Extension de l’aéroport Lille-Lesquin : un recours contre l’autorisation environnementale déposé par les opposants au projet

Les associations opposées au projet d'agrandissement dénoncent une aberration écologique alors que la France s'est fixée comme objectif de réduire de 55% ses émissions de gaz à effet de serre à l'horizon 2030.

Certains pourraient croire à une coïncidence, mais le timing a été murement réfléchi. Alors que la COP 27 a été officiellement ouverte ce lundi 7 novembre depuis Charm el-Cheikh en Egypte, les opposants au projet d’extension de l’aéroport de Lille-Lesquin dans le Nord ont tenu une conférence de presse pour dénoncer les "aberration écologiques" d’un tel projet.

Lors de celle-ci, l’association N.A.D.A. – non à l’agrandissement de l’aéroport de Lille – a annoncé avoir déposé un recours contre l’autorisation environnementale délivrée par le préfet du Nord en juillet dernier. Tout un symbole lorsque l’on sait qu’elle est la première décision administrative qui autorise le projet.

Pour rappel, la société Aéroport de Lille prévoit d’accroître le nombre de passagers jusqu’à 78% d’ici 2039, soit 3,9 millions de voyageurs par an contre 2 millions avant la crise du Covid-19. Pour cela, la surface de l’aérogare devrait doubler et un parking supplémentaire devrait être créé pour accueillir les voyageurs toujours plus nombreux.

Un recours pour "éviter d'aggraver la pollution"

Porté devant le tribunal par trois associations (N.A.D.A., Nord Nature Environnement, France Nature Environnement), ce recours espère démontrer que l’autorisation délivrée par le préfet ne protège pas les ressources environnementales, notamment la ressource en eau.

"L’aéroport est construit sur l’aire d’alimentation des champs captants de Lille sud. (Cette aire) recharge une nappe phréatique qui est fondamentale car elle fournit plus de 40% de l’eau de la métropole et qu’elle est jugée irremplaçable", indique maître Muriel Ruef, avocate de l’association N.A.D.A.

La pollution existe déjà, assure-t-elle, mais l’extension ne ferait qu’empirer la situation car des sols supplémentaires seraient imperméabilisés et la nappe phréatique ne serait ainsi plus correctement rechargée. "Cette décision ne protège pas les ressources environnementales, notamment la ressource en eau", résume l’avocate, avant de conclure que c’est un projet "d’un autre âge, à l'heure où 40% du trafic de cet aéroport, ce sont des vols Lille-Lyon, accessibles en train".

"Est-ce que c’est ça la bifurcation écologique promise par le président Macron ?"

Un avis partagé par Pascal Devolder, directeur de recherche honoraire au CNRS, également présent lors de la conférence de presse. Selon lui, ce projet d’extension va à l’encontre de l’urgence climatique et des objectifs de réduction de gaz à effet de serre (GES) dans tous les domaines, y compris dans les transports qui représentent 30% des émissions françaises.

On nous propose un projet qui veut doubler le nombre de vols et de passagers à Lesquin, doublant donc pratiquement les émissions de GES ? On ne comprend pas du tout.

Pascal Devolder, directeur de recherche honoraire au CNRS

"La France a pris l’engagement de réduire ses émissions de GES de 55% d’ici 2030, rappelle-t-il. 2030, c’est demain, et on nous propose un projet qui veut doubler le nombre de vols et de passagers à Lesquin, doublant donc pratiquement les émissions de GES ? On ne comprend pas du tout. Est-ce- que c’est ça la bifurcation écologique promise par le président Macron ?"

Pascal Devolder rappelle également que le projet souhaite "autoriser les vols de nuit pour débarquer des marchandises". Si celui-ci atteignait son terme, cela entrainerait une réorganisation pour permettre aux poids lourds de circuler, une fois les avions déchargés. "Il faudra donc réorganiser le réseau routier qui va engendrer une pollution supplémentaire dans l’agglomération lilloise, assure le spécialiste, et on n’a pas besoin de ça".

Sur ce dernier point, le ministre des Transports s’est exprimé à la fin du mois d’octobre. Au regard de la contestation grandissante de la part de particuliers mais aussi d’élus – 35 communes de la métropole lilloise se sont prononcées contre ce projet d’extension – Clément Beaune a ordonné le lancement d’une étude qui pourrait ouvrir la voie à un couvre-feu nocturne. Une telle décision interdirait de fait les vols la nuit.

En avril dernier, la commission d'enquête avait rendu un avis favorable au plan d'agrandissement, contre l'avis de nombreux élus. Au début du mois d'octobre, une manifestation avait rassemblé 200 personnes opposées au projet dans le centre-ville de Lille tandis qu'une centaine de militants avait mené une action de désobéissance civile sur le site de l'aéroport au même moment.

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