Hospitalisé après une tentative de suicide, un détenu de la prison de Longuenesse tire sur un gendarme

Ce jeudi 17 novembre, le procureur de la République de Saint-Omer a ouvert une enquête de flagrance du chef de violences avec armes sur personne dépositaire de l'autorité publique, enquête confiée à la section de recherches de Lille-Villeneuve d'Ascq.

Aux environs de 18h45 ce 17 novembre, un détenu du centre pénitentiaire de Longuenesse, présent au Centre hospitalier régional de Saint-Omer pour une tentative de suicide, a agressé trois militaires du Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie en charge de sa garde statique. Selon le communiqué du Ministère de la Justice, les faits se sont déroulés dans la chambre sécurisée du service hospitalier. 

Durant l'altercation au sol le détenu est parvenu à se saisir de l'arme de service de l'un des gendarmes et à faire feu. Un projectile s'est logé dans le genou du militaire. Ses jours ne sont pas en danger. Il est actuellement en salle d'opération.

Le procureur de la République s'est rendu sur place en compagnie du sous-préfet de Saint-Omer et du préfet du Pas-de-Calais.

Immédiatement neutralisé, le détenu doit être transféré à l'UHSA (unité hospitalière spécialement aménagée) de Lille. Il sera entendu par les enquêteurs à l’issue de son hospitalisation.

Une cellule psychologique a été mise en place pour prendre en charge les militaires et le personnel hospitalier.

"On compatit sincèrement, cela aurait pu nous arriver"

Le détenu en question, arrivé il y a un peu moins d'un an, n'était pas considéré comme posant spécialement problème à la prison de Longuenesse, mais "une grande partie du personnel avait du mal à le situer, il pouvait être perçu comme "instable". Il était issu de la région parisienne, l'intégration des détenus venus d'autres régions n'est pas la même que ceux du secteur" résume Yannick Lefebvre, délégué UFAP-UNSA à Longuenesse. 

Au vu du grave incident qui s'est déroulé à l'hôpital de Saint-Omer, "on se demande s'il voulait réellement mettre fin à ses jours ou si ça a été simulé pour sortir en extraction médicale, voire planifier une tentative d'évasion. Malheureusement, ce sont des situations qu'on vit assez souvent. On craint toujours de sortir en extraction pour cette raison, surtout la nuit. On n'héberge pas que des bisounours, vous savez..." 

Après cet épisode de violences, le personnel de la prison de Longuenesse dit sa lassitude. "On n'est pas étonnés, malheureusement. On compatit sincèrement car cela aurait pu nous arriver à nous aussi, même si on ne porte pas d'arme. Ce que je vais vous dire, c'est qu'il fallait bien que ça arrive un jour, commente amèrement Yannick Lefebvre. Chaque fois qu'on va à l'hôpital, on se demande ce qu'il va se passer."

Le personnel pénitentiaire dénonce des failles chroniques

Pour le représentant syndical, plusieurs problèmes chroniques ont mené à cette situation. D'abord, l'absence de médecin de permanence au sein de la prison de Longuenesse, qui oblige souvent agents et détenus à passer par la case hôpital. "Si on avait un médecin, la plupart de ces extractions n'auraient pas lieu."

Ensuite, Yannick Lefebvre déplore l'absence d'une unité spécialisée au sein du CH de Saint-Omer. "Une unité bien spécifique, séparée, où personne ne peut passer à part le corps médical et les personnels de surveillance. L'hôpital a déjà fait beaucoup d'efforts en mettant en place des chambres sécurisées mais on est accueillis aux urgences et on ne sait jamais ce qu'il se passe ou sur qui on tombe."

Ces lacunes chroniques poussent, selon le syndicaliste, à ces situations où les agents perdent le contrôle et se mettent en danger. "Je suis en colère, comme une grande partie des collègues. Ce gendarme va être marqué à vie, on l'oublie ?"

La blessure grave infligée par le détenu de Longuenesse intervient dans une situation déjà tendue : dans l'établissement pénitentiaire, 19 agents sont manquants. Les personnels présents, eux, font en moyenne 400 heures supplémentaires à l'année. A cela il faut ajouter la surpopulation carcérale, toujours source de stress et de tensions. A Longuenesse, 21 cellules sont "triplées" avec un matelas sur le sol. 

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