Fusillade mortelle du Pont-Neuf : les policiers divisés suite à la mise en examen de leur collègue pour homicide volontaire

Publié le Mis à jour le

Après la mise en examen du policier qui a tué deux hommes sur le Pont Neuf à Paris le 24 avril, les syndicats de police Alliance, Synergie et UNSA appellent à des rassemblements, notamment à Lille, pour protester contre sa mise en examen pour "homicide volontaire". Pour Unité SGP-Police, un tel appel pourrait jeter de l'huile sur le feu.

Une cinquantaine de policiers, actifs et retraités, ont entonné la Marseillaise ce lundi midi devant le palais de justice de Lille pour faire entendre leur mécontentement. Ce rassemblement répondait à l'appel du syndicat de gardiens de la paix  Alliance, auquel se sont joints le syndicat d'officiers Synergie et UNSA-Police.

Les syndicats protestent contre la mise en examen pour "homicide volontaire" du policier qui a tué deux hommes qui auraient forcé un contrôle sur le Pont-Neuf à Paris, le 24 avril dernier. 

durée de la vidéo : 14sec
Rassemblement de policiers à Lille ©Alexandra Huctin/France Télévisions

"Les magistrats instructeurs ont décidé de requalifier les faits comme homicide volontaire et comme une intention de tuer. C'est inacceptable" s'insurge Bruno Noël, secrétaire régional d'Alliance des Hauts-de-France.

Pour nous c'est un choc c'est comme dire qu'un policier est un meurtrier. Homicide involontaire, on aurait mieux compris. Avec la qualification d'homicide volontaire, il est passible de la cour d'assise et risque 30 ans de prison. Il ne s'est pas levé le matin en se disant je vais tuer quelqu'un

Arnaud Boutelier, Alliance Hauts-de-France

Après 48h de garde à vue, le gardien de la paix, âgé de 24 ans, a été mis en examen pour "homicide volontaire" concernant le conducteur, "violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique ayant entraîné la mort sans intention de la donner" s'agissant du passager avant et pour "violences volontaires aggravées par personne dépositaire de l'autorité publique" envers le passager arrière. Il a été placé sous contrôle judiciaire.

On a un refus d'obtempérer toutes les vingt minutes. On est toujours dans une période où les attentats sont d'actualité.

Bruno Noël, Alliance Hauts-de-France

"On craint que cette qualification d'homicide volontaire, passible de 30 ans de prison, laisse penser que notre collègue est un meurtrier alors qu'il fait son travail, déclare Bruno Noël. C'est une réaction légitime parce que ça peut arriver à n'importe quel collègue.On a un collègue du Mans, il n'y a pas longtemps, qui a été percuté par une voiture pour un refus d'obtempérer". Les faits remontent à la nuit du 5 au 6 août 2020.

"Présomption de légitime défense"

Dans les rangs du rassemblement à Lille, Alain est là. Vingt-deux ans, cette année, qu'il est en retraite. Il a travaillé à Lille après des années de Brigade anticriminalité (BAC) en région parisienne. Mais ce matin, il est là pour soutenir les jeunes collègues, écœuré et inquiet : " Un policier, il ne tue pas délibérément. C'est pas une bavure. Il y a homicide mais pas volontaire. C'est nous insulter cette qualification. A se demander si les magistrats ne nous enfoncent pas pour la paix sociable. C'est politique à mon sens."

Les syndicats Alliance et Synergie appellent à mettre en place une "présomption de légitime défense" des policiers, une mesure défendue par Marine Le Pen pendant la campagne présidentielle mais rejetée par le président réélu Emmanuel Macron. 

Présumé innocent avant tout 

Unité SGP Police, concurrent d'Alliance, a choisi de ne pas "prendre des positions pouvant porter préjudice" au collègue mis en examen, rappelant qu'il est présumé innocent. 

"D'une part, parce que le collègue n'est pas interdit d'exercer mais reconnu en blessure en service, précise Yves Marignaux, secrétaire départemental du SGP Police Oise, et surtout, son avocat Maître Liénard, a appelé à l'apaisement. Dans la mesure où son avocat lui-même dit qu'il est confiant et qu'il faut rester serein, on peut rester serein". 

"Quand on a entendu l'avocat, ça nous renforce dans notre décision de ne pas prendre part aux rassemblements, pour ne pas mettre de l'huile sur le feu" ajoute Stéphane Fiévez, secrétaire départemental SGP Somme.

Les représentants d'Alliance et Unsa ont demandé audience, à Lille, avec la procureure de la République et la présidence du tribunal.