L'humoriste Tristan Lopin se livre en toute sincérité avant son passage à Lille : "ça risque d’être un peu chargé, t’as vu ?"

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Écrit par Daniel Ielli

Toujours aussi drôle et décapant, le nouveau spectacle de Tristan Lopin, "Irréprochable" lui permet de faire le bilan de ses névroses comme sa peur de l’abandon et du temps qui passe. Des sujets importants de société comme l’homophobie, la malveillance ou la surconsommation nourrissent également des sketches grinçants qui font mouche.

Vous pensez connaître Tristan Lopin, ses vidéos sur les réseaux sociaux, ses formules ciselées qui fusent et peut-être même l'avez-vous déjà applaudit à Lille et ailleurs sur scène ? Son second seul en scène va vous surprendre. Toujours aussi drôle, son humour se fait plus noir, il nous explique pourquoi.

1 / Tristan vous nous aviez prévenu : "ce spectacle a été en partie écrit en confinement, ça risque d’être un peu chargé". Son écriture a-t-elle été une thérapie ?

Tout travail d'écriture est pour moi une forme de thérapie. Je n'arrive pas à écrire autrement qu'en abordant des thématiques qui me sont personnelles ou bien des sujets qui me touchent. Si ce n'est pas de l'intime, j'écris pour trouver des réponses à des questions que je me pose sur les gens, la société, les modes de pensée.   

2 / La commande était de "l’intime et du personnel". Vous vous livrez particulièrement dans ce spectacle, est-ce que vous appréhendiez davantage les réactions du public ?  

Alors, il n'y avait aucune commande ! C'est juste que souvent après un deuxième spectacle (livre, film, album), le cliché veut qu'il soit plus personnel, intime. Je m'amuse toujours à lire des interviews de journalistes demandant aux artistes "est-ce le spectacle de la maturité ?" Donc j'ai rebondi là-dessus !

Après, oui, j'appréhendais la réaction du public parce que ce deuxième spectacle est fondamentalement différent du précédent. C'est ce que je voulais mais aujourd'hui, les gens aiment retrouver les artistes qu'ils apprécient dans un registre dans lequel ils les connaissent déjà. Comme je voulais vraiment travailler différemment, j'ai du accepter l'idée de peut-être prendre de court une partie des gens qui avaient aimé le précédent spectacle et m'attendaient sur le même registre.

3 / Le rire comme une arme politique et un remède aux maux de l’âme et du corps : c’est votre secret du bonheur ?

Je ne sais pas si c'est le secret du bonheur mais en tout cas je pense qu'arriver à rire des malheurs qui nous sont arrivés est une manière de prendre du recul et donc d'accepter pour mieux avancer. J'ai l'impression de parler comme dans un bouquin de développement personnel avec vos questions ! Je vais me faire charrier par mes potes, c'est sûr !  

4 / Faire rire de sujets aussi grave que le viol, avez-vous hésité ? Les réactions des spectateurs vous surprennent ?

J'ai hésité parce que c'est un sujet lourd et difficile. Mais j'avais envie de faire ça. Parce que je crois que c'est important en tant qu'artiste de prendre position, de libérer la parole quand on le peut et de faire évoluer les mentalités.

J'avais très peur que les gens soient choqués que je propose un spectacle à l'humour plus noir mais je crois qu'à partir du moment où les gens sentent que c'est sincère, il n'y a plus vraiment de peur à avoir. Les retours sont bons et touchants, j'en suis très flatté.

5 / Parler de vous ou prendre position sur des thèmes de société, c'est la même chose ?

Le rire est un moyen de véhiculer des messages sans employer de ton paternaliste ou moralisateur, ce que je déteste. Je me dis que les gens rient de quelque chose de sérieux, qu'ils n'y pensent pas peut-être sur le coup mais qu'a posteriori, le vélo continue de tourner dans leurs têtes. C'est ça que je veux, que les gens puissent repenser au spectacle, aux thématiques et pouvoir avoir des conversations sur les sujets abordés.  

6 / Vous êtes pour beaucoup un rôle modèle LGBT+, comment cette visibilité se conjugue avec celle de l’humoriste ?

Je n'ai pas vraiment de perception sur une "minorité" plutôt qu'une autre. Evidemment, je suis plus touché par la question des LGBTQIA+ mais c'est le concept même de discrimination contre lequel j'ai envie de lutter. Que ce soit les gens appartenant à cette communauté aussi bien que les autres. Je suis humoriste, je fais rire les gens. Si en plus de cela, on peut essayer d'ouvrir les esprits de certains, évidemment, que je n'hésiterai pas !  

7 / Dans "Irréprochable" est-ce facile de gérer l’interactivité importante avec le public tout en gardant le fil d’un texte particulièrement ciselé ?

La place à l'improvisation est calculée également. Je crée des espaces de respiration avec les spectateurs mais j'essaie de toujours les amener là où ça m'arrange... Avec le temps, on finit par trouver les ressorts qui font que les spectateurs nous font toujours revenir sur nos pattes. J'ai l'impression de faire de la manipulation, c'est terrible !  

8 / En venant chez les Ch’tits avez-vous des a priori ?

Aucun ! Je suis déjà venu jouer à Lille et c'est un des publics les plus chaleureux de France ! Bon, je ne vais pas vous cacher que c'est aussi le public où je tombe sur le plus de gens un peu bourrés... mais du coup, les gens sont toujours de bonne humeur !

Tristan Lopin au Casino Barrière  de Lille, samedi 29 janvier 2022 - 20h30

Question bonus (attention spoiler) :

Il est question de votre aspirateur dans le spectacle. Vous êtes conscient que votre public ne regardera certainement plus jamais le sien comme avant ?

Malheureusement, je trouvais la comparaison drôle mais je n'ai pas de Dyson ! Vous ne le direz à personne mais c'est un appel du pied que je fais à la marque en espérant qu'il finisse par m'en offrir un ! Je n'arrive pas encore à me résoudre à dépenser autant d'argent pour un aspirateur.