VIDEO. Les tourbières, un milieu naturel à restaurer pour lutter contre le réchauffement climatique

Publié le
Écrit par Vincent Dupire avec Laurent Navez et Antoine Morvan
durée de la vidéo : 00h03mn24s
Véritables pièges à carbone, les tourbière aident à lutter contre la pollution atmosphérique ©Antoine Morvan / France télévisions

L'Europe lance une vaste campagne de restauration des tourbières. Ces milieux naturels composés de décomposition végétale incomplète et saturés en eaux sont de véritables piège à carbone. C'est le parc naturel Scarpe Escaut qui est chargé de la mise en oeuvre de ce programme qui consiste, entre autres, en des opérations de déboisement ou de maintien de certaines espèces végétales.

C'est un site qu'ils bichonnent depuis longtemps : la tourbière de Vred, dans le douaisis, fait aujourd'hui l'objet d'un chantier exceptionnel. Mathilde et Aurélien sont techniciens au parc naturel régional Scarpe Escaut. Ce sont eux qui supervisent les travaux de déboisement. 

Mathilde Castelli , chargée de projet Life Antropofens au Parc naturel régional Scarpe Escaut : "L'objectif ici est d'appauvrir le sol. Si on laissait toute la matière ça ferait comme un engrais et ça favoriserait des espèces qu'on ne veut pas retrouver sur ce secteur. L'idée c'est de retrouver un niveau topographique intéressant qui va nous permettre de retrouver de l'eau plus souvent tout au long de l'année et de remettre à jour les banques de graines qui sont encore vivantes dans le sol et correspondent aux espèces qu'on recherche spécifiquement sur la tourbière"

Il ne faut pas chercher longtemps pour trouver l'une de ces espèces emblématiques du site : La fougère à Crète. 

" Elle est importante parce qu'elle est caractéristique des tourbières alcalines. C'est une espèce patrimoniale très rare qu'on a retrouvée sur le site avant travaux.", se félicite Mathilde Castelli.

Préserver les espèces donc, mais aussi  les milieux naturels qu'ils soient boisés, herbacés ou aquatiques comme les roselières qui nécessitent aussi l'intervention humaine. 

"Si on veut maintenir les roseaux, on est obligé de les couper, de les faucher à une fréquence régulière", nous indique Aurélien Thurette, responsable pôle ressources et milieux naturels du Parc naturel régional Scarpe Escaut "c'est pour ça qu'on voit ici une gestion par placette, on entretient par rotation."

Sur ces 40 hectares de tourbières, des centaines d'espèces végétales, d'oiseaux, d'amphibiens et d'insectes ont été recensés. Une biodiversité exceptionnelle que l'Europe a décidé de protéger via son programme Life Anthropofens.  

Le nom du projet « Anthropofens » est la contraction de deux mots : « Anthropocène » qui désigne l’époque actuelle de l’histoire de la Terre durant laquelle les activités humaines ont une influence significative sur l’ensemble de la biosphère, et « Fens » mot anglais qui désigne les marais tourbeux principalement alimentés par des eaux souterraines.

En effet le projet s’attache à restaurer des écosystèmes tourbeux alcalins qui ont été pour la grande majorité modifiés par l’Homme au cours des derniers siècles afin d’exploiter ces espaces.

Ce titre a donc été choisi en référence aux défis que pose la conservation de ces écosystèmes anciens hérités de l’époque Holocène (débutée il y a 11 550 ans) et dont une biodiversité exceptionnelle a pu traverser les âges jusqu’à l’Anthropocène actuel.

6 ans de travaux entre Hauts-de-France et Wallonie

Ce programme Life Anthropofens représente aujourd'hui 6 ans de travaux, d'études et de suivi des tourbières dans les Hauts-de-France et en Wallonie.

" On est sur un budget très conséquent puisque on est à peu près à 18 millions d'euros sur les 6 années de programme. Et donc il n' y a pas que des travaux, il y a aussi des études pour mieux comprendre les tourbières, ce sont des écosystèmes qui sont encore mal connus à l'échelle régionale et même à l'échelle mondiale.

On parle des tourbières comme d'une bombe de CO2 à retardement.

Aurélien Thurette, Parc Naturel Scarpe Escaut

Les tourbières sont des milieux menacés par le manque d'eau, l'élément clé d'une tourbière.

"La tourbe est constituée en majeur partie de matière organique décomposée, de débris végétaux et animaux. On voit que c'est gorgé d'eau (Mathilde presse une poignée de tourbe entre ses doigts) et on voit bien le rôle d'éponge que peut jouer une tourbière. En cas de sécheresse ou d'inondation, elle va pouvoir garder ou restituer l'eau dans le milieu extérieur."

Une éponge dont l'assèchement serait catastrophique.

"L'eau dans la tourbière bloque tout le système de minéralisation et de décomposition de la matière. Si ça continue comme ça les tourbières vont passer d'un écosystème qui stocke du carbone à un écosystème qui va relarguer énormément de carbone". explique Aurélien. "On parle même des tourbières comme d'une bombe de CO2 à retardement. Donc les tourbières c'est certes un enjeu de biodiversité, mais c'est également un enjeu pour l'humanité."

La tourbière ne sera pas ouverte au public après restauration. Mais des panneaux d'informations seront installés et quelques excursions thématiques programmées en lien avec le Parc Naturel.

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