ENTRETIEN. Intelligence artificielle, arnaques sur le Net, le Forum In Cyber vu par la directrice du Campus Cyber Hauts-de-France

Six questions à Florence Puybareau, directrice des opérations du Campus Cyber Hauts-de-France Lille métropole à l'occasion du salon Forum In Cyber à Lille, dont la 16e édition se tient au Grand Palais, jusqu'à jeudi 28 mars 2024.

Le Campus Cyber Hauts-de-France Lille Métropole est une structure rassemblant des start-ups, des PME et des écoles d'enseignement supérieur régionales basée essentiellement à Euratechnologies. 

Quel est l'intérêt de ce salon pour vous ?

Le Campus Cyber Hauts-de-France est constitué de 26 exposants avec des start-ups, des PME de la cyber, des associations et des écoles d'enseignement supérieur. Notre écosystème se retrouve réuni sous la bannière du pavillon des Hauts-de-France. C’est la vitrine de la technologie de la région. C'est un salon international avec 19 000 personnes. Tout le gratin de la cyber en Europe passe au FIC. C'est donc un moyen de faire connaître le campus. On a un an d'existence et on a besoin de se faire connaître dans toute la région. [...] L'objectif premier est de se faire connaître et de faire connaître nos actions.

L'Intelligence artificielle risque-t-elle de favoriser les attaques ou les défenses des systèmes informatiques ?

Les deux. L'IA est utilisée par les deux. À partir du moment où une nouvelle technologie existe, elle est utilisée par tous. Ça donne accès à des gens qui ne sont pas forcément très compétents en technologie à des attaques presque faciles. Vous pouvez simuler des voix, des visages, falsifier des textes. Ça permet d'abaisser le niveau de compétence pour attaquer. De l'autre côté, il y a aussi des défenseurs, pour permettre de mieux détecter les "signaux faibles", c'est-à-dire des choses qu'on n'aurait pas vues avec les outils traditionnels avec le monitoring. Je fais un peu le parallèle avec la médecine où l'IA permet de détecter plus facilement qu'à l'œil nu des cancers ou d'autres pathologies. Les failles, des intrus qui se sont introduits dans votre système d'information vont pouvoir être détectés par l'IA avant que le virus ne se déclenche.

Comment se prémunir contre les attaques ?

L'Anssi et cybermalveillance.gouv.fr viennent de publier le panorama des menaces et c'est phénoménal, il y a plusieurs millions d'attaques par jour. Il faut prendre l'habitude d'une certaine hygiène numérique : mettre des mots de passe partout, les changer dès qu'il y a un doute. Quand on a un smartphone, il faut changer le code initial 0000. Si on a du mal à retenir ses mots de passe, on prend un coffre-fort de mots de passe. Il y en a des gratuits. Se méfier des destinataires. On n'ouvre pas un message si on ne connaît pas le destinataire. Faire attention au "https". Le "s" est important, c'est un indicateur de sécurité. Si on vous informe que le compte Ameli a été hacké, on change le mot de passe. Et enfin, ne pas se faire avoir par les offres alléchantes. Les "vous avez gagné un iPad"... sont à bannir.

Pourquoi y a-t-il de plus en plus d'attaques ?

Parce qu'il y a de plus en plus de choses cyber-attaquables. Notre vie personnelle, et professionnelle... Tout est numérique. Donc ça offre autant de place à l'attaque. Il y a des gens qui savent qu'ils vont gagner de l'argent. Vous trouvez aujourd'hui des outils presque gratuits pour attaquer. Aujourd'hui, vos impôts sont sur internet, un abonnement électrique se fait par internet, les sites de rencontre se font sur le net.

Les J.O. représentent-ils une crainte en matière de cybersécurité ?

D'une part, la France va être très visible et a des ennemis, d'autre part, il y a des effets d'aubaine. Des propositions de places "pas chères" vont se faire. Et des gens veulent attaquer la France, son image montrer qu'on n'est pas capable d'organiser les J.O. À l'échelle locale et nationale, il y a une grosse préparation. 

La cybersécurité est un secteur qui emploie ?

Sur la France, il y a plus de 30 000 postes à pourvoir il me semble. Et le chiffre ne va faire que croître. Certains disent que l'IA va prendre des postes mais pas du tout, ça va demander d'autres compétences, ça va créer des postes. On n'a pas assez de jeunes qui se forment même si les formations existent. Les salaires sont attractifs mais les métiers ne le sont pas car l'image du hacker boutonneux prévaut malheureusement encore.