“La meilleure chimio, c'est de servir Tourcoing” : les derniers mots du maire, Didier Droart, emporté par un cancer

Didier Droart luttait contre le cancer du pancréas depuis plus de deux ans. / © Baziz Chibane/MAXPPP
Didier Droart luttait contre le cancer du pancréas depuis plus de deux ans. / © Baziz Chibane/MAXPPP

Son rapport à la maladie, à la mort et un message d'espoir pour les personnes malades : dans un entretien à Médiacités en juin 2018, l'ex-maire de Tourcoing s'est confié sur son cancer. Il est décédé ce jeudi. Témoignage.

Par Margot Desmas

Il a tenu à conserver son fauteuil de maire jusqu'à la fin. Didier Droart, 71 ans, a été emporté par le cancer ce jeudi 24 janvier. Luttant de longue date contre la maladie, il avait été placé en soins palliatifs au début de l'année Et pour lui, rester auprès de ses administrés était "la meilleure chimio qui existe".

Dans un long entretien à Médiacités, en juin 2018, il se confiait sur son rapport à la maladie, à la mort. Sa volonté : donner du courage à ceux qui affrontent le cancer, surtout les plus jeunes.

"Dans les hôpitaux, j'ai vu tellement de choses, des jeunes de 12, 13, 14 ans… Je me dis que, moi, ce n’est rien, disait-il. C’est plus dur pour eux parce que, malheureusement, leur vie sera écourtée. Moi vous savez, j’ai vécu. J’ai eu la chance d’avoir toujours un bon entourage autour de moi et, franchement, ça me permet sans doute d’être encore en vie aujourd’hui."
 
Le dernier témoignage du maire de Tourcoing, Didier Droart, emporté par le cancer
>> Témoignage recueilli par Thomas Perroteau pour Médiacités

Fin 2016, le diagnostic tombe pour Didier Droart : il est atteint d'un cancer du pancréas. Soigné à l’hôpital privé de Villeneuve d’Ascq pendant un an, il est ensuite contraint de suivre un nouveau traitement à Villejuif, près de Paris.

 

"Le temps que vous consacrez à la maladie, ça vous prend la santé"


"J'y suis allé d’abord un jour par semaine, puis deux jours, trois jours, quatre jours par semaine, répété tous les quinze jours à trois semaines, se rappelait le maire de Tourcoing. En novembre 2017, ils se sont aperçus que ça ne faisait aucun effet (…) Tout le temps que vous consacrez à la maladie, ça vous prend la santé, vous êtes plus fatigué dans ces périodes-là."
 

Mais pour lui, pas question considérer la maladie comme une "excuse" à ses absences régulières. L'élu l'annonce d'ailleurs à la presse début 2017 : "Je n’ai jamais rien caché, justifie Didier Droart. Mais quand vous supportez tout ça, je vous assure, ce n’est pas évident. Concrètement parlant, j’ai perdu 35 kilos. J’en faisais 75."

 

Un témoignage "pour l'avenir"


L'élu n'a jamais arrêté de se battre contre la maladie, même s'il confesse y avoir pensé. Sa thérapie, en dehors de la chimio, c'était Tourcoing : "Si je suis encore en vie aujourd’hui, (...) c'est parce que moralement, je me bats encore pour ma ville. On pourrait me reprocher de pêcher par égoïsme, mais si je suis resté, c’est parce que j’ai encore envie de continuer tant que je peux."

Un engagement reconnu unanimement par les associations de la ville, ses proches mais aussi les élus d'opposition. Et au travers de cet entretien aux allures de dernier témoignage, Didier Droart espérait une chose : "qu'on puisse me comprendre".

Comprendre son engagement envers sa Ville, comprendre comment il a lutté face au cancer mais aussi laisser un message : "Avant, les gens cachaient leur cancer et ils souffraient dans leur intérieur. Moi je vais presque dire l’inverse : je ne souffre pas parce que ma souffrance, elle est partagée et elle a toujours été comprise par la population de Tourcoing, estimait le maire. Donc ça me fait un bien extraordinaire, et j’espère que ce témoignage servira dans d'autres lieux, pour l'avenir".

 

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