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Roubaix : des souvenirs improbables aux Archives du monde du travail

A Roubaix, un bâtiment historique abrite les Archives nationales du monde du travail. Lettres, photos, publicités, le fonds est riche mais peu connu du public.
Comme les chemins de fer du Midi, de nombreuses compagnies ferroviaires sont représentées dans le fonds documentaire.
Comme les chemins de fer du Midi, de nombreuses compagnies ferroviaires sont représentées dans le fonds documentaire. © DENIS CHARLET/AFP

L’ancienne filature Motte-Bossut, à Roubaix, est décidément un endroit lié au passé. Après avoir été un haut-lieu de l’industrie du Nord jusqu’en 1981, le bâtiment en briques rouges s’est reconverti. Il abrite depuis 23 ans un sanctuaire consacré à l’ancien temps : les Archives du monde du travail.
« Au début des années 80, la France connaît une désindustrialisation extrêmement importante, explique Anne Lebel, la directrice de ces Archives, à l’AFP. Les usines ferment les unes après les autres et se pose la question de la sauvegarde du patrimoine de toutes ces entreprises qui constitue une part de la mémoire de la France ». Symbolique de cet héritage, la région Nord-Pas-de-Calais est élue pour recevoir les Archives nationales. En 1993, le ministère de la Culture y implante ce service. Le seul centre des cinq qui devaient initialement voir le jour en France.

48 kilos de documents

En tout, 48 kilomètres de documents, en provenance d'entreprises, de syndicats ou d'associations sont méticuleusement classés dans les magasins. Publicités, règlements intérieurs, factures, contrats, prospectus et photographies… Certains peuvent dater de plus de 200 ans. « Un document est intéressant à conserver lorsqu'il nous permet de retracer l'histoire de l'entreprise », explique la directrice.
Le bâtiment historique, sur la droite, est situé en plein centre de Roubaix.
Le bâtiment historique, sur la droite, est situé en plein centre de Roubaix. © Maxppp

Parmi les pépites de la collection, on trouve une série de correspondances entre le fonds Rothschild et ses clients, datant du 19e et du 20e siècles, décrit Raphaël Baumard, conservateur du patrimoine. Certains documents sont issus de sociétés locales, comme la Compagnie des mines d'Aniches. D’autres ont des relents plus exotiques, comme les archives de la Compagnie universelle du canal de Suez ou de la Compagnie financière Ottomane.

Peu de visiteurs

Très fourni, le lieu est pourtant déserté du grand public. Seulement « quatre-cinq » érudits fréquentent chaque jour le centre situé au coeur de Roubaix. Deux types de personnes rendent visite aux archivistes : des chercheurs et des généalogistes, venant consulter le dossier des mineurs pour retracer des descendances.
« Nous voulons élargir notre public, reconnaît la directrice. Nous avons des fonds extrêmement riches et variés, mais nous ne sommes pas connus, nos archives sont sous exploitées ». Pour y remédier, l'institut veut miser sur le numérique et l’open data. Il compte refaire son site internet, développer un outil de recherche simplifié et numériser des documents pour permettre à tout le monde d'avoir accès aux fonds, » détaille Raphaël Baumard, conservateur.

Que trouve-t-on aux archives du monde du travail ?


« Je vous demanderai de vouloir bien envoyer 580 francs à M. Reynaldo Hahn ». Ces mots sont signés Marcel Proust, à destination de sa banque Rothschild en 1906.
« J'ai l'honneur de vous remettre avec la présente un chèque de 27 dollars que je vous prie de vouloir bien encaisser au crédit de mon compte », écrit aussi Henri Bergson à la banque, le 15 mars 1915.

1400 mètres de la collection sont dédiés aux compagnies de chemins de fer, avec des affiches ou des lettres. Avec déjà des revendications…intemporelles : « J'ai pris soixante fois le train n°46 qui passe le matin vers Paris : soixante fois, ce train est passé avec du retard », peut-on lire sur une plainte d'un usager à la compagnie de chemin de fer Paris-Strasbourg.

L'imposant registre comptable de la société fromagère de Roquefort, consulté par le conservateur des archives, Raphaël Baumard.
L'imposant registre comptable de la société fromagère de Roquefort, consulté par le conservateur des archives, Raphaël Baumard. © DENIS CHARLET/AFP
C’est l’un des joyaux improbables des archives: un impressionnant registre comptable de la société de fromage de Roquefort. 1500 pages, 73 centimètres de haut et 76 kilos. « Nous n'avons pas pu le scanner: il aurait brisé la table de numérisation », plaisante M. Baumard.

Les archives du monde du travail sont ouvertes du mardi au vendredi, de 9h à 17h.

 

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