Lille : après 70 ans d'existence, la bijouterie Fives Carillon a fermé ses portes

Christian et Sylvie Sis, les propriétaires de cette bijouterie, implantée dans le quartier depuis 1951, partent à la retraite. Ils ne seront pas remplacés et la boutique va disparaître. 

La bijouterie était ouverte depuis 1951.
La bijouterie était ouverte depuis 1951. © Christian Sis

Faut-il rappeler que l'horloge tourne, même pour les bijoutiers-horlogers ? Christian et Sylvie Sis, les propriétaires de la bijouterie Fives Carillon à Lille, ont fermé leur magasin, après 70 ans de présence dans la rue Pierre-Legrand. D'abord au numéro 179 en 1951. "A l'époque, rien qu'à Fives, on comptait six commerces comme le sien", raconte Christian, le fils du créateur de la boutique. Il retrace le fil de sa mise en place : "mon père a fait des études à la section horlogerie de l'école Diderot à Lille. Mon grand-père était forgeron, ça a peut-être un lien". Le commerce déménage au 155, en 1975.

La bijouterie à ses débuts.
La bijouterie à ses débuts. © Christian Sis

Lui reprend le filon en 1983, "parce que j'aimais cela et par facilité", après avoir étudié l'artisanat à Morteau, dans le Doubs. A l'époque, le lien de confiance tissé avec les clients locaux était solide : "ils nous versaient des accomptes chaque mois lorsqu'ils touchaient leur paye, et ne récupéraient le bijou que lorsqu'il était entièrement payé. On jouait un peu le rôle de caisse d'Epargne", sourit le nouveau retraité. Le quotidien ? Les réparations de chaînes, cassées, et les agrandissements/rétrécissements de bagues, accompagnent la vente de produits neufs. L'exceptionnel ? L'effacement de la mention de l'être aimé sur les différents bijoux, parfois quelques semaines seulement après la commande. "Heureusement, ça n'arrivait pas souvent", témoigne Christian. 

Deux braquages en 2013 et 2015

Le commerçant a vu son métier évoluer, à rebours de ses désirs. Les boutiques comme la sienne souffrent des services similaires réalisés dans les grandes surfaces, qui ne réparent pas sur place mais centralisent quelque part en France. L'arrivée d'Internet laisse également à l'acheteur potentiel la possibilité de commander en ligne, dans des magasins dématérialisés qui ont des stocks plus importants. Le maître des horloges regrette que la profession ne se soit pas plus protégée : "il n'est pas nécessaire d'avoir un diplôme spécifique pour ouvrir une bijouterie : tout le monde peut le faire". "Paradoxalement, les bijoutiers de proximité disparaissent mais il y a encore de nombreuses personnes qui n'ont pas confiance dans les grandes surfaces pour réparer leurs bijoux qui ont souvent une grande valeur sentimentale", ajoute-t-il.

FIVES CARILLON, C’EST FINI Merci pour tous ces moments passés ensemble, pour votre confiance et votre fidélité. Prenez soin de vous.

Publiée par Fives Carillon sur Mercredi 31 mars 2021

Christian et Sylvie Sis ont décidé de prendre leur retraite et personne ne s'est manifesté pour reprendre le commerce. Le local va être vendu. Mais alors, qu'est-ce qui a fait rouiller le mécanisme, bien huilé, de la bijouterie Fives Carillon ? L'âge des propriétaires, les confinements et les braquages, en 2013 et 2015. "Ils nous ont marqués psychologiquement et financièrement", répond le couple. La construction d'un sas de protection et la mise en place d'une sonnette pour entrer dans la bijouterie a découragé les malfrats de revenir, désorienté les clients et freiné la convivialité du commerce. Les différents confinements ont également empêché la vente en magasin pendant plusieurs mois depuis au moins un an. 

Ces derniers mois, la liquidation du stock a permis de vendre les dernières pièces et de solder les adieux avec les clients les plus fidèles. "Nous avons presque tout vendu", se réjouissent Christian et Sylvie Sis. A ceux qui leur demandent où vont-ils bien pouvoir faire réparer leurs bijoux sur la métropole, ils soufflent "la bijouterie Lombart à Lille et Baudechon à Croix". Quelques-uns doivent encore venir chercher leurs bijoux, jusqu'au mardi 6 avril, laissés à la réparation sur le gong. Et puis, ça sera terminé. 

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