Une entreprise lilloise crée un logiciel pour prévenir la fatigue au volant

L’entreprise Core Technology et le centre hospitalier de Lille développent un système pour empêcher les automobilistes de s’endormir au volant. À commencer par les chauffeurs routiers. 
 

Photo d'illustration.
Photo d'illustration. © PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP

Près d’un Français admet avoir déjà somnolé en conduisant, révélait une enquête réalisée par Opinion Way en 2019. Pire encore, la fatigue aurait été responsable de 25% des accidents mortels sur les autoroutes entre 2013 et 2017, selon la sécurité routière. Un danger pour soi, comme pour les autres, la somnolence au volant est un fléau universel, difficile à identifier et à contrôler. 

 

Identifier une fatigue pas encore visible 

 

Pour lutter contre ce problème, l’entreprise lilloise Core Technology a conçu en partenariat avec le centre hospitalier de Lille, un système scientifique de détection des tout premiers signes de l'endormissement au volant, alors qu'ils sont encore indétectables par le conducteur, grâce à la variabilité de la fréquence cardiaque.

“Alors que nous travaillions sur le stress chronique en étudiant les battements de coeur, nous avons identifié un besoin. Aujourd’hui, la somnolence au volant n’est pas régulée, rien ne vous interdit de conduire si vous êtes fatigué. Elle reste pourtant la première cause d’accidents mortels sur route. Nous avons donc cherché un moyen de prévenir ces pics de fatigue aux conséquences dramatiques”, commente le directeur général de Core, Nicolas Vera. 

 


 

Une application pour envoyer des alertes en cas de fatigue 

 

Le logiciel que développe sa start-up est relié à des capteurs contenus dans une montre-bracelet que porte le chauffeur ou ajoutés sur les sièges du véhicule. Une fois que le capteur intercepte les informations cardiaques, le logiciel intégré dans une application mobile ou dans le système de la voiture, analyses les données. Il peut ainsi activer des alertes, utiliser les données GPS pour proposer un arrêt sécurisé et intéragir avec le véhicule (éclairage, température, sons) pour réveiller le chauffeur ou l’inciter à arrêter sa conduite. 

Contrairement aux technologies existantes, cet outil de prévention permet d’alerter l’automobiliste bien avant les premiers signes visibles de fatigue : “grâce à la variabilité de la fréquence cardiaque, nous parvenons à capter l’information et prévenir l’utilisateur plusieurs minutes avant d’entrer dans une zone de fatigue potentiellement dangereuse”. 

 

Des résultats “prometteurs” 

 

Pour évaluer la fiabilité de son produit, l’entreprise nordiste consulte régulièrement le laboratoire CIC-IT spécialisé dans les bio-capteurs et la E-santé, du CHRU de Lille et de l’INSERM : “Durant ces vingt dernières années, nous avons développé une technologie permettant d’analyser finement le système nerveux autonome en fonction des battements cardiaques. 
Devenue une référence pour les anesthésistes aujourd’hui, elle sert à mesurer et gérer la douleur chez les patients endormis en bloc opératoire. Mais avec ce nouveau système que crée Core, on sort de l’usage hospitalier pour prédire la fatigue au volant. Les résultats des tests en laboratoires sont très prometteurs”, se réjouit le chargé de recherche du CHRU de Lille, Julien de Jonckheere. 

 

© CoreTM

 

Dans le Nord, 55 chauffeurs routiers testent le logiciel 

 

Le produit est actuellement testé sur les 55 chauffeurs routiers de l’entreprise nordiste Transports Mehez. Son directeur général Benoît Mehez a équipé ses salariés : “Maintenir la vigilance est vital pour des professionnels qui roulent en moyenne 9 heures par jour. Nous savons que, pour tous les chauffeurs amenés à circuler la nuit, c'est une hantise de s'endormir au volant : en effet, « piquer du nez » peut tuer... le chauffeur mais aussi l'automobiliste en face”. 

Pour l’instant, l’entreprise cible les chauffeurs routiers, premiers concernés par la somnolence au volant. “Selon nos études, un professionnel de la route passe 20 minutes par jour en état de micro-sommeil. Il faut voir ce logiciel comme une assurance qui représente 5 000€ par an pour une flotte de 50 véhicules. Ce n’est rien comparé à une perte humaine ou un accident de camions qui coûte en moyenne 130 000€”, considère le concepteur Nicolas Vera. 

Le produit fini devrait être accessible aux transporteurs à partir de septembre 2020, pour à terme, s’adresser au grand public. 

 

 

 

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