Braderie de Lille 2023. Quand les cartes Pokémon rapportent gros : "c'est devenu un vrai business"

Ces dernières années, le jeu de la célèbre franchise japonaise créé en 1996 connaît un énorme engouement, avec une envolée des prix et de nouveaux collectionneurs influencés par YouTube. À la braderie de Lille, les cartes se vendent comme des petits pains, parfois à plus de 100 euros.

Pikachu, Salamèche, Mwetwo... Des noms qui réveillent certainement des souvenirs d'école chez les trentenaires. D'ailleurs, s'il vous reste des cartes Pokémon du genre dans un placard, ne les jetez pas. Certaines d'entre elles sont peut-être devenues des objets de collection et pourraient se vendre plusieurs dizaines, centaines, voire milliers d'euros.

Car ce qui n'était qu'un jeu de récréation à l'origine est devenu un vrai business de collectionneurs, avec de plus en plus d'acheteurs et des prix qui s'envolent. À la braderie de Lille, plusieurs vendeurs, eux-mêmes passionnés, surfent sur ce business qui connaît un nouvel essor depuis ces deux ou trois dernières années.

Un business florissant depuis le Covid

"Je peux vous dire que ça marche bien Pokémon, confie Davy Menuge, collectionneur et revendeur sur la braderie. Sur son étale, environ un millier de cartes à jouer, présentées dans des classeurs ou mises sous blister. Le prix s'échelonne de 10 centimes pour les basiques à 100 euros pour sa pièce la plus rare. Un "Taupiqueur". Sur la seule journée de samedi, cet auxiliaire de vie lillois aura gagné plusieurs centaines d'euros. "Moi j'ai une petite collection, mais je peux vous dire que pour certains c'est un vrai business."

Même constat pour Bruno.B, commerçant installé sur le Champ de Mars spécialisé dans la vente d'objets de collection. "Cela fait 10 ans que je vends du Pokémon, mais depuis trois ans, entre l'avant et l'après Covid, il y a eu une explosion du volume et des prix, avec une multiplication par deux ou trois", explique-t-il. Et automatique, un chiffre d'affaires en hausse, passant de "10% à 30%".

Moi je ne ramène pas mes cartes à 1000 euros sur ce genre de braderie, je préfère les vendre en ligne.

Bruno.B, vendeur de cartes Pokemon

Aujourd'hui, certaines cartes affichent des tarifs mirobolants, pouvant aller jusqu'à plusieurs milliers d'euros. On peut même retrouver des lots aux enchères dans les salles de vente. Mais c'est bien en ligne, sur eBay ou d'autres sites que se font les plus grosses ventes. "Moi je ne ramène pas mes cartes à 1000 euros sur ce genre de braderie", lâche Bruno.B. Trop risqué.

"Pour les grands, c'est une madeleine de Proust"

Qui dit business, dit clients. Mais qui sont-ils ? D'abord, il y a les fidèles de la marque. Ceux qui ont découvert le jeu de la franchise japonaise, créé en 1996, qui ont joué avec dans les cours de récréation, et qui y restent attachés. Aujourd'hui, ces trentenaires jouissent d'un meilleur pouvoir d'achat, alors se font plaisir. "Certains ne pouvaient pas avoir ce qu'ils voulaient quand ils étaient enfants, alors maintenant ils se rattrapent", constate Davy.

Pour ce profil de collectionneurs, la nostalgie est le moteur premier de l'achat. Sara Benkhayat a seulement 18 ans mais est en quête des cartes de son enfance. "J'avais beaucoup de fausses cartes à l'école, alors j'essaie de les retrouver et d'acheter les mêmes en vrai." Ce dimanche elle en trouvera deux pour le prix de cinq euros. "La carte Pokémon, c'est devenu une madeleine de Proust pour les grands", estime Bruno.

L'effet YouTube chez les plus jeunes

Puis, il y a la nouvelle génération d'écoliers qui se passionnent pour le jeu de leurs parents. Clémence a un petit frère de 6 ans qui vient de découvrir Pokémon il y a quelques mois. "Je pense qu'il a vu ça sur TikTok, il est à fond dedans", raconte-t-elle. "Il y a aussi beaucoup de grands-parents qui en cherchent pour offrir à leurs petits-enfants, observe Davy. Certains finissent même par tomber dedans."

Ce regain de popularité de Pokémon auprès des plus jeunes trouve sa source sur les réseaux sociaux et surtout YouTube. Des influenceurs, tels que Seinhor (1,34 million d'abonnés) ou David Lafarge (2 millions d'abonnés) en France, comptabilisent des millions de vues pour des vidéos où ils ouvrent en direct des paquets de cartes ou bien dévoilent leurs pièces les plus rares. D'autres figures médiatiques, comme le rappeur Lorenzo, reconnaissable à son bob Pokémon sur scène, contribuent à relancer la hype autour du jeu.

Spéculation et faussaires

Forcément, l'inflation des prix a attiré les convoitises... Aujourd'hui, Pokémon n'est plus seulement une affaire de cour de récré. Voyant tout cet argent brassé, des faussaires se sont invités à la partie. Conséquence, de plus en plus de contrefaçons de cartes circulent. Illustration du phénomène, en 2021, la douane chinoise avait d'ailleurs saisi 7,6 tonnes de fausses cartes en partance pour les Pays-Bas.

Pour contrer cela, des sociétés de gradation des cartes - sortes d'organismes certificateurs - ont vu le jour. Un des leaders du marché est PCA. Le principe : le collectionneur envoie sa carte à l'entreprise, celle-ci vérifie son authenticité, son état de conservation, et inscrit une note sur 10 sur la carte. Un label qui offre au passage une plus-value non négligeable à l'objet. "Par exemple, avant la gradation de mon Taupiqueur, la carte valait 15 euros, aujourd'hui elle en vaut 100, explique Davy. Et j'ai payé une dizaine d'euros pour ça."

Dans les mois à venir, la marque japonaise sortira une nouvelle série de cartes très attendue : la 151. "Il y a beaucoup de spéculateurs que ça intéressera", prédit Bruno B. Peut-être que certaines d'entre-elles seront sur les étales de la braderie l'an prochain.