ENQUÊTE. Le LOSC reverse-t-il vraiment ses recettes de Coupe de France aux clubs amateurs régionaux ?

Les Lillois n'ont pas laissé leur part de recettes aux amateurs de Gonfreville après leur victoire en 16e de finale de la Coupe de France. / © LOU BENOIST / AFP
Les Lillois n'ont pas laissé leur part de recettes aux amateurs de Gonfreville après leur victoire en 16e de finale de la Coupe de France. / © LOU BENOIST / AFP

Depuis des années, le LOSC refuse de reverser sa part de recettes aux clubs amateurs qu'il affronte en Coupe de France, comme le veut parfois l'usage, indiquant préférer aider les clubs régionaux partenaires. Mais qu'en est-il exactement ? La réponse est plus complexe...

Par Yann Fossurier

La polémique refait surface à chaque fois que le LOSC affronte un club amateur en Coupe de France : les Dogues refusent de reverser leur part des recettes de billetterie (50% de l'excédent) à leurs adversaires, comme le veut parfois l'usage. "Je suis très déçu par ces gens-là", s'est ainsi agacé Michel Garcia, président de Gonfreville, club de National 3 (5e division), éliminé samedi par les Lillois en 16e de finale. "Les personnes du LOSC, ce ne sont pas gens du Nord".
 

"Cela reste un manque à gagner et pour un club comme le nôtre, c’est énorme", avait déploré, de son côté, sur le site 20 Minutes, Farid Touileb, le manager de Raon-l'Etape (National 3), battu par le LOSC en 32e de finale. Les Vosgiens n'avaient pas touché le moindre centime sur les 21 000 euros de recettes encaissés par le club nordiste de Ligue 1.  "On avait prévu de rhabiller nos 200 bénévoles avec un survêtement, on leur achètera juste un polo cette année".

La polémique n'est pas vraiment nouvelle. En 2009 déjà, les dirigeants de Sainte-Geneviève-des-Bois (alors en CFA2, ex-5e division), éliminé par le LOSC, avaient déploré avoir reçu un courrier de la Fédération Française de Football (FFF) exigeant qu'ils reversent aux Dogues leur part de recettes, sous peine d'exclusion de la prochaine édition. Soit la modique somme de... 3200 euros. "J’ai appelé M. Seydoux, qui ne m’a jamais pris au téléphone…", avait raconté Jean-Claude Murmann, le président du club amateur francilien, au Journal du Dimanche.

"Nous donnons beaucoup de temps et d’argent au football amateur", avait alors répondu Michel Seydoux, l'ex-patron du LOSC. "Mais nous privilégions nos 40 clubs partenaires à nos adversaires en Coupe de France". Depuis, cette position fait jurisprudence à Lille et a été reprise à son compte par la nouvelle direction mise en place après le rachat du LOSC par Gerard Lopez en 2017.
 
Michel Seydoux et Gerard Lopez, l'ancien et l'actuel président du LOSC. / © DENIS CHARLET / AFP
Michel Seydoux et Gerard Lopez, l'ancien et l'actuel président du LOSC. / © DENIS CHARLET / AFP

"J'entends des mots comme trahison, geste, devoir, je voudrais aussi avoir le choix de donner cet argent au Mans ou plutôt à des gamins de la Région", avait ainsi déclaré le directeur général Marc Ingla, à L'Equipe, en janvier 2018, après avoir essuyé les critiques des dirigeants du Mans (alors en National 2, 4e division), éliminé cette année-là en 32e de finale par les Nordistes. "Pourquoi serions-nous forcés à donner notre part de recette guichets ? Il n'y a pas de règle formelle qui le demande". 
 

Pas de reversement direct pour les clubs partenaires

 
Est-ce que cela signifie pour autant que les recettes des matches de Coupe de France sont reversées aux 49 clubs amateurs régionaux aujourd'hui partenaires du LOSC ? Nous avons sondé plusieurs d'entre eux et la réponse, à chaque fois, est non. " Pour le moment, on n’a jamais rien reçu du LOSC, on n’a pas eu de reversement de quoi que ce soit", reconnait Bruno Linclau, vice-président de la Jeunesse Athlétique Armentiéroise, dont l'équipe première évolue en Régional 3 (8e division). "Mais on ne réclame rien, on a de très bons rapports avec eux. On sait qu’on peut compter sur eux en cas de besoin. Le LOSC, c’est un peu notre grand-frère. Le fait qu’ils soient partenaires avec nous, ça donne une bonne image, ça montre qu’ils pensent qu’on travaille bien. C’est valorisant pour notre formation".
 

Même son de cloche du côté du FC Bondues, club de la métropole lilloise qui compte plus de 800 licenciés. "Il n'y a aucune entrée d'argent dans ce partenariat", affirme Philippe Petit, un responsable administratif. "Mais on a déjà eu des reversements sur la formation quand on a des enfants qui signent au LOSC".

"Il n'y a pas de reversement, sauf quand un enfant de chez nous signe chez eux, là on a une dotation", confirme Christophe Baron, un dirigeant de l'US Fretin, autre club amateur partenaire des Dogues. 

"C’est la deuxième année qu’on est partenaire et à ce jour on n’a jamais rien touché", nous explique également Georges Montagne, secrétaire de l'Olympique Hemois. "L’an dernier, on a deux jeunes filles qui ont signé chez eux. On nous a dit qu’on aurait un geste financier par rapport à ça, en deuxième partie de saison. On est très satisfait de ce partenariat. Après si on avait une aide financière, on ne la refuserait pas, comme n’importe quel club de notre niveau".

Les sommes reversées aux partenaires lorsqu'un de leurs jeunes intègre le LOSC ne sont pas nécessairement élevées. Le trésorier d'un club de la métropole lilloise nous a ainsi confié avoir touché 500 euros pour un joueur. 
 

Accompagnement et avantages en nature

  
"Le LOSC a indiqué depuis longtemps destiner les recettes de billetterie Coupe de France en question prioritairement au développement de son action locale, de son action envers les clubs de son territoire ainsi que pour ses actions sociales", nous répond pourtant le LOSC (voir l'intégralité de la réponse du club dans l'encadré en fin d'article). Mais hormis la "rémunération liée à la formation et au recrutement de jeunes joueurs", il ne s'agit pas de dotations financières directes, en liquidités.

Les clubs partenaires bénéficient cependant d'autres coups de pouce. "Séminaires de formation des éducateurs des clubs amateurs, soutien régulier de formateurs du LOSC auprès des clubs partenaires, dotations en matériel et en équipement, billetterie pour les matches de l’équipe professionnelle (places gratuites pour les licenciés des clubs NDR), organisation de tournois et de journées de détection, droit d’utilisation de l’image et de la marque LOSC pour les besoins et l’attractivité du club", énumère le LOSC. 
 

"On a reçu 200 places pour la Ligue 1, 100 places pour les matches de l'équipe féminine", confirme Abdelmalik Bellaredj, joueur et responsable des projets jeunes de l'Olympique Grande-Synthe, dont l'équipe première évolue en National 3 (5e division) et a été récemment battue de peu en 32e de finale de la Coupe de France par Nancy, équipe de Ligue 2 (qui a laissé, elle, sa part de recettes). "Nos jeunes peuvent aller voir les pros du LOSC à l'entraînement, on fait appel à eux comme ramasseurs de balle. On envoie les gamins en détection, il y a un bon suivi de la part du LOSC, on reçoit des rapports. Nous, on n'a jamais rien touché financièrement du LOSC, mais avec tout ce qu'ils nous donnent en échange, on est gagnant. 200 places données, ça représente quand même un coût !"
 


"Vous pouvez imaginer qu’il s’agit ici d’un investissement budgétaire substantiel, concrètement au service et à destination de l’action de nos clubs amateurs partenaires", souligne le LOSC. "Par ailleurs, le LOSC alloue également des budgets de plus en plus conséquents à son action sociale et citoyenne, en faveur de l’enfance, de la lutte contre les maladies ou handicap, du développement durable, mais aussi et surtout du développement de la pratique et de l’accès au football, pour les populations parfois moins favorisées, de l’insertion sociale par le football, etc… C’est l’objet même de son partenariat par exemple avec Sport dans la Ville, association que le LOSC soutient activement et à laquelle il attribue notamment des dotations financières. (...) Sans vouloir communiquer de sommes, vous pouvez imaginer que les budgets alloués à l’ensemble de ces missions et actions dépassent les recettes liées à la Coupe de France."
 

Vers "un fonds de dotation LOSC"


"(Les clubs amateurs partenaires) sont de plus en plus nombreux, ce qui tend à indiquer que le dispositif est très satisfaisant et bénéfique pour eux", observe le LOSC. Ce que nous confirment la plupart des dirigeants que nous avons contactés. A quelques exceptions.

"Les gens du LOSC sont de plus en plus exigeants", nous a ainsi confié, sous couvert d'anonymat, le président d'un club partenaire de la métropole lilloise qui compte près de 500 licenciés. "Ils nous mettent maintenant des notes, on est classé, ce qui n'est pas toujours valorisant". D'autant que certains critères d'évaluation relèvent de services que le club amateur doit rendre au LOSC dans le cadre de ce partenariat. Comme la mise à disposition de terrains pour les matches de ses équipes de jeunes...

De son côté, le LOSC assure qu'il va renforcer prochainement les liens et le soutien à ses clubs partenaires. "C’est évidemment avec envie et engagement, avec plaisir même, que le LOSC s’engage économiquement dans ces actions pour les clubs mais plus globalement pour son territoire", assure-t-il. "Dans les prochaines semaines, un fonds de dotation LOSC va même être créé pour continuer de structurer et de développer cette activité, pour permettre de disposer encore davantage de moyens au bénéfice de ces actions envers le football amateur et l’action sociale".   
 

La réponse intégrale du LOSC

"Vous nous avez interrogés sur la question de la répartition des recettes des matches de Coupe de France. Le LOSC confirme qu’il est favorable à l’application du règlement de la FFF (Fédération Française de Football NDR) sur le sujet, autant qu’il accepterait naturellement, si demain la FFF décidait - en accord avec le football amateur et l’ensemble des familles du foot - de modifier ce règlement, d’appliquer la règle collectivement établie, et par conséquent de laisser l’intégralité de la recette d’un match de Coupe de France au club amateur recevant, dans une position parfaitement légaliste et si c’est le choix démocratique et assumé de tous.
 
Puisqu’il semble être parfois reproché à certains clubs professionnels français l’absence de solidarité financière et de considération à l’égard du football amateur - et sans toutefois vouloir élargir et rallonger le débat de fond sur la solidarité du football professionnel, sa taxation etc… –, il semble utile de rappeler pour une totale compréhension de la part des lecteurs et un jugement objectif que plusieurs systèmes de solidarité du football professionnel envers le football amateur sont déjà prévus par les règlements et existants. Que ce soit au niveau des indemnités de mutations, d’aide à la formation, des sommes prélevées sur les droits TV du football professionnel et globalement via la taxe Buffet sur le football professionnel, des systèmes de solidarité et de financement du football amateur par le football professionnel existe. Le LOSC ne remet évidemment absolument pas en cause ces règlements et systèmes de solidarité. Il les juge absolument logiques compte tenu de l’immense reconnaissance et du respect qu’il faut avoir à l’égard du football amateur, véritable socle du football pour lequel s’investissent quotidiennement et de manière souvent bénévole des milliers de passionnés
 
Au-delà de ces systèmes de solidarité réglementaires et déjà en place, le LOSC a indiqué depuis longtemps destiner les recettes de billetterie Coupe de France en question prioritairement au développement de son action locale, de son action envers les clubs de son territoire ainsi que pour ses actions sociales.
 
Ainsi, pour ce qui est des clubs amateurs partenaires du LOSC, ils sont au nombre de 49 et le LOSC leur attribue chaque année, et depuis de nombreuses saisons quel que soit le parcours du LOSC en Coupe de France, différents types d’aide et d’accompagnement, que vous avez d’ailleurs listés et que nous confirmons :
► Séminaires de formation des éducateurs des clubs amateurs
► Soutien régulier de formateurs du LOSC auprès des clubs partenaires
► Dotations en matériel et en équipement
► Billetterie pour les matches de l’équipe professionnelle
► Organisation de tournoi et de journée de détection
► Droit d’utilisation de l’image et de la marque LOSC pour les besoins et l’attractivité du club
► Rémunération liée à la formation et au recrutement de jeunes joueurs…

Vous pouvez imaginer qu’il s’agit ici d’un investissement budgétaire substantiel, concrètement au service et à destination de l’action de nos clubs amateurs partenaires. Ceux-ci sont de plus en plus nombreux, ce qui tend à indiquer que le dispositif est très satisfaisant et bénéfique pour eux.
 
Par ailleurs, le LOSC alloue également des budgets de plus en plus conséquents à son action sociale et citoyenne, en faveur de l’enfance, de la lutte contre les maladies ou handicap, du développement durable… mais aussi et surtout du développement de la pratique et de l’accès au football, pour les populations parfois moins favorisées, de l’insertion sociale par le football, etc… C’est l’objet même de son partenariat par exemple avec Sport dans la Ville, association que le LOSC soutient activement et à laquelle il attribue notamment des dotations financières.
 
Sans vouloir communiquer de sommes, vous pouvez imaginer que les budgets alloués à l’ensemble de ces missions et actions dépassent les recettes liées à la Coupe de France. Mais le LOSC tient à assumer pleinement et même à développer son rôle social et son investissement local et c’est évidemment avec envie et engagement, avec plaisir même, que le LOSC s’engage économiquement dans ces actions pour les clubs mais plus globalement pour son territoire. Dans les prochaines semaines, un fonds de dotation LOSC va même être créé pour continuer de structurer et de développer cette activité, pour permettre de disposer encore davantage de moyens au bénéfice de ces actions envers le football amateur et l’action sociale."
 

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