Une crèche inclusive accueille des enfants valides et porteurs d'un handicap : "les enfants pourraient nous donner des leçons d'inclusion"

La crèche inclusive Mam'eo à Nogent-sur-Oise accueille 14 enfants, dont 5 qui sont porteurs d'un handicap. Cet établissement est attendu depuis des années par les parents du secteur... et certains font même plus d'une demi-heure de trajet en voiture pour venir.

Nelya, trois ans, est en situation de handicap. Elle est accueillie dans une maison d'assistantes maternelles à Nogent-sur-Oise trois jours par semaine. Pour la déposer le matin, sa mère fait 30 minutes de route. Et pour trouver une telle structure qui accueille aussi bien des enfants valides que des enfants en situation de handicap, la tâche s'est avérée compliquée.

Hélène Tressy, la mère de Nelya, note qu'il n'est "pas évident de trouver une garde en attendant d'avoir une place en institut". Alors, dès qu'elle a su que cette maison ouvrait, au moment des travaux, elle a fait "des pieds et des mains" pour trouver le numéro de téléphone au mois d'avril dernier.

"Il n'y avait pas de publicité, pas d'affiche sur internet, sur les réseaux sociaux". Une fois le numéro trouvé, elle s'est renseignée pour en savoir davantage sur la nature de cette structure. "On m'a dit qu'il y avait une liste d'attente donc je l'ai tout de suite mise dessus pour qu'elle puisse avoir sa place assez rapidement", poursuit-elle.

"Sans cette structure, je n'aurais pas pu travailler"

En plus de la demi-heure de route pour déposer sa fille, Hélène Tressy doit ajouter 40 minutes supplémentaires pour aller travailler ensuite. Mais cette crèche inclusive est la "meilleure solution" pour avoir une vie professionnelle à côté. Elle permet aussi à Nelya de vivre "en collectivité et de pouvoir aussi s'épanouir dans un établissement qui lui est adapté", avec des enfants de tous les environnements.

La mère admet que "sans cette structure", elle n'aurait jamais pu travailler. En effet, le délai pour avoir une place en institut est long, "extrêmement long" même. Elle aurait ainsi dû arrêter son activité professionnelle afin de garder sa fille. "Je n'aurais pas eu de moyen de garde", regrette-t-elle. En France, 41% des parents d'enfants en situation de handicap occupent un emploi à temps partiel pour les garder.

Au niveau du taux d’encadrement, c’est vraiment pas mal parce que dans une crèche, par exemple, ils sont à un professionnel pour cinq enfants qui ne marchent pas et un professionnel pour 8 enfants qui marchent.

Nathalie Nomdedeu, assistante maternelle chez Mam'eo

Mam'eo est né d'un constat : avant l'âge de 6 ans, très peu de structures accueillent en même temps des enfants valides et en situation de handicap. Ici, "on accueille des enfants en situation de handicap et d'autres qui ne le sont pas", explique Nathalie Nomdedeu, assistante maternelle chez Mam'eo. Elle constate que les enfants sont bienveillants les uns envers les autres. On leur apprend d'ailleurs des valeurs comme "la tolérance" ou encore "le respect".

En tout, ils sont neuf à être accueillis pour trois assistantes maternelles, ce qui est bien en dessous des crèches habituelles. L'avantage d'un nombre aussi réduit d'enfants réside dans le fait de prendre le temps avec chacun d'entre eux et de pouvoir bien les accompagner et les accueillir.

"Les enfants ne voient pas de différences"

Harmony Wague, elle aussi assistante maternelle, souligne que les enfants ne voient pas de différences : "ils savent qu'il y a des enfants qui marchent, d'autres qui ne parlent pas encore, et ils savent que c'est dans l'évolution des enfants, donc c'est normal pour eux".

Elle avance que les enfants ne voient pas le handicap, ni la difficulté. Tout ce qu'ils voient, c'est "un enfant qui est à une certaine étape de sa vie qui ne lui permet pas de marcher ou de parler". En somme, "ce serait peut-être les enfants qui pourraient nous donner des leçons d'inclusion".

Cette bienveillance se ressent avec Nelya, envers qui les enfants sont "très attentionnés". Ils ont "toujours" une petite attention en lui amenant un jouet, par exemple. Bien évidemment, les enfants en situation de handicap de cette crèche inclusive demandent un peu plus d'attention "de par leur particularité, leurs besoins", car ils sont moins autonomes. Mais pour les faire participer à la vie collective, "c'est à nous de les mobiliser, ça fait une petite charge un peu plus conséquente" mais avec les autres enfants "qui sont autonomes autour de nous, ça nous aide beaucoup aussi".

Une structure attendue

Gaëlle Borgiasz, la troisième assistante maternelle, indique qu'elle et ses deux collègues sont en contact avec certains parents depuis 2018. "Après, ça a été très vite. La première semaine, le jour de l'ouverture, on n'est pas au complet, mais pratiquement. Il y avait un besoin dans le secteur".

Le succès s'explique en partie par l'ancienne vie des fondatrices. Toutes les trois ont travaillé pendant dix ans dans un Institut médico-éducatif (IME). "Je suis monitrice éducatrice de formation, déclare Nathalie Nomdedeu. Mes deux autres collègues sont aides médico-psychologiques et l'autre est éducatrice spécialisée". Elles ont été formées et sont à même d'accueillir des enfants en situation de handicap.

On a des parents qui nous attendent depuis très longtemps. Il y a des familles pour lesquelles l’enfant est trop âgé maintenant. Du coup, on n’a pas pu accueillir leur enfant.

Nathalie Nomdedeu, assistante maternelle chez Mam'eo

En théorie, toutes les crèches et halte-garderie peuvent les accueillir, même si cela reste encore une exception. "Je pense que les crèches les accueillent mais pas sur de longues périodes", poursuit-elle. Les professionnels "savent très bien qu'il faut prendre du temps entre chaque enfant, ce sont des enfants qui ont des besoins particuliers, ils ont un besoin d'accompagnement un peu plus important et spécifique". Elle observe également un manque de formation qui expliquerait le manque de places dans les autres établissements.

Il n'en reste pas moins que cette crèche inclusive Mam'eo est désormais ouverte. "On est très contentes, on est ravies d'être là pour les enfants. C'est une nouvelle aventure qui commence pour nous et c'est génial", conclut-elle.

Avec Léna Malval / FTV