Témoignage. “Je n’imaginais pas avoir mon nid en France” : Olga, réfugiée ukrainienne, reconstruit sa vie à Lille

Publié le Écrit par Léa Fournier

Arrivée en France au début de la guerre en Ukraine, Olga vit à Lille avec sa fille Marta. Elle avait d'abord imaginé retourner dans son pays au plus vite, pour y rejoindre son mari. Deux ans plus tard, elle se retrouve, sans l'avoir prévu, à refaire sa vie.

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Sur la table à manger, un petit bouquet de tulipes violettes dans un vase. Aux fenêtres du salon, des rideaux bleus, assortis aux coussins et au fauteuil. “Je n’imaginais pas avoir mon nid à moi en France”, s’étonne toujours Olga, 50 ans. Elle est réfugiée en France depuis le mois d’avril 2022, avec sa fille de 19 ans, Marta. Deux ans après le début de la guerre en Ukraine, Olga s’est petit à petit faite à l’idée qu’il lui fallait vivre “dans le moment présent”.

La vie continue et je ne veux pas perdre ces années.

Olga

réfugiée ukrainienne

Marta et elle sont arrivées avec deux petites valises. “Je n’avais rien”, raconte-t-elle. Sa vie, son appartement, ses objets, tout était à Kharkiv, la grande ville la plus à l'est de l’Ukraine. “Avant j’achetais des choses que j’imaginais pouvoir ramener en Ukraine”, raconte-t-elle. De fil en aiguille, elle a acheté quelques objets de décoration, des meubles… De la peinture pour repeindre le carrelage de la cuisine de son appartement lillois.

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L'espoir d'un retour en Ukraine

Olga touche ses cheveux blonds coupés au carré et ses boucles d’oreilles pendantes. La date du 24 février la rend nerveuse. Le début de la guerre, en 2022. Puis, un mois plus tard, le début de son exil en France. “Nous sommes venues pour un mois… Puis c’était six mois… Puis un an. Et maintenant, ça dure depuis deux ans. J’espérais depuis tout ce temps-là retourner en Ukraine le plus vite possible”, raconte-t-elle.

Elle remue ses doigts, soigneusement vernis d’une couleur taupe rosée. Elle a pris de nouvelles habitudes à Lille : elle a son coiffeur, son esthéticienne et son médecin. “La vie continue et je ne veux pas perdre ces années.

Nous sommes venues pour un mois… Puis c’était six mois… Puis un an. Et maintenant, ça dure depuis deux ans. J’espérais depuis tout ce temps-là retourner en Ukraine le plus vite possible.

Olga

réfugiée ukrainienne

Elle a toujours à l’esprit l’idée de retrouver l’Ukraine. “Je pense y retourner. Mais on verra… Pour le moment, on ne sait rien. Parce que chaque jour, il y a des changements, on ne peut pas prévoir”, explique-t-elle.

Son mari vit toujours dans un village ukrainien, surveillé chaque nuit par des drônes, avec leur chien et leur chat. Les frontières sont fermées, il ne peut pas la rejoindre. Ils ne se sont pas vus depuis qu’Olga et Marta ont quitté le pays, sauf en visio, grâce aux réseaux sociaux. “On avait des projets et puis un jour on nous a montré que tout peut être changé comme ‘ça’”, dit-elle en claquant des doigts.

Un nid en France et une nouvelle routine

En l’état actuel des choses, elle reste dans son nouveau “nid”, en France. “Je n’imagine pas comment on peut vivre en Ukraine, même dormir… En sachant que ça peut se répéter encore”, dépeint la femme. Elle a reconstruit sa routine à Lille. Aujourd’hui, l’amoureux de sa fille vient donner un coup de main pour préparer le repas du soir. Pour le dîner, elle reçoit des amis, comme elle le faisait dans son appartement de Kharkiv.

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Associations, amis, collègues… Depuis le début, Olga a été accompagnée. “J’ai beaucoup de soutien, je suis toujours entourée”. À son arrivée, elle était déjà en contact avec une famille française qu'elle connaît depuis une trentaine d’années – elle les a rencontrés, petite, à l’occasion d’un échange franco-ukrainien organisé par son école spécialisée en français.

Des amis, des collègues, un travail et un logement

L’association “Ukraine en Nord”, pour laquelle elle est également bénévole, lui a fourni un logement. Elle a trouvé un travail, en CDI, dans un magasin de bricolage. Les clients et ses collègues l’ont reçue avec beaucoup de bienveillance. “Ils m’invitent à sortir, ils me disent qu’ils m’aiment et que je peux leur parler”, sourit Olga, son regard bleu visiblement ému. “Surtout ces derniers temps. Ils voient que c’est difficile pour moi”.

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Après deux ans de guerre, elle craint que la situation dans son pays n’empire. “La Russie est beaucoup mieux organisée militairement, nous avons un ennemi très sérieux, donc ça peut être encore plus dur…

J’ai peur d’y retourner, j’ai peur de voir tout ça.

Olga

réfugiée ukrainienne

Sur son téléphone, Olga fait défiler des images de ses animaux de compagnie, des vidéos de son appartement de Kharkiv, de son quartier qu’elle adore, à moitié détruit… “J’ai peur d’y retourner, j’ai peur de voir tout ça”, souffle-t-elle, émue, en rentrant la tête dans ses épaules.

Elle montre aussi des photos de sa nouvelle vie : un repas d’anniversaire avec des membres de l’association, un selfie avec une collègue, une photo de Marta avec son petit-ami.

Sa galerie de photos est à l’image du récit qu’elle fait de son histoire, de ses doutes sur l’avenir. D’un côté, l'attachement à sa terre natale, la nostalgie et l’espoir d’y retourner – et d’une Ukraine libre. De l’autre, le deuil forcé, la fuite en avant vers l’avenir en France.

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