Hausse des prix, galères d'approvisionnement, chiffre d'affaires en baisse : les artisans des Hauts-de-France menacés

Publié le Mis à jour le
Écrit par Yacha Hajzler

Une enquête réalisée par la Chambre des métiers et de l'artisanat met en lumière les difficultés des artisans, confrontés à la flambée des prix de l'énergie, du carburant et des matières premières. La Chambre appelle à un vaste plan de soutien de l'artisanat.

"Envolée des prix, difficultés d'approvisionnement et baisse du chiffre d'affaires" : les artisans des Hauts-de-France sont touchés de plein fouet par la crise économique, aggravée par le déclenchement de la guerre en Ukraine. C'est ce qui ressort d'une enquête menée par la Chambre des métiers et de l'artisanat (CMA) des Hauts-de-France, menée auprès de 1900 professionnels de la région entre mars et avril. 

Selon le bilan communiqué par la Chambre, sans surprise, plus de 9 artisans sur 10 sont touchés par la hausse des prix du carburant et des matières premières. En mai 2022, l'inflation en France atteignait +5.2% en un an et celle de la zone euro +8.1%. Quant au pouvoir d'achat, selon des projections de l'Observatoire français des conjonctures économiques, il pourrait accuser en 2022 sa plus forte baisse depuis au moins 10 ans. 

Les artisans sont aussi touchés par la hausse des prix de l'électricité, des équipements professionnels et du transport de marchandises : plus de 80% des sondés déclarent être impactés par la hausse des coûts spécifiques à leur activité. La hausse des prix du gaz, elle, met en difficulté la moitié des artisans de la région Hauts-de-France. 

Dans le détail, chaque secteur fait face à des crispations bien spécifiques. Par exemple, la hausse du prix de l'électricité touche d'abord les boulangeries, les salons de beauté et les garages automobiles. La hausse du carburant, elle, atteint de plein fouet les professionnels de l'installation électrique, les chauffeurs de taxis, mais aussi les menuisiers et maçons. 

"L'artisanat, c'est le bon modèle pour l'avenir"

Résultats, deux stratégies se sont dessinées pour les professionnels, pour faire survivre leur activité : "45% déclarent augmenter leurs prix de vente, 45% diminuent leurs marges". Résultats, l'immense majorité des artisans craint de nouvelles pertes financières dans les mois à venir, découlant de la baisse des revenus ou de l'augmentation des charges.

Ceux qui entretiennent des relations commerciales directes avec la Russie ou l'Ukraine sont évidemment les plus préoccupés, même s'ils sont minoritaires (à peine 6%). "Ça ne peut pas durer : le pouvoir d'achat du consommateur n'est pas indéfini, et la rémunération de l'artisan ne peut pas être diminuée sur du long terme. Il faut assez vite que tout cela se stabilise" presse Laurent Rigaud, président de la CMA des Hauts-de-France. 

Ça ne peut pas durer : le pouvoir d'achat du consommateur n'est pas indéfini, et la rémunération de l'artisan ne peut pas être diminuée sur du long terme. Il faut assez vite que tout cela se stabilise

Laurent Rigaud, président de la CMA des Hauts-de-France. 

La guerre en Ukraine, la goutte d'eau

La Chambre, elle-même dirigée par des artisans, insiste : la crise connue par les artisans est bien antérieur à la guerre en Ukraine, qui n'a fait que mettre le feu aux poudres. "Il faut partager ce que l'on dit depuis un moment : l'artisanat, c'est le bon modèle économique pour demain, c'est l'économie de proximité. Et si on partage cette analyse avec les politiques, il doit y avoir un grand plan de soutien à l'artisanat et l'économie de proximité. On embauche des gens du coin, on travaille avec des produits du coin, nos fournisseurs sont du coin, nos services sont pour les gens du coin : on crée aussi du lien social" a revendiqué Laurent Rigaud.