ENTRETIEN. "Il n'y a rien de politique dans tout ça", le frère du jeune homme tué à Grande-Synthe appelle ses concitoyens à la paix

Quelques jours après le drame survenu à Grande-Synthe, Kelvyn, frère du jeune Philippe décédé après une violente agression, prend plus que jamais la parole pour honorer la mémoire du défunt. Touché par les messages de soutien, Kelvyn souhaite cependant que la mort de son frère ne serve pas à des fins politiques mais plutôt à rassembler.

Kelvyn est le frère du jeune animateur social tué en début de semaine à Grande-Synthe, dans le Nord, par une bande de trois jeunes dont deux mineurs de 14 et 15 ans. Philippe était âgé de 22 ans lorsque, dans la nuit du 15 au 16 avril 2024, il a été tabassé et laissé pour mort sur un parking de supermarché.

Finalement décédé de ses blessures en service de réanimation, ce jeune animateur laisse derrière lui une famille dans l'incompréhension, qui espère voir les auteurs de ce "meurtre en bande organisée" payer pour leurs actes... Mais surtout, ne pas voir la France et leur commune se diviser suite à ce drame. Entretien avec Kelvyn, qui appelle à respecter la mémoire de son frère en restant unis.

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Pour l'instant vous n'avez pas de nouvelles de l'enquête, qui suit doucement son cours. Qu'est-ce que vous espérez de son aboutissement ?

Kelvyn : Moi ce que je souhaite c'est qu'on ait au moins une version avec toutes les personnes arrêtées et qu'elles prennent de très grosses peines, ainsi que leurs parents. Pour que des mineurs soient dehors à cette heure-là et qu'ils multiplient les agressions durant la nuit c'est pas normal. Et puis c'est dommage que la police ait attendu le pire pour réagir. Un message pour prévenir qu'il y a des agressions en ce moment le soir dans ces zones-là aurait pu être envoyé aux habitants. Là, le nécessaire est fait, en espérant que si une vague d'agressions arrive dans d'autres villes, la population soit mise en garde.

Le problème c'est pas la ville de Grande-Synthe mais ces individus et leurs parents. Tout le monde peut faire des bêtises mais là ça va bien plus loin. Mineurs ou pas mineurs c'est impardonnable et on ne peut pas laisser des jeunes commettre ce type d'actes. C'est qu'il doit y avoir un problème d'éducation derrière. Il faut qu'ils aillent en prison et qu'ils aient la vie dure pendant un moment.

Mineurs ou pas mineurs c'est impardonnable et on ne peut pas laisser des jeunes commettre ce type d'actes. C'est qu'il doit y avoir un problème d'éducation derrière.

Kelvyn, frère de Philippe

Et vous aviez eu des nouvelles de votre frère avant sa disparition ? Où se trouvait-il ?

K : Pour moi mon frère était chez son ami. Je ne sais pas pourquoi il s'est retrouvé à Carrefour, je n'ai pas d'informations et je ne veux pas me fier à des "on-dit" ou à des rumeurs. Il faut avoir une vraie version et il n'y a que la police qui puisse nous la ramener. Le plus important pour l'instant c'est de gérer les funérailles de Philippe, tout ce qui est pénal ce sera dans un second temps. Ce sera très important mais pour l'instant il faut que je reste aux côtés de ma mère et qu'on se serre les coudes. On reçoit beaucoup d'appels et de messages de soutien, sur la cagnotte les gens participent... Ça touche. Ça nous touche énormément.

Quand vous voyez les débats politiques et les polémiques se propager sur les réseaux sociaux concernant l'agression de votre frère, comment réagissez-vous ? 

K : Je voulais juste préciser qu'il ne faut pas mélanger l'agression de mon frère et partis politiques. Il n'y a rien de politique dans tout ça, pas d'histoire de couleur de peau, d'origine ou autre. Il y a eu une agression, ces gens-là sont fautifs, il ne faut pas en faire de généralité.

Il faut qu'on vive tous dans la paix, à Grande-Synthe on vit ensemble, toutes les communautés, toutes les couleurs, toutes les religions. On habite ensemble depuis très longtemps et la haine ne doit pas monter.

Kelvyn

Il faut qu'on vive tous dans la paix, à Grande-Synthe on vit ensemble, toutes les communautés, toutes les couleurs, toutes les religions. On habite ensemble depuis très longtemps et la haine ne doit pas monter. Philippe c'était quelqu'un de bien, de souriant, il faut que les gens sourient en pensant à lui et qu'il n'y ait pas de débordement. On n'acceptera de parler à aucun parti politique. On veut juste la justice.

Ce vendredi, une marche blanche a lieu à partir de 11 heures devant le lycée du Noordover, où Philippe avait été scolarisé.