PORTRAIT. Du bâtiment à la ferronnerie d’art, comment Romain Pawlak s’est mis à “Fer de l’Art”

Publié le Mis à jour le
Écrit par Marion Huguet

C’est un jardin bien connu dans les rues de Cassel, tout près de la frontière belge. Avec ses dizaines d'œuvres d’acier plantées dans sa pelouse, Romain Pawlak a tout de suite suscité la curiosité des passants. Après un licenciement, il s’est reconverti en ferronnier d’art et vit maintenant de sa passion. Rencontre.

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Romain Pawlak est artisan ferronnier décorateur. Autodidacte, il commence par créer pour lui-même, avant de lancer sa propre entreprise, “Fer de l’Art”. Il y a 3 ans, Romain se retrouve au chômage, après plus de 20 ans passés dans le milieu du bâtiment en tant que plaquiste enduiseur. “Le métal, je ne le connaissais même pas. Je n’avais pas dessiné non plus depuis mes 13 ans, mais recommencer à le faire a décuplé ma créativité”.

Dans son atelier, Romain commence par quelques esquisses au feutre blanc sur une grande table en métal. Derrière lui, un découpeur plasma : une imposante machine sur laquelle traîne des outils et des accessoires de protection. Même s’il s’est formé seul, Romain a déjà tout d’un professionnel : “la première chose qu’il a fallu faire c’est m’équiper d’un point de vue santé”. L’artiste ne travaille donc jamais sans sa cagoule ventilée, indispensable pour ne pas s’empoisonner lors de la découpe de l’acier, chauffé à près de 1500 degrés.

Il a quelque chose de magique à donner de la légèreté à un matériau si brut

Le travail quotidien de Romain, c’est avant tout de la minutie. Pour donner vie à ses papillons, ses fleurs ou encore un majestueux lion des Flandres, il doit d’abord façonner leurs silhouettes. En premier, il y a la découpe, et c’est presque l’étape la plus périlleuse ! “C’est ça la plus grande pression : il faut essayer de mettre autant de détails que possible pour faire parler au maximum la matière, mais il ne faut surtout pas se louper sinon la structure devient trop fragile et peut se casser.” 

Une entreprise délicate qui demande du temps, et de la concentration : “c’est un peu comme un bloc opératoire : il faut être à l’aise dans sa découpe”. Une fois la forme arrachée à la plaque d’acier, il faut nettoyer le métal et le poncer pour lui donner toute sa brillance. Il se teintera de rouille au contact de la nature. Il ne reste ensuite plus qu’à lui donner une forme plus poétique en le frappant avec quelques coups de marteau. 

Pour cultiver son nouveau jardin professionnel, Romain ne compte pas ses heures : il a entraîné sa femme Vanessa et ses trois enfants dans l’aventure. Tous les week-ends, la famille sillonne les foires de la région pour se faire connaître. Ils ont même donné un prénom à chaque animal d’acier qui vient s’ajouter au catalogue déjà bien rempli de leurs créations. Un véritable travail passion : “même quand je ne travaille pas, je pense à ma prochaine invention”, s’amuse Romain. En déambulant dans son jardin, le ferronnier se sent désormais bien plus artiste qu’artisan : “avec l’acier le potentiel est infini ! Je peux exploiter pleinement mon côté artistique à travers le métal”.

Un artisan devenu artiste 

Malgré les difficultés de l’entreprenariat, le ferronnier d’art ne regrette pas son choix : “travailler chez soi c’est un paradis, même si ça peut aussi être un piège”. Mais ce que Romain apprécie par dessus tout, ce sont les rencontres avec ses clients. “Les gens viennent avec leurs histoires, leur âme, il y a une réelle transmission entre l’artiste et le client”.

Depuis que Romain parcourt les foires, les commandes s’enchaînent. “C’est surtout le bouche à oreille qui amène les gens à venir découvrir mon travail”. Le ferronnier a pour projet d’acheter prochainement une camionnette pour agrandir son périmètre, et pourquoi pas lancer à l’avenir un point de vente en physique. Ce qui est sûr c’est qu’à Cassel, on ne peut pas passer à côté du “jardin du monde enchanté”, comme aime à le qualifier une de ses plus fidèles clientes.