Gratuité des transports : pourquoi à Dunkerque et pas à Lille ?

Un bus à Dunkerque / © MAXPPP
Un bus à Dunkerque / © MAXPPP

Depuis le 1er septembre 2018, les Dunkerquois peuvent prendre le bus comme bon leur semble, sans avoir à payer de ticket. Cette mesure intervient alors qu'à Lille, les usagers ont vu les prix des transports en commun augmenter. 

Par Noémie Leclercq

"Dunkerque est une ville de voitures", estime son premier édile Patrice Vergriete. "L'enjeu était donc primordial." Dans la ville côtière, deux tiers des déplacements s'effectuent en automobile.

De quoi justifier l'effort de gratuité, selon le maire élu en 2014 en partie grâce à cette promesse. Après trois ans d'une phase d'expérimentation le week-end, la gratuité s'est étendue à la semaine depuis le 1er septembre.

Une mesure enviée par les habitants de la métropole lilloise ? Depuis juin 2018, le prix d'un ticket Transpole est passé de 1,60€ à 1,65€. La hausse des coûts est due à l'inflation et à la modernisation du réseau, a annoncé le transporteur.

Alors la gratuité à Lille comme à Dunkerque ou à Compiègne ? Patrice Vergriete en a débattu notamment avec Damien Castelain, président de la MEL dans "Dimanche en politique", ce 30 septembre sur France 3 Hauts-de-France.
 
Dimanche en politique - Hauts-de-France : Les transports publics, le choix de la gratuité

 


Gratuit mais coûteux 


Qui dit gratuit ne dit pas sans coût : les transports en commun lillois représentent un budget de 300 millions d'euros annuels, soit l'un de principaux pôle de dépenses de la Métropole lilloise. "Avec les baisses de dotations de l'Etat et l'investissement de plus d'un milliard d'euros pour le renouvellement d'une rame de métro, la gratuité impliquerait de faire payer le contribuable", ajoute Damien Castelain, président de la MEL. Sur les 300 millions, environ 100 millions sont financés par les usagers, à l'achat des tickets et abonnements.  Les 200 millions restant sont financés par le versement transport, une taxe imposée par les collectivités aux entreprises locales


 


A Dunkerque, pas de hausse d'impôts prévue. "Ni pour les habitants, ni pour les entreprises", soutient le maire. Les habitants doivent en revanche se contenter du bus, la création d'une ligne de tram ayant été jugée trop coûteuse par la communauté urbaine.

Pour la ville de 200 000 habitants, le budget consacré aux transports s'élève à 40 millions d'euros par an. "Les recettes dégagées par la billetterie représentaient à peine 10% du coût total", explique Patrice Vergriete. Depuis 2011, le versement transport payé par les entreprises dunkerquoises a été augmenté : une revalorisation qui représente 8 millions d'euros supplémentaires par an pour la ville. Une jolie cagnotte qui finançait des travaux d'aménagement. Ceux ci terminés, la taxe peut financer une partie de la gratuité. 
 

Une affaire de taille ? 



Dunkerque est ainsi devenue la plus grande ville d'Europe dotée d'un réseau de transport en libre accès. Avec ses 200 000 habitants, elle reste loin derrière la MEL et son 1,2 million d'habitants. 

"C'est plus une question d'histoire de la ville que de taille", pense P. Vergriete. Sa ville étant vieillissante ; les habitants, plutôt modestes et le centre-ville de plus en plus désert, la gratuité des transports est un "choix politique". Pour ce faire, il a fallu abandonner le projet d'Arena, investissement estimé à 180 millions d'euros. Le maire rappelle également que la gratuité fait partie d'un plan d'investissement global dans les transports - 65 millions d'euros sur 5 ans.  Lignes "chrono", avec un bus toutes les 10 minutes en heure de pointe ; multiplication des arrêts ; véhicules roulant au gaz et équipés du wifi à bord : tout à été fait pour que les usagers profitent de la gratuité nouvelle. 
 

Damien Castelain préfère défendre la politique de tarification sociale mise en place durant son mandat : "En fonction de leur quotient familial, les usagers paient leur abonnement de transport entre 52 et 3€ par mois." Les abonnements et tickets Transpole sont valables sur l'ensemble du réseau :  bus, tram et métro. Une raison supplémentaire qui fait, selon le président de la MEL, que la gratuité ne peut pas être appliquée à Lille. 

 

Les transports à Lille, bon marché ?

Pour bénéficier de l'ensemble du réseau Transpole, il faut débourser 1,65€ par ticket. 25 centimes de moins que dans la Capitale, mais l'augmentation de 0,05 € depuis juin rend les transports en commun lillois plus coûteux qu'en moyenne en France (1,60€). 

La capitale des Flandres dispose d'un réseau métro + bus + tram : seules 6 villes françaises sont dotées d'une triade. Parmi ces villes, Lille fait partie des trois moins chères pour les étudiants : avec un abonnement à 238€ l'année (tarif non boursier), elle est bien en dessous de Rennes et Lyon (respectivement 328 et 320€ pour un abonnement similaire). 

C'est à Toulouse que l'effort envers les étudiants est le plus conséquent : l'abonnement annuel coûte 100€. 
 

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