Le salarié de La Redoute mis à pied après avoir mangé une clémentine débouté par les prud'hommes

© PHILIPPE HUGUEN / AFP
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Smaïl Bella avait profité d'une "micro-panne" pour manger une clémentine, sur son lieu de travail. Les juges ont mis en avant le fait que le représentant syndical "se devait de connaître les règles de l'entreprise", et que des faits similaires lui avaient déjà été reprochés. 

Par Q.V

Le tribunal des Prud'hommes de Roubaix a finalement donné raison à la direction de La Redoute, après avoir été saisi par Smaïl Bella, qui avait été mis à pied un jour pour avoir mangé une clémentine sur son lieu de travail.
 

Les faits s'étaient produits en novembre 2017 : le salarié entré à La Redoute, préparateur de commande et représentant CGT, se trouvait sur un poste de "picking" où les salariés sont alignés sur une chaîne de production, lorsqu'une "micro-panne" l'avait conduit à prendre une pause, mangeant une clémentine. Lorsque l'activité avait repris, il avait alors emmené les épluchures près de son poste de travail pour les jeter à la poubelle.

L'agente de maîtrise, qui avait repéré ces épluchures, le signale alors à la direction et Smaïl Bella est mis à pied une journée, perdant 70 euros brut de salaire. La direction soutenait qu'en ayant mangé à son poste, le salarié avait enfreint le réglement et fait courir un risque de "détérioration potentielle de la chaîne" à cause des épluchures et du jus. 

"Par sa qualité de représentant syndical, M. Bella se devait d'être au courant des consignes données par l'entreprise", justifient notamment les juges dans cette décision consultée vendredi par l'AFP.  Ils indiquent que "des faits similaires" avaient déjà été reprochés au syndicaliste et soulignent sa "volonté de remise en cause des règles applicables".

"On me reproche d'avoir, deux mois auparavant, pris une sucrerie que j'ai mangée à 10H (...) Mais, dans notre équipe, tout le monde se planque pour manger, même aux toilettes ! On prend des collations, sinon on ne tiendrait pas", a assuré Smaïl
Bella en annonçant son intention de faire appel. Mi-juin, ce même conseil des prud'hommes avait condamné La Redoute pour avoir retenu sur salaires le temps de déplacement jusqu'au lieu de pause, distant de 4 à 5 minutes des espaces de production.
 

"Un scandale"

Lorsque nous l'avions rencontré, en septembre dernier, Smaïl Bella dénonçait quant à lui "un scandale". "C'est ridicule d'attaquer un salarié parce qu'il a mangé une clémentine.On me reproche d'avoir mangé une clémentine sur mon lieu de travail. c'est faux ! Parce que je l'ai mangé sur le banc, lors d'une micro-panne. La machine était à l'arrêt" tempêtait-il.
 

La CGT de La Redoute a réagi ce mercredi soir à la décision du tribunal des Prud'hommes. "Smaïl est très surpris et aussi révolté par cette décision. On peut en effet difficilement comprendre que le tribunal ait retenu le point de vue de la direction de La Redoute alors que rien ne peut justifier une telle sanction."
 

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