"C’est une catastrophe" : dans le Nord, la détresse des Ukrainiens impuissants qui souhaitent rapatrier leurs proches

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Dmytro Yarekah est Ukrainien, installé dans le Nord depuis 2004. Ses parents, âgés de 72 et 74 ans, ont fui Kharkiv par la route au premier jour des bombardements. Epuisés, ils avancent difficilement. Insupportable pour cet ingénieur de 48 ans qui souhaiterait les rapatrier. Nous avons recueilli son témoignage.

"Je ne sais pas quoi faire, je ne sais pas qui appeler". Dmytro Yarekah, ingénieur au CNRS, habite Orchies. Cet Ukrainien de 48 ans est né et a grandi à Kharkiv, deuxième ville du pays, avant d’arriver dans la région en 2004 où il est désormais installé avec sa femme et ses deux enfants. 

Mais depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie jeudi 24 février, l’inquiétude est grandissante. Bon nombre de ses amis et de sa famille sont encore installés dans le pays, comme ses parents. Sa mère a 72 ans, son père 74 ans. "J’ai des parents âgés basés dans la région de Kharkiv. Ils n’habitaient pas loin du centre-ville".

Par chance, eux ont réussi à s’enfuir au premier jour du conflit. "Ils ont été récupérés par mon cousin qui a embarqué toute la famille pour les sortir de la ville" et les mettre à l’abri dans une maison de campagne, à une trentaine de kilomètres de là. 

La ville de Kharkiv, jumelée avec Lille, sous une pluie de bombardements

Une chance, car certains civils n’ont pas eu le temps de partir. Kharkiv, jumelée avec Lille, se situe à une cinquantaine de kilomètres de la frontière russe. Depuis 24 heures, la ville subit une pluie de bombardements. Sur cette vidéo, on voit notamment un centre commercial visé par des tirs russes. 

Ici, la place de la Liberté, située en plein centre de la ville, théâtre de bombardements de l’armée russe ce mardi 1er mars, qualifiés de « crime de guerre » par Volodymyr Zelensky, président ukrainien. 

"Kharkiv est sous les bombes, décrit Dmytro Yarekah. Mes amis sont dans les caves avec leurs gosses, se cachent comme ils peuvent, c’est un cauchemar". 

Impuissance 

Sa priorité désormais, faire rapatrier ses parents chez lui, dans le Nord de la France. Mais tant qu’ils sont en Ukraine, Dmytro Yarekah ne peut rien faire. "Aujourd’hui, j’ai appris qu’ils sont partis vers l’ouest sans savoir comment ça va se terminer. Ils sont en voiture avec mon cousin, sa femme et leur fille".  

Il arrive tant bien que mal à avoir des nouvelles, toutes les deux heures environ. Mais difficile de patienter calmement, impuissant. "Il y a la pénurie d’essence, il est impossible de savoir où s’approvisionner. Traverser l’Ukraine prend beaucoup de jours. C’est dangereux. Les routes sont-elles sécurisées ? Il ne faut pas qu’ils tombent dans une embuscade, ils doivent éviter les tirs… De plus, mes parents n’arrivent pas à marcher. Ils sont fatigués… C’est la catastrophe". 

Les routes sont-elles sécurisées ? Il ne faut pas qu’ils tombent dans une embuscade, ils doivent éviter les tirs… De plus, mes parents n’arrivent pas à marcher. Ils sont fatigués… C’est la catastrophe.

Dmytro Yarekah, ingénieur au CNRS à Lille

À défaut de pouvoir intervenir sur place, le quadragénaire tente de trouver de l’aide comme il peut sur les réseaux sociaux : "je cherche désespérément la possibilité d’évacuer mes parents de la région de Kharkiv. Est-ce que quelqu'un peut recommander l’itinéraire ?"  Il a par ailleurs tenté de joindre l’ambassade d’Ukraine en France, sans succès faute du trop grand nombre d’appels.  

La mairie de Lille mobilisée

À Lille, la mairie est mobilisée pour faciliter les démarches, comme l’explique Arnaud Deslandes, adjoint aux solidarités. "Pour toutes les personnes dans cette situation, Il faut écrire à l’adresse : accueilukrainiens@mairie-lille.fr pour pouvoir nous signaler la famille à rapatrier".

Les informations sont ensuite transmises par les services de la ville à la préfecture et à l’ambassade d’Ukraine en France. "On fait le lien avec tous ceux qui sont en capacité d’agir, plutôt que de laisser les personnes taper à toutes les portes, un peu perdu, poursuit l’élu. On centralise et c’est les autorités compétentes qui agissent derrière".