“Une situation injuste” : Un enfant autiste de 8 ans exclu de la cantine par la mairie de Fenain

Il ne pourra plus déjeuner à la cantine de Fenain : Sacha, un enfant de CE1 reconnu handicapé, a été exclu par la mairie. Cette dernière, faute de lui proposer un·e accompagnant·e sur le temps périscolaire, estime “ne pas avoir le choix”. Sa maman témoigne : “Mon fils ne comprend pas les changements."

Le petit Sacha, 8 ans, atteint d’un trouble autistique, a été exclu de la cantine. Une “mesure douloureuse”,  affirme Valérie Vincenzy, directrice des services à la mairie de Fenain, prise “pour sa sécurité, celle des autres enfants et celle du personnel communal”. Ce dernier menaçait d’exercer son droit de retrait face au “comportement violent” du petit garçon. 

Très sensible au bruit, Sacha ne supporte pas les regroupements et est sujet à des crises. “Il a un casque anti-bruit mais ça ne suffit pas”, explique Amanda, sa maman. “Il peut se montrer violent verbalement et physiquement, il essaie de s’évader de l’école.” Le garçonnet a ainsi besoin d’un accompagnement permanent. Il bénéficie d’une AESH (Accompagnante des Élèves en Situation de Handicap), qui est avec lui chaque jour à l’école, dans sa classe de CE1.

La mairie hors de tout cadre légal

Mais sur le temps périscolaire, c’est à la collectivité territoriale d’assurer l’accompagnement des enfants handicapés et de mettre en place des aménagements. Le cadre légal veut en effet qu’on n'exclut pas un enfant porteur de handicap. Les enfants qui ont des besoins particuliers et dont les parents veulent qu’ils aillent à la cantine doivent ainsi pouvoir y accéder.

Or, la mairie le reconnaît : “Notre personnel n’est pas qualifié pour prendre en charge un enfant porteur de handicap. On se retrouve vraiment en difficulté quand on n’arrive pas à maîtriser l’enfant et que les parents ne répondent pas”. La seule “solution” trouvée par la collectivité a donc été d’exclure le petit garçon. 

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Mon fils ne comprend pas les changements”, se désole Amanda. La maman a été obligée de se réorganiser : “Désormais, je travaille de 14 heures à 22 heures pour pouvoir le récupérer pendant la pause du midi, mon mari s'en occupe le soir”. Les crises de son fils ont empiré depuis son exclusion ce lundi. “Il menace de mettre fin à ses jours pour ne plus aller à l’école”, raconte-t-elle par téléphone, des larmes dans la voix. “C’est dur à entendre en tant que maman.” 

Une situation difficile pour Sacha et ses parents

Aujourd’hui, la mère de Sacha exprime “un vrai sentiment d’impuissance” face à l’exclusion de son fils. “C'est une situation injuste. On parle d’inclusion dans le système français mais j’ai l’impression que c'est de l’exclusion… La maire est censée financer une accompagnante mais elle nous demande à nous de le faire”, précise la maman. Pour la mairie, financer un tel accompagnement coûterait “entre 5000 et 6000 euros par an”. D’après la directrice des services Valérie Vincenzy, les finances de la commune ne permettent pas cet investissement.

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Avant cette décision de la mairie, Amanda, la mère de Sacha, a cherché de nombreuses solutions. “Son handicap a été reconnu en 2023 par la MDPH”, explique-t-elle. A la fin de l’année scolaire 2022-2023, elle a réussi à obtenir son accompagnement sur le temps scolaire par une AESH. Malgré tout, “en septembre/octobre, ça a été une catastrophe”, se désole-t-elle. Elle a donc entrepris des démarches pour lui faire intégrer une école spécialisée, qui n’ont pas abouti pour le moment. 

On parle d’inclusion dans le système français mais j’ai l’impression que c'est de l’exclusion…

Amanda, la maman de Sacha

La mairie assure “chercher des solutions” et s’être tournée vers l’Éducation nationale pour obtenir le financement d’un accompagnement sur le temps périscolaire. “Si l’Éducation nationale prend en charge ce temps, tout sera réglé”, affirme Valérie Vincenzy.

Fin janvier, une proposition de loi visant à établir la prise en charge par l'État de l'accompagnement des élèves en situation de handicap sur le temps méridien a été votée par le Sénat. Cette proposition va désormais être examinée à l’Assemblée nationale.