ENTRETIEN. Présidentielle 2022 : "les Hauts-de-France sont le réservoir populaire de l'extrême droite", observe le politologue Rémi Lefebvre

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Comment analyser le score record de Marine Le Pen dans la région ? La percée de Jean-Luc Mélenchon à Lille ? La déroute du Parti socialiste dans ses bastions locaux ? Éléments de réponse avec le professeur de sciences politiques à l'université de Lille.

En Hauts-de-France, Marine Le Pen (33,3%) est arrivée en tête devant Emmanuel Macron (25,4%) et Jean-Luc Mélenchon (19%). Rémi Lefebvre, politologue et professeur de sciences politiques à l'université de Lille, analyse les résultats du 1er tour de l'élection présidentielle pour France 3. 

Marine Le Pen fait son meilleur score dans les Hauts-de-France, est-ce une surprise ?

Rémi Lefebvre (RL) : Ce n'est pas une surprise, cette région représente le socle sociologique du Rassemblement national. Populaire, rurale, désindustrialisée, éloignée des métropoles. Le vote RN n'est pas du tout conjoncturel, il est enraciné, ce résultat est un approfondissement des tendances. 1/8 des électeurs du parti de Marine Le Pen se trouveraient dans les Hauts-de-France.

La région est toujours le réservoir populaire de l'extrême droite. Même s'il faut noter qu'Eric Zemmour (Reconquête !) fait des chiffres beaucoup plus faibles qu’au niveau national (5,09% contre 7,05% NDLR).

Pour le second tour, Marine Le Pen a encore des réserves de voix dans la région, en prenant en compte l'abstention (26,98% NDLR). Le premier tour était compliqué, avec de nombreux candidats, le duel du second tour a une configuration plus claire, propice à mobiliser les milieux populaires

Comment analyser la déroute du Parti socialiste, historiquement ancré localement ?

RL : Ce qui est spectaculaire, c'est la différence entre les élections locales et les élections nationales. On voit que les électeurs les dissocient très clairement. Le résultat du PS aux élections locales n'a plus de valeur pour la présidentielle. Le vote RN est une lame de fond, l'ancrage local n'est plus un frein à ce vote, il ne compte plus. La victoire de Marine Le Pen à Saint-Amand-les-Eaux ? Cela ne veut pas dire que Fabien Roussel ne sera pas élu député aux élections législatives.

Lille vote toujours à gauche, mais Insoumis...

RL : A Lille, la France Insoumise (LFI) a fait plus de 40 % (40,53%), c'est énorme ! C'est une ville de gauche qui a basculé du socialisme à Insoumis, par l'effet du vote utile. Mais attention, LFI n'est pas propriétaire de ce vote de gauche. Pour le reste de la métropole lilloise, on voit bien à quel point les votes reflètent la sociologie de la population. (D'un côté, Mélenchon est arrivé en tête à Lille, Tourcoing, Roubaix. D'un autre côté, Macron est premier des suffrages à Bondues, Wasquehal, Mouvaux ou encore Croix. NDLR)

Au lendemain du 1er tour Macron se rend à Denain dans le bassin minier, pour parler aux électeurs de Le Pen ?

RL : Venir à Denain, c'est une manière de donner un gage tout de suite, d'envoyer un signal aux milieux populaires. Car ce qu'il redoute, c’est la sur-mobilisation de ces catégories, au sein desquelles il possède encore une image clivante et arrogante. Ce déplacement à Denain, avec toutes les caméras présentes, c'est s'assurer un effet de communication maximum.