Déconfinement : À Lille, avec le couvre-feu à 23 heures, "c'est la vie qui reprend !"

Couvre-feu à 23 h, service en salle dans les restaurants, réouverture des clubs de fitness et des piscines... Cette nouvelle étape du déconfinement, mercredi 9 juin, offre une impression de retour à la vie normale. Ambiance à Lille.

Mercredi 9 juin, pour cette nouvelle étape du déconfinement, les terrasses retrouvaient leur pleine capacité, et le service en salle était autorisé.
Mercredi 9 juin, pour cette nouvelle étape du déconfinement, les terrasses retrouvaient leur pleine capacité, et le service en salle était autorisé. © Baptiste Mezerette/FTV

21h30, rue de Gand, à Lille, les trottoirs ont laissé place à des terrasses bondées. Les rires, les bavardages et les verres qui tintent offrent un murmure chaleureux. "C'est la vie qui reprend", observe une passante. Ce mercredi 9 juin acte la troisième étape du déconfinement, avec un couvre-feu repoussé à 23 heures.

Dans les cuisines du restaurant "À taable", c'est l'effervescence. "C'est la course aujourd'hui !", lance Marion, la serveuse. Pour les restaurateurs, cette nouvelle étape est un changement de taille, alors qu'ils sont désormais autorisés à servir en salle en respectant des jauges de 50 %. "Là on entre dans le vif du sujet", assure François Caudrelier, le chef.

Retour du service en salle dans les restaurants, avec une jauge limitée à 50 %.
Retour du service en salle dans les restaurants, avec une jauge limitée à 50 %. © Baptiste Mezerette/FTV

Après huit mois au ralenti, le restaurant retrouve son rythme de croisière, non sans mal. "Heureusement qu'on a repris petit-à-petit, assure Marion. Car on n'est plus endurci." Mais le plaisir de retravailler est bien présent chez toute l'équipe à nouveau au complet.

"Ça change tout, maintenant on peut profiter sans regarder notre montre."

Cliente du restaurant A Taaable.

Du côté des clients, même satisfaction. Comme cette table d'amis qui avaient réservé pour profiter du couvre-feu décalé. "Ca change tout, ça donne du mou, disent-ils. Là on peut profiter normalement, sans regarder l'heure." Derrière la normalité apparente, le protocole sanitaire reste cadré. À l'entrée, chaque client doit flasher un QR code pour inscrire ses coordonnées.

Après avoir touché le fond, le monde de la restauration semble donc retrouver de l'air. Le retour du service en salle et le couvre-feu à 23 heures permettront à de nombreux restaurateurs de rouvrir, alors que jusqu'ici, 60 % d'entre eux étaient contraints de resté fermés, faute de place en terrasse. François Caudrelier voit également le bout du tunnel, malgré une année 2020 marquée par une perte sèche de 37 000 euros.

Séance du soir au cinéma

Cette nouvelle étape de déconfinement annonce aussi le retour des séances du soir au cinéma, et des jauges élargies à 65 % dans les salles contre 35 % auparavant. Et si cette journée ensoleillée était plutôt favorable aux terrasses - qui ont par ailleurs regagnées leur pleine capacité - ils sont une poignée à s'être rendus au cinéma en centre-ville pour la dernière séance. Comme Philippe qui se dit "soulagé" de voir la vie reprendre, et les films avec.

Retour à la piscine

Un peu plus tôt dans l'après-midi, ils étaient nombreux à venir profiter de la réouverture des piscines. À la sortie des bassins de Marx Dormoy, Benjamin Hannon a un air de légèreté. "Ça fait du bien, lâche-t-il. Ça m'avait manqué..." Après de longs mois sans sport, le jeune homme vient tout juste d'avaler ses 51 longueurs. "Comme le Ricard, lâche-t-il, rieur. Parce que ça, je n'ai pas arrêté pendant le confinement." Il regarde ses jambes avant d'ajouter :"demain, ça va piquer je pense."

"Ça fait du bien, mais demain ça va piquer." Benjamin Hannon, 30 ans, retrouve les bassins pour la première fois depuis huit mois.
"Ça fait du bien, mais demain ça va piquer." Benjamin Hannon, 30 ans, retrouve les bassins pour la première fois depuis huit mois. © Baptiste Mezerette/FTV

Après près de dix mois de fermeture, les piscines intérieures ont donc rouvert au public, avec une jauge de 50 %. Avant de s’y rendre, il faut impérativement réserver un créneau horaire sur internet ou par téléphone.

C’est chose faite pour France Latournerie qui vient de faire ses retrouvailles avec les bassins. "Ça m'a énormément manqué, assure-t-elle. Énormément.” Habituée à nager trois fois par semaine, le Covid-19 a mis un coup d’arrêt à sa pratique. “On m’a confisqué une partie de mon bien-être, de ma qualité de sommeil, de ma quiétude, philosophe-t-elle. J’ai bien essayé de faire du yoga, mais ce n’est pas la même chose.” Comme pour rattraper le temps perdu, France Latournerie a réservé des créneaux jusqu’à dimanche.

“On m’a confisqué une partie de mon bien-être, de ma qualité de sommeil, de ma quiétude. J’ai bien essayé de faire du yoga, mais ce n’est pas la même chose.”

France Latournerie, nageuse invétérée.

Gabin, lui, attend son copain devant l’entrée. Il trépigne, “trop pressé” de renfiler le maillot de bain. Et quelle surprise, d’ailleurs, quand il a fallu ressortir les affaires de piscine. “Entre temps il a grandi, et toutes ses affaires sont devenues trop petites !”, raconte sa maman. Gabriel, l'acolyte, vient d’arriver, plus de temps à perdre. Les deux garçons filent aux vestiaires.

Retour à la salle de sport

Ce 9 juin, les salles de fitness font également leur grand retour. Après huit mois de fermeture, et “20 à 30% d’adhérents en moins”, Adel Ouchen ne cache pas sa joie d’accueillir à nouveau ses clients, dans une jauge maximale de 50 %. “On était impatient de les retrouver, assure le gérant des clubs Keepcool dans le Nord. Eux aussi je pense.”

QR code à l'entrée, gel hydroalcoolique, serviette obligatoire, masque lors des déplacements entre les machines. La réouverture des salles de sport suit un protocole sanitaire strict.
QR code à l'entrée, gel hydroalcoolique, serviette obligatoire, masque lors des déplacements entre les machines. La réouverture des salles de sport suit un protocole sanitaire strict. © Baptiste Mezerette/FTV

Face à sa machine, Jean-Philippe Caron enchaîne les séries pour faire travailler les triceps. “C’est un plaisir de retrouver ses sensations perdues, lance-t-il. J’allais courir chez moi, mais l’énergie développée n’est pas la même qu’en salle.” A la faveur de cette nouvelle étape du déconfinement, ce kiné de 50 ans retrouve son équilibre de vie : “faire du sport, c’est aussi important que de se brosser les dents.”

"Il faut des années pour se mettre en forme, et en huit mois on perd tout.”

Julia, adhérente du club de fitness Keepcool à Lille

A l’autre bout de la salle, Saïd Chabaraka pousse la fonte. Des gouttes perlent sur le front, comme pour rappeler que cette parenthèse de huit mois a ramolli les corps. “J’ai pris beaucoup de poids pendant le confinement”, dit-il. Même chose pour Julia. “Prise de poids, fatigue, le corps s’est relâché, constate-t-elle, fixant à 5, son nombre de kilos à perdre. Il faut des années pour se mettre en forme, et en huit mois…”

Saïd Chabaraka à l'oeuvre pour le premier jour de réouverture du club de sport Keepcool à Lille.
Saïd Chabaraka à l'oeuvre pour le premier jour de réouverture du club de sport Keepcool à Lille. © Baptiste Mezerette/FTV

Au-delà de l’effort et de la sueur, il y a le plaisir de se retrouver ici, entre abonnés. Car il y a bien eu des cours de musculation organisés en ligne dès le premier confinement, mais l’écran a tendance à lasser. “Puis se motiver à la maison c’est compliqué”, avoue Julia. “Chez soi, c’est très individuel, c’est égocentré, abonde Adel Ouchen, le gérant. Or, après tout ce qu’on a vécu, le lien social c’est essentiel.”

Retour au bowling

L'envie de se revoir, de partager du temps ensemble. Voilà ce qui a poussé cette famille et amies à s'embarquer dans une partie de bowling en pleine après-midi. "Ça fait du bien de se retrouver ici, de retrouver l'ambiance, le bruit, les couleurs, affirme Isabelle, qui a longtemps eu ses habitudes au Metro bowling de Lille. On a l’impression de retrouver une vie plus ou moins normale.” Même si là encore, seule 50 % de la capacité d’accueil est autorisée. Et les groupes ne doivent pas dépasser six personnes par piste.

Comme pour les piscines, les salles de sport ou les restaurants en intérieur, les bowling doivent respecter des jauges de 50 %.
Comme pour les piscines, les salles de sport ou les restaurants en intérieur, les bowling doivent respecter des jauges de 50 %. © Baptiste Mezerette/FTV

Ce 9 juin, c’est donc une grande partie des loisirs qui se déconfinent, avant la prochaine étape du 30 juin annonçant la fin du couvre-feu, fixé dorénavant à 23 heures. Et avec elle, l’économie qui se relance. Après avoir économisé 160 milliards depuis le début de la crise, soit 276 par mois, les Français peuvent à nouveau dépenser ce magot inédit dans leurs activités favorites. "Que du bonheur !", conclut Saïd Chabaraka, sportif du premier jour de ce nouveau déconfinement.

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