Coronavirus : déguisements, concerts, saynètes... à 20h, ces rues s'animent différemment pour remercier les soignants

Aux quatre coins du Nord Pas-de-Calais, ces voisins rivalisent d'imagination. Chaque soir depuis le début du confinement, leurs rues s'animent avec des initiatives originales et fédératrices pour rendre hommages aux soignants et à toutes les personnes mobilisées pendant l'épidémie.
À Wattignies, les voisins se déguisent chaque soir à 20 heures.
À Wattignies, les voisins se déguisent chaque soir à 20 heures. © C. SARPAUX
À Coudekerque-Branche, à Wattignies, à Bourlon ou à Thumeries, les voisins attendent 20 heures chaque jour. Entre eux, ils ont mis en place des rituels : déguisements, sketchs, musique, chacun y va de son initiative pour faire de l'hommage aux soignants un moment de fête. Une façon originale de garder le moral et d'apprendre à se connaître, pendant le confinement. 
 

Carnaval et saynètes à Wattignies, dans la métropole lilloise

 
Les familles utilisent ce qu'elles ont chez elles pour se costumer.
Les familles utilisent ce qu'elles ont chez elles pour se costumer. © C. SARPAUX

"Au début cela durait quelques minutes, désormais on reste dehors jusqu'au couvre-feu de 21 heures", se réjouit Charline Sarpaux. Au début du confinement, cette directrice d'école sort applaudir les soignants à 20 heures. Les voisins la suivent et s'amusent surtout de la voir se déguiser "pour faire rire et chasser le stress".
 
Chaque soir à Wattignies, c'est carnaval.
Chaque soir à Wattignies, c'est carnaval. © C.SARPAUX


Alors, le concours commence, d'un soir à l'autre. "Chacun veut faire mieux que la veille", explique Charline, jusqu'à préparer des petits numéros de théâtre pour impressionner les voisins. Ainsi, une saynète sur le thème de Roméo et Juliette a été jouée il y a quelques jours. Bien sûr, toutes les productions sont faites maison et chaque soir promet d'être plus abouti que le précédent. 
 

Danse et concert de casseroles à Bourlon, près de Cambrai 


Tous les mardis et vendredis dans ce village de 1 200 habitants, les casseroles, cuillières en bois et autres ustensiles de cuisine réveillent les Bourlonais. "On ne peut pas se voir mais on peut s'entendre", explique un habitant de Bourlon pour justifier le choix des casseroles.

 
Une vidéo des "Casseroles de Bourlon" a été réalisée par un participant avec l'aide des habitants.

Au delà du bruit, les voisins dansent chacun devant leurs pas de porte pour célébrer ce moment de retrouvailles. Sur le groupe Facebook créé pour l'occasion, chacun partage ses vidéos... Et ses idées pour la suite. "Ce soir on organise notre premier apéro virtuel", affirme le créateur de la page. À l'ordre du jour, la préparation d'un pique nique de déconfinement ou d'une journée festive au centre du village. "Mes enfants me demandent tous les jours si c'est le soir des casseroles, s'amuse Aurélie Chaval, une voisine. Ça fait vraiment du bien."
 
Les enfants d'Aurélie ont recréé une batterie avec des casseroles.
Les enfants d'Aurélie ont recréé une batterie avec des casseroles. © A. CHAVAL

 

Soirée à thèmes quotidiennes pour une voisine infirmière à Thumeries, près de Seclin

 
Pour rendre hommage à sa voisine infirmière, Émilie Warembourg et sa maman sortent depuis le début du confinement à 20 heures devant chez elles. Un soir, les deux femmes sortent des casseroles pour faire plus de bruit et attirer l'attention des voisins. Mission accomplie puisque les six personnes se prennent au jeu et décident d'aller plus loin en se déguisant pour amuser l'infirmière.
 
Chaque soir, un thème différent !
Chaque soir, un thème différent ! © E. WAREMBOURG


Chaque soir, ils doivent respecter un thème, tiré au sort d'un jour sur l'autre : "sur son 31", "spécial travaux", "tous bouchers"... "Notre voisine travaille au CHU de Lille au service des maladies infectieuse. Elle est du matin alors 20 heures c'est parfait pour elle", se réjouit Émilie. Désormais, la machine est bien huilée puisque la soignante donne ses horaires de la semaine aux voisins pour qu'ils puissent s'organiser. "Si elle travaille le soir, on est en repos !", explique la voisine. 

 
Un décor est installé pour rendre hommage à Anaïs, l'infirmière de la rue.
Un décor est installé pour rendre hommage à Anaïs, l'infirmière de la rue. © E. WAREMBOURG


Pour les six voisins, c'est aussi l'occasion de faire plus ample connaissance. Ils ont créé une conversation sur les réseaux sociaux et échangent sur leurs déguisement et leurs quotidiens. "On se demande ce qu'on va faire le 12 mai", décrit Émilie Warembourg, désormais habituée du 20 heures déguisé. 
 

Banderoles, concert de poubelles et déguisements à Coudekerque-Branche, près de Dunkerque

 

Au début du confinement, Anthony Zoonelynd et son petit frère applaudissent les soignants. Ils se mettent aussi à tambouriner sur un instrument et sur... Leur poubelle, pour faire plus de bruit. Les voisins suivent : la rue est rapidement tapissée de banderoles pour tout ceux qui travaillent pendant l'épidemie : "On a mis une banderole en hauteur pour que les éboueurs la voit en passant dessous. On a aussi fixé des banderoles pour les soignants qui passent dans la rue." Au delà de ces décorations solidaires, de plus en plus de personnes sortent leur poubelle à 20 heures et se servent du couvercle pour tambouriner au ryhtme de la musique diffusée par des baffes à chaque coin de rue. 

Chaque soir pendant une dizaine de minutes, c'est la fête dans les rues de Coudekerque-Branche. Les voisins se déguisent et veulent aussi offrir un spectacle aux personnes âgées du quartier, confinées. "C'est devenu un rendez-vous attendu", témoigne Anthony, étudiant lillois. L'initiative a tellement de succès qu'un photographe profesionnel qui couvre habituellement le carnaval de Dunkerque viendra ce soir immortaliser le spectacle. Une belle récompense pour cette terre de carnavaleux. 



 
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