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Elections municipales à Roubaix : qui est l'ambitieux Docteur Amrouni qui va défier Guillaume Delbar au 2ème tour ?

Portrait de Karim Amrouni, arrivé 2ème aux élections municipales à roubaix, au milieu d'une gauche en miettes.

Karim Amrouni arrivé 2ème aux élections municipales à Roubaix
Karim Amrouni arrivé 2ème aux élections municipales à Roubaix © ROUBAIX EN COMMUN
Pour faire de la politique à Roubaix, mieux vaut ne pas être rancunier. Surtout à gauche. Pour le premier tour des élections municipales 2020, l'ancien maire socialiste, Pierre Dubois, a rejoint la liste de celui qui l'avait fait perdre six ans plus tôt. Et pour le deuxième tour du 28 juin, Karim Amrouni va devoir composer avec des gens qui l'ont copieusement insulté durant toute la campagne. La gauche roubaisienne cultive avec délectation l'art du complot, la division, la trahison, l'égocentrisme. La gauche roubaisienne semble suivre une logique qui lui est très personnelle : plus le nombre d'abstentionnistes augmente, plus elle augmente son nombre de listes. 7 listes en 2014 et 61% d'abstention ; 8 listes en 2020 et 78% d'abstention ! Résultat : dans une ville qui vote à gauche à quasiment tous les scrutins, le maire est de droite. 
 
Mais cette formidable machine à perdre ne fait pas que des perdants. Le soir du 15 mars, Karim Amrouni - quasi inconnu la veille - gagne la course à gauche et se qualifie pour un duel face au maire sortant Guillaume Delbar (DVD). "Une énorme surprise... même pour Karim, reconnait son directeur de campagne, Mehdi Chalah. On pensait peser sur le fond, apporter notre contribution au débat, mais pas virer en tête." Certes, Karim Amrouni est très loin de Guillaume Delbar (41%). Mais avec ses 14,8%, il devance nettement les Insoumis (9,4%), les écolos (6%) et la liste PC-PS (5,5%). Pas mal pour une liste que la candidate communiste, Christiane Fonfroide, qualifiait de "centre mou". "Les déçus de tout" disait-elle avec ironie.


LREM puis déçu de LREM

 
Et c'est vrai que la politique aurait pu être une suite de déceptions pour Karim Amrouni. Cet orthodontiste de 52 ans avait de grandes ambitions quand il intègre en 2008 la liste de l'emblématique René Vandierendonck (PS) et devient son adjoint à la santé. Mais en 2012, en cours de mandat, René passe les rênes à Pierre Dubois qui rate sa réélection deux ans plus tard. En 2014 donc, fin de mandat pour le dentiste qui voit une chance de rebond dans le nouveau parti que lance un jeune ministre de François Hollande : Emmanuel Macron. Mais cet engagement au sein de La République En Marche est mal récompensé ; Karim Amrouni n'est pas retenu pour défendre le parti présidentiel aux élections législatives de 2017. Il part en dissidence. Echoue (7,7%). Et tente un retour au sein de la gauche roubaisienne... où l'accueil est glacial. Le PS local est mort. C'est désormais La France Insoumise qui fait la loi. Aux élections européennes de l'an passé, LFI atteint les 15% à Roubaix et "ne veut pas entendre parler d'Amrouni." L'avenir est sombre.
 
Mais cet enfant de l'immigration est né dans une famille de battants. Et n'en déplaise à ses détracteurs, lui sait réellement ce que signifie le mot "populaire". Ses parents sont arrivés d'Algérie au début des années 60 pour s'installer dans un baraquement du Pont de La Deûle, à Flers, près de Douai. Père ouvrier zingueur et manutentionnaire. Mère femme de ménage et mère au foyer. Et quel foyer ! Karim est élevé au milieu d'une fratrie de treize : dix frères et trois soeurs ! Dans la famille Amrouni, l'école de la République est élevée au rang de religion. Ça donnera huit médecins ! Généralistes, anesthésiste, cardiologue, dentiste... etc. Les autres rejetons tourneront mal : ils ne seront qu'ingénieurs ou juristes. "Nos parents ne savaient ni lire ni écrire, raconte Karim Amrouni. Mais ils faisaient semblant de savoir pour surveiller chaque jour nos devoirs. Cette école de la République, je lui dois tout. Le corps enseignant, je l'admire par dessus tout."
 

Il applique à Roubaix les recettes qui ont fait le succès de Darmanin à Tourcoing.

 
Karim Amrouni ne sera sans doute pas maire de Roubaix au soir du 28 juin. Même avec un entre-deux tour exceptionnellement long de plusieurs mois, 26 points de retard paraissent difficilement rattrapables. Mais l'ancien adjoint à la santé gagne dans ces municipales ses galons de général de la gauche. Il rassemble. Enfin. Il fusionne avec l'ancien socialiste André Renard (9%) et avec EELV (5%). Il négocie avec la liste PC-PS de Christiane Fonfroide ; celle qui moquait le "centre mou". "Je ne lui en veux pas, philosophe t-il. Je suis un soignant. Je connais bien la nature humaine. La vérité d'hier n'est pas celle de demain." Il prend également sa revanche en dynamitant La France Insoumise. La tête de liste LFI est désavouée par une partie de ses troupes ; sept de ses colistiers, dont la N°2, Fatma Boutagga, appellent la gauche à faire bloc au second tour.
 
 
"On vendra chèrement notre peau", claironne Karim Amrouni. Mais on sent bien que l'orthodontiste du quartier de l'Alma est déjà en train de réfléchir aux six prochaines années. Au coup d'après. S'il s'impose en chef de file du groupe d'opposition dans le futur conseil municipal, s'il arrive à faire oublier son passage chez Macron (il affirme n'avoir jamais été carté), il en aura peut-être les moyens. "Je suis déterminé à réunir la gauche roubaisienne, dit-il. A m'investir sur le long terme. Les gens nous le disent clairement : ce sont nos divisions qui font qu'ils ne vont plus voter, qu'ils nous tournent le dos. Je veux mettre un terme à l'arrogance en politique." Ce sera difficile. Le sémillant docteur énerve. L'élégant quinquagénaire agace. Ses grands discours sur l'humilité, la fraternité, la solidarité, la clarté, l'honnêteté, la France qui l'a élevé... horripilent. Ses rappels incessants à ses origines modestes exaspèrent. "Il applique à Roubaix les recettes qui ont fait le succès de Darmanin à Tourcoing ", raille un ancien élu socialiste. "Je sais qu'on me dépeint comme un opportuniste prétentieux et dévoré d'ambition. Mais mon ambition a déjà été largement servie. J'ai choisi de m'implanter dans le quartier le plus pauvre de France et j'y ai trouvé mon petit coin de paradis."
 
La patience. C'est l'autre qualité requise pour réussir en politique à Roubaix. Il en faudra beaucoup à cet homme pressé qu'est Karim Amrouni.

 
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