PHOTOS. Comment une cavalière a sauvé sa jument de l'euthanasie, "elle avait une volonté de vivre monumentale"

Masaya, une jument d'à peine quatre ans, a été victime d'une chute extrêmement grave. Les chirurgiens, qui recommandaient pourtant l'euthanasie ont réussi une prouesse mondiale en lui sauvant la vie. Le lien fusionnel qui unit la cavalière et sa jument a tout autant joué.

"On savait qu'elle souffrait. Á son arrivée, debout dans le camion, nous avons tout de suite compris à quel cheval nous avions affaire", confie le docteur Rossignol, vétérinaire à la clinique de Grosbois dans le Val-de-Marne, où le cheval a été transféré.

Et de poursuivre : "À sa façon de se tenir, nous avions devant nous un cheval de caractère, au mental de guerrier. Elle avait une envie monumentale de vivre, sa personnalité pouvait jouer en sa faveur".

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La jeune jument blessée arrive dans son box médicalisé ©Fabrice Rossignol

À sa façon de se tenir, nous avions devant nous un cheval de caractère, au mental de guerrier.

Docteur Fabrice Rossignol - vétérinaire -

Quelques heures plus tôt, après son entraînement, Masaya rentre à l'écurie sous l'escorte de sa propriétaire et cavalière, Lucie Flament. Cette jeune entrepreneure est masseuse physiothérapeute équin à Prémesques dans le Nord. À ce titre, elle lui dispense un soin qui lui permet de refroidir les tendons après l'exercice. Maintenue par un licol, une pièce de harnachement qui se place sur la tête de l'animal et permet d'avoir une prise pour tenir la bête, par une longe, Masaya est immobilisée. Elle est effrayée par un cheval qui arrive au trot. La première réaction est de fuir, entraînant avec elle Lucie Flament. Les deux chutent sur le sol rendu glissant par l'eau. Le cheval se relève avec beaucoup de difficultés puis chute une seconde fois. Alerté par les cris, le compagnon de Lucie se saisit alors de la longe et aide l'équidé, qui rentre à l'écurie à cloche-pied.

J'étais incapable d'approcher, sa patte pendait littéralement !

Lucie Flament, propriétaire de Masaya

Les dégâts de la dernière chute sont considérables pour un animal de 550 kilos. Laurence Poujet, vétérinaire à Marquette-lez-Lille, arrivée sur place en urgence, constate : "La jument ne tient pas en place, elle veut se jeter à terre de douleur." Et pose un diagnostic terrible : double fracture du radius et de l'ulna (cubitus) et luxation complète du coude. Un réseau de chirurgiens européens se mobilise mais tous s'entendent pour dire que la solution est l'euthanasie. 

Cette jument, c'est mon ombre, nous avons une relation fusionnelle.

Lucie Flament, propriétaire de Masaya

"Je remuais ciel et terre pour sauver ma jument, j'étais acharnée, il fallait que l'on trouve une solution", explique, Lucie encore émue. Via un groupe de chirurgiens vétérinaires sur le réseau Whatsapp, la clinique de Grosbois, dans le Val-de-Marne, accepte quelques heures après l'accident de recevoir la jument blessée.

"Les fractures chez les chevaux sont courantes, les parties basses sont faciles à soigner et à immobiliser grâce à l'application d'un plâtre, souligne le docteur Rossignol. " Mais les blessures faites sur la partie haute sont complexes, surtout lorsqu'il faut stabiliser un animal de ce poids, debout sur ses quatre pattes."

Dans cette clinique, un poney avait déjà bénéficié de cette même intervention, mais jamais un animal de cette taille. Il ajoute: "Nous avions mûri notre technique d'intervention puis, en termes d'anesthésie, nous savions qu'un animal de cette corpulence pouvait désormais supporter d'être sur le dos entre sept et huit heures d'affilée. Ce que nous ignorions, c'était notre capacité à tenir physiquement. Il nous fallait de la force dans le temps, pour faire levier sur le coude de la jument, afin de le replacer, le remettre dans l'axe et poser les plaques et les multiples vis."

Avec l'équipe, on s'est dit : qui ne tente rien n'a rien, on ne sait jamais.

Docteur Fabrice Rossignol - vétérinaire

La jument est pris en charge, par une équipe composée de trois chirurgiens, deux anesthésistes et deux infirmiers pour une opération de la dernière chance, qui commence le lendemain matin à 09h00. Lucie attendra jusqu'à 19h30 l'appel libératoire du chirurgien : "Masaya a été opérée, elle est restée couchée treize heures sur le dos. Elle est positionnée dans un hamac en salle de réveil."

Ce hamac devient sa coque de protection, elle peut s'appuyer de tout son poids pour se reposer et bouger. De par son comportement lors des soins, la jument montre qu'elle fait confiance à l'équipe soignante.

Masaya a défié beaucoup de dires et de savoirs vétérinaires. C'est une avancée pour la médecine équine.

Docteur Fabrice Rossignol - vétérinaire

L'opération est un succès ! Une prouesse mondiale qui fera l'objet d'une publication scientifique. En toute humilité, le docteur Fabrice Rossignol loue le travail d'équipe et l'excellente réactivité et prise de décision du docteur Poujet, ce qui a rendu possible le sauvetage. Et parle "d'un alignement de planètes, concrétisé par une bonne équipe médicale, un facteur chance, une absence d'infection opératoire et d'un cheval au caractère exceptionnel et coopératif qui méritait que l'on tente l'opération."

Au bout de trois semaines et demi, c'est Masaya qui impose le tempo au staff vétérinaire. En mordant  le hamac, elle indique qu'il est temps de l'ôter puis agit de la même façon quand vient le moment de se défaire de son attelle. En rééducation, lorsqu'elle risque de trébucher, consciente d'un danger imminent, elle s'arrête puis corrige sa façon d'avancer. Ce cheval incroyable d'intelligence et de sensibilité émeut l'équipe soignante, à son chevet depuis le 28 novembre 2022.

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Marche de réadaptation ©Fabrice Rossignol

À ce stade, aucun vétérinaire ne peut prédire si Masaya pourra encore se surpasser en sauts d'obstacle. Mais pour Lucie, c'est presque un détail :"Ça n'est pas un cheval contraint !" Masaya, c'est d'abord une rencontre, "une histoire d'amour", nuance sa propriétaire," du moment qu'elle se sent bien, elle pourrait même rester en pâture tout le reste de sa vie." 

Ce mercredi 11 janvier marque donc le premier jour du reste de sa vie. Masaya a fièrement posé pour la dernière photo en compagnie du personnel de la clinique et retrouve, à son rythme, un quotidien sur ses terres prémesquoises. 

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