COP26. Face à l'urgence environnementale, l'industrie du jeu vidéo "est en train de se réformer"

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Écrit par Yacha Hajzler
Un paysage de forêt réalisé dans le jeu Minecraft - Photo d'illustration
Un paysage de forêt réalisé dans le jeu Minecraft - Photo d'illustration © Pixabay

A l'heure de l'urgence environnementale, de nombreux acteurs de l'industrie du jeu vidéo ont entamé un travail de fond, afin de réduire leur empreinte écologique.

"La première chose à faire est d'informer nos membres pour une prise de conscience, et de créer la base d'une charte de bonne pratiques, mais aussi un outil d'auto-diagnostic qui permette aux gens de modifier leurs pratiques dès la production en studio, de porter attention à leurs moyens de distribution... "

A la croisé du jeu vidéo et de l'environnement, on trouve Pierre Forest. Il est dirigeant du site de vente de jeux par téléchargement, Gamesplanet.com. Il est aussi l'un des fondateurs du groupe de travail sur la responsabilité environnementale du secteur du jeu vidéo, initié par l'association SO Games

"Je ne pense pas qu'on ait trop à rougir"

Au Game Camp de Lille, le 27 septembre, l'expert avait fait la démonstration implacable de l'empreinte environnementale du jeu vidéo. La démarche surprend surtout par son ampleur : les recherches du groupe de travail incluent, par exemple, toute la chaîne de fabrication des supports de gaming. Le coût d'un PC pour la planète ? "436kg de combustible fossile, 1.8 tonnes de matériaux, 22kg de produits chimiques et 1500 litres d'eau." L'équivalent en CO2 d'une carte graphique, qui pèse dans les 500 grammes ? 36 kilos.

Pour autant, Pierre Forest est loin d'être culpabilisant envers son industrie. "L'impact du jeu est relativement faible par rapport à d'autres activités, rappelle-t-il. Les plus gros utilisateurs de bande passante sont d'abord les plateformes de vidéo, puis les réseaux sociaux. On "pollue" plus souvent en envoyant des emoji qu'en jouant aux jeux vidéo. Je dis ça simplement pour remettre les choses dans leur contexte. Je trouve que l'industrie s'est déjà bien prise par la main. Elle est en train de se réformer, et sans doute bien plus vite que les autres industries polluantes. Je ne pense pas qu'on ait trop à rougir. C'est vrai qu'il nous faut trouver des solutions, mais sur des choses qui ne sont pas simples." 

Pas d'étiquette énergie pour le secteur du gaming

Car le premier obstacle auquel s'est heurté son groupe de travail, c'est purement et simplement un manque d'informations des professionnels et du public, malgré de nombreuses initiatives individuelles. "Par exemple, un constructeur appose sur ses frigidaires des étiquettes énergie de A à G. Aujourd'hui, plus personne n'achète un frigo noté G, ça ne doit même plus exister. Et c'est d'ailleurs assez mal fait, car on ne prend en compte que la consommation électrique à l'année, pas la construction, les matériaux... Mais sur nos PC, il n'y a même pas cette étiquette, regrette Pierre Forest. Il faudrait que l'on achète nous-mêmes toutes les cartes graphiques du marché pour les désosser, voir leurs composants, faire des enquêtes sur leur assemblage... "

En tant que distributeur de jeux PC, il a lui-même longtemps cherché ces indicateurs environnementaux pour équiper ses collaborateurs. Sans succès. Choisir les indicateurs les plus pertinents est aussi une vaste jungle. Pierre Forest estime que l'empreinte environnementale du jeu vidéo peut s'étendre sur trois domaines : la production du jeu, son exploitation, et son utilisation par les joueurs.

Chacun comprend son lot de variables spécifiques. Pour l'exploitation, par exemple, "il y a le support classique CD livré par camions fourni à la FNAC, mais on est dans une industrie où ce modèle s'est beaucoup réduit, qui va vers une logique de téléchargement. On s'appuie en majorité sur des tiers, des gens comme Steam, Epic, l'Apple Store ou les Microsoft, Nintendo, Sony. Là-dedans, il y a une part embryonnaire de cloud gaming, très énergivore" illustre le spécialiste.

De l'ONU aux studios : une industrie déjà mobilisée

Pour autant, l'industrie n'est pas restée sourde, ni immobile. En 2019, des acteurs majeurs du secteur tels que Sony, Sega, ou Microsoft rejoignent l'alliance "Playing for the planet" lancée lors du Sommet sur le climat à New York, en collaboration avec l'ONU. Le Syndicat National du Jeu Vidéo vient de leur emboîter le pas. "Au total, les membres de l'Alliance ont la capacité de toucher plus d' 1 milliard de joueurs de jeux vidéo. [Ils] ont pris des engagements allant de l'intégration d'activations vertes dans les jeux, à la réduction de leurs émissions et (...) à travers des initiatives comme la plantation de millions d'arbres" vante l'ONU

Pierre Forest le souligne également : "en voulant organiser un système de collecte des PC usagés auprès de tous nos membres, on s'est rendus compte que beaucoup d'entre eux avaient déjà des filières de ré-emploi bien rôdées." L'effort se joue aussi sur la durée de vie des consoles puisque le matériel de gaming constitue, selon l'expert, l'essentiel de l'impact environnemental du secteur. Par exemple, Ubisoft a continué jusqu'en 2015 de produire ses jeux pour XBox 360 et PS3, sorties respectivement en 2005 et 2006. En 2018, Nintendo annonçait également une durée de vie "exceptionnelle" pour la Switch : entre 7 et 10 ans, contre 5 ou 6 ans pour les anciennes consoles de la marque.

"Le simple fait de faire durer le temps d'utilisation a un impact évident. Si vous gardez un PC deux fois plus longtemps, vous avez tout de suite un impact important sur l'empreinte de votre matériel. De la même manière, continuer de soutenir les anciennes consoles contribue à les rendre moins vite obsolète. Quand on produit un jeu, continuer de le produire pour une plateforme plus ancienne, c'est autant de gens qui n'ont pas forcément besoin d'en acheter une nouvelle" détaille Pierre Forest.

Il le garantit : la plupart des progrès sont "gagnant-gagnant. Ils permettent aussi des économies d'échelle : soit parce qu'on améliore ses performances, ou soit simplement on gagne de l'argent en le faisant. C'est un cercle vertueux, on espère multiplier voire l'industrialiser, encourage le dirigeant d'entreprise. L'ambition qu'une partie de la profession a, c'est d'avancer là-dessus. Même si c'est toujours difficile de prétendre qu'on avance quand la maison brûle, j'ai en tout cas l'impression qu'on n'est pas statiques."

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