenant, n'apparaissent plus urgentes", regrette-t-il. 

Une épidémie de coronavirus et des élections municipales plus tard, la situation n'est pas au beau-fixe même si de légers changements se font sentir : "Jusqu'à présent, le président de la Métropole européenne de Lille (MEL) avait refusé toute intervention pour favoriser l'insertion des personnes vivant en bidonvilles. Mais le 28 avril, il a annoncé dans une lettre qu'il soutenait notre mouvement. Donc on attend de voir."

Sollicitée, la MEL n'a pas fait suite à notre demande d'interview. 

Un confinement difficile 

"Les gens du bidonville n'avaient plus de revenus pendant le confinement. Ils ne pouvaient plus faire la manche, il n'y avait plus de réseaux de solidarité, ils ne pouvaient plus travailler ou vendre de la ferraille en Belgique du fait de la fermeture des frontières", détaille Dominique Plancke.

Les ouvertures de droits sociaux et les inscriptions à Pôle emploi ont également été interrompues, amenant à une situation de précarité plus grande qu'avant le confinement. 

"On a organisé les distributions alimentaires, ce qu'on avait jamais fait, car notre collectif œuvre plus dans la défense des droits. On a réussi à récolter 13.000 euros de dons, ce qui a largement dépassé nos espérances", confie le bénévole. Ils ont aussi distribué des masques et des produits d'hygiène.

"Un couple a été très gravement touché à Hellemmes, un homme est décédé. À Lezennes, tous les habitants du terrain ont été testés positifs et quelques-uns ont dû être hospitalisés. À Lille, aussi, des personnes ont été amenés à l'hôpital."

Pourtant, M. Plancke estime que la situation aurait pu être pire : "On avait peur que ce soit plus grave que ça, on sentait qu'ils étaient totalement oubliés et il y avait pas mal de personnes âgées ou souffrant de diabète. Un des médecins estime que le beau temps a permis de limiter l'impact du virus, car les familles étaient souvent dehors durant le confinement."
 
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