"Je propose qu'ils aient une sanction financière" : un député du Nord souhaite faire payer une franchise aux non-vaccinés hospitalisés pour Covid-19

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Écrit par Martin Fort

Sébastien Huyghe estime que les frais liés au Covid devraient être remboursés selon un système de franchises pour les personnes non-vaccinées. Son amendement à l'Assemblée nationale a été rejeté mais il veut ouvrir le débat.

Sébastien Huyghe est député (LR) du Nord. Dans la nuit de mercredi à jeudi, alors que l'Assemblée nationale votait en faveur de l'instauration d'un pass vaccinal, il a déposé un amendement pour faire payer une partie des soins reçus par les personnes hospitalisées à cause du Covid et qui n'étaient pas vaccinées.

Comment en êtes-vous venu à proposer cette mesure ?

J'ai rencontré des patrons d'hôpitaux de notre région. Il s'avère que 92 à 95% des patients hospitalisés dans les services de réanimation à cause du Covid-19 ne sont pas vaccinés. Les 5 à 8% qui restent sont des personnes vaccinées mais qui sont immunodéprimées, c'est-à-dire qu'en raison d'une autre maladie, elles n'ont pas les défenses leur permettant de combattre le virus.

En conséquence, les services de réanimation sont saturés et, sans le dire, ils opèrent un tri : les plus robustes et ceux qui ont le plus de chance de s'en sortir sont prioritaires. Ce tri se fait au détriment de personnes plus âgées ou très malades. Cela veut dire que certains perdent des chances de survie ou meurent prématurément à cause de la saturation des services de réanimation liée à l'arrivée de non-vaccinées. 

"Je ne propose pas que les non-vaccinés payent entièrement les soins de leur poche et soient déremboursés"

Que proposez-vous en détails ?

Pour l'instant, avec le pass vaccinal, le gouvernement fait le choix de faire perdre de la vie sociale à ceux qui ne sont pas vaccinés pour les inciter à le faire.

Mais une voie n'a pas été explorée. Ceux qui ont fait le choix de ne pas être vaccinés prennent un risque supplémentaire pour eux et pour les autres. Si celui-ci advient, je propose qu'ils aient une sanction financière à payer de leur poche.

Attention, je ne propose pas que ces personnes payent entièrement les soins de leur poche et soient déremboursées. Je propose plutôt pour elle le paiement d'une franchise médicale dont le montant sera à déterminer en fonction des situations par le gouvernement. 

Le but n'est pas de mettre les gens sur la paille mais d'instaurer une responsabilisation par le paiement. Et il ne faut pas caricaturer la mesure en laissant penser aux non-vaccinés qu'ils n'ont pas le droit aux soins s'ils n'en ont pas les moyens. 

Je précise que les personnes qui ne peuvent pas se faire vacciner à cause d'une contre-indication médicale ou ceux dans l'impossibilité de se faire vacciner contre leur volonté ne seraient évidemment pas concernés par cette mesure. 

"L'amendement sert surtout à provoquer le débat et à ouvrir une piste de réflexion"

Quel pourrait être le montant de cette franchise ?

Je ne souhaite pas rentrer dans ces considérations-là mais cela pourrait monter à plusieurs centaines d'euros pour tout le séjour ou à quelques dizaines euros par jour. 

Combien coûte un passage en réanimation ou une hospitalisation pour Covid ?

C'est de l'ordre de plusieurs milliers d'euros. C'est extrêmement cher.

(Précision de la rédaction : selon un article des Echos d'août 2020une journée en soins intensifs était généralement facturée 2 932 euros. Et le reste à charge pour les patients atteints du Covid est déjà important : "A l'AP-HP, le reste à charge moyen d'un séjour pour coronavirus s'élève à 1 500 euros et la médiane à 1 100 euros", écrit le journal. Mais à l'époque le vaccin n'existait pas, ndlr)

Votre amendement a été rejeté. Quelle est la suite pour votre proposition ? 

Le vote est allé très vite. Il était 1h30 du matin dans la nuit de mercredi à jeudi et c'était à la fin de l'examen du texte. L'amendement sert surtout à provoquer le débat et à ouvrir une piste de réflexion. J'avais interrogé le ministre sur ce sujet dans les discussions générales le mercredi après-midi et il ne m'a pas répondu