Covid-19 : Au CHU de Lille, les étudiants infirmiers appelés en renfort inquiets pour leur formation

La pression sur les services hospitaliers de la région étant de plus en plus forte, les étudiants infirmiers sont appelés à renforcer les équipes soignantes. Une expérience certes formatrice, mais qui se fait pour certains au détriment de leur formation initiale.
Certains étudiants sont inquiets que leur réquisition se fasse au détriment de leur formation initiale.
Certains étudiants sont inquiets que leur réquisition se fasse au détriment de leur formation initiale. © IP3 PRESS/MAXPPP
Les départements du Nord et du Pas-de-Calais subissent de plein fouet la deuxième vague de l'épidémie. Ils ont dépassé lundi 9 novembre le pic de la première vague dans les services de réanimation.

Les hôpitaux ont besoin de lits, mais aussi de personnel. Pour faire face, le ministre de la Santé Olivier Véran a appelé le 26 octobre dernier les étudiants-infirmiers à renforcer les équipes d'aides-soignants.


Au total, cela pourrait signifier 8000 personnels supplémentaires d'ici la fin de l'année. Des milliers d'élèves-infirmiers mettent donc entre parenthèse leur formation pour venir renforcer les équipes hospitalières. Certains étudiants sont inquiets que cela se fasse au détriment de leur apprentissage. 

"On s'est senti délaissé par la formation"

Anissa, Mégane et Aurélie* travaillent au CHU de Lille. Quand un agent de l'hôpital est aide soignant, il peut suivre une formation en école infirmière, payée par le CHU. En septembre dernier, elles intègrent toutes les trois la promo d'étudiants du CHU en soins infirmiers.

Alors qu'elles viennent de commencer leur stage de début d'année (Anissa en Ehpad, Mégane en foyer de vie et Aurélie en crèche), elles sont appelées, comme l'ensemble de leur promo, à venir renforcer les équipes soignantes de l'unité Covid du CHU de Lille. Elles y passeront un mois.
 
"Du jour au lendemain, le stage était terminé. Le lundi on a eu une réunion pour nous dire que le mardi on entrerait en unité Covid. On a été réquisitionné sans qu'on nous demande notre avis, confie Mégane. Sur le coup, ça a été douloureux, on a dû quitter d'un coup notre statut d'étudiant infirmier, on s'est senti délaissé et abandonné par la formation", ajoute-t-elle.
 

 Sur le coup, ça a été douloureux, on a dû quitter d'un coup notre statut d'étudiant infirmier, on s'est senti délaissé et abandonné par la formation

Mégane, étudiante en soins infirmiers


"On comprend l'urgence et c'est notre métier d'aider les gens donc je l'aurais fait dans tous les cas, mais c'est vrai qu'on aurait préféré qu'on nous demande au moins notre avis" souligne Anissa.

Des formations en péril

Si les étudiantes infirmières retiennent du positif de cette expérience en unité Covid, elles s'inquiètent des répercussions sur leur formation d'infirmière. "Qu'est-ce qui nous dit que lors de notre prochain stage prévu en mars on ne sera pas de nouveau réquisitionné ? "s'inquiète Mégane.

 
Avis partagé par Anissa, qui s'inquiète du retard pris à cause de sa réquisition dans l'unité Covid " Même si notre stage est validé, c'est un stage d'aide-soignant, pas d'infirmierCela empiète sur notre formation, ça engendre beaucoup de stress et d'angoisse, maintenant que les cours reprennent". L'inquiétude d'un apprentissage "au rabais" est d'autant plus grande que les cours vont se tenir désormais en distanciel.

La réquisition d'élèves-stagiaires

En plus des étudiants internes au CHU, les étudiants infirmiers postbac sont eux aussi être appelés à renforcer les équipes d'aides-soignants. En effet, une fois leur première année acquise, une partie de leur temps des stage peut être consacrée à une mission d'aide-soignant en unité Covid (deux semaines sur dix).

Pour Matthieu Collart, représentant CGT du CHU de Lille, "cela peut être très pénalisant dans leur formation, c'est du temps en moins pour d'autres stages, d'autres spécialités, cela peut aussi les mettre en difficulté d'être dans des services où ils n'ont pas l'habitude de travailler..." 
 

Au CHU de Lille, les élèves stagiaires étaient d'abord appelés en renfort sur la base du volontariat les week-ends mais "depuis fin octobre, ils sont sollicités sur leurs semaines de stage (2 sur 10) pour répondre à l'urgence sanitaire. Ce qui fait environ 200 étudiants qui vont faire fonction d'aide-soignant ", explique Angélique Bizoux, directrice des ressources humaines du CHU de Lille. 

José Goetinck, coordonateur général des formations au CHU de Lille a constaté l'inquiétude de certains élèves à l'annonce de cette réquisition : "C'est vrai qu'il y a eu l'incompréhension de la part de certains étudiants stagiaires. Mais on les accompagne et on les rasure : ça n'aura pas d'impact sur leur formation. Et puis, il faut participer à l'effort national."

Une rémunération à la hauteur

Dans un entretien pour actusoins, Bleuenn Laot, présidente de la FNESI (Fédération nationale des étudiant.e.s en soins infirmiers) a appelé ce lundi 9 novembre les Agences Régionales de Santé à établir des règles strictes sur la mobilisation des étudiants infirmiers :
"Nous demandons donc un écrit cadré, réglementaire qui ne laisse pas de place aux dérives : un arrêté qui fixe les règles et qui empêche les ARS de faire ce qu’elles veulent. Actuellement certaines mettent en danger la formation des étudiants." 

Le FNESI demande par ailleurs que  "les étudiants « en renfort » soient indemnisés comme des salariés et non avec des indemnités de stage dérisoires comme c’est souvent le cas." 

La rémunération des élèves stagiaires était jusqu'à maintenant moindre : entre 0,80 centime et 1,30 euro de l’heure. Mardi 10 novembre, le journal officiel a publié un arrêté pour réguler les indemnisations des stagiaires : leurs indémnités de stage sont revalorisées. D'environ 1 euro l'heure ils passent à 3,90 euros. 
 
Pour Matthieu Collart, si l'aspect pécunier est important et montre une certaine reconnaissance du travail des étudiants stagiaires, cela ne résout pas tout. "Il ne faut pas que les étudiants soient corvéables à souhait. De plus, c'est une simple indémnité qui n'amène pas au niveau du salaire équivalent à celui d'un aide soignant....Alors qu'ils font le même travail."
 
Lors de la première vague en France, 81 000 étudiants infirmiers avaient été mobilisés en renfort.


*Le prénom a été changé
 

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
covid-19 santé société région hauts-de-france