Nord: la "grande lassitude" des commerçants à l'ère du 3e confinement

Pour ce premier jour de confinement nouvelle version, les commerçants nordistes déplorent un nouveau coup de massue, accentué par un "manque d'information" et une liste des dérogations qu'ils aimeraient voir s'étendre. Partout, une “immense lassitude après un an d’adaptation forcée”.

Les commerces "non-essentiels" ont laissé leurs portes fermées ce matin, pour quatre semaines.
Les commerces "non-essentiels" ont laissé leurs portes fermées ce matin, pour quatre semaines. © FTV

Un nouveau coup de massue”, analyse calmement à Lille Romuald Catoire ce matin du samedi 20 mars : depuis minuit, Lille comme la région Hauts-de-France fait partie des 16 départements où ce "3e confinement nouvelle formule" s’applique. 

Ce vendeur d’appareils photo lillois, président de la Fédération lilloise du commerce de l'artisanat et des services, n’a pas pu, comme 90.000 autres boutiques de France, ouvrir ses portes. Ni la vente d’appareil photo, ni les prises de photographies ne font en effet partie des “commerces essentiels”, dont la liste était attendue après les annonces de Jean Castex, et les déclarations du gouvernement qui s’en sont suivies.

Le décret publié ce matin est venu entériner ses espoirs de voir la liste des exceptions s’agrandir, lui qui est venu dès 9H mettre en place le click and collect et “tous ces autres outils du 1er et 2e confinement”.

Les petits commerçants font tout pour s'adapter”, a-t-il expliqué, “et les clients ne nous oublient pas”, a-t-il ajouté, reconnaissant. Sa crainte ? Que ce confinement, et donc la fermeture de son commerce, dure plus longtemps que les quatre semaines prévues. 

Fleuristes, coiffeurs, chocolatiers, et pourquoi pas les bijoutiers ? 

Du jour au lendemain, on nous dit qu’il faut fermer”, regrette cette autre commerçante “non-essentielle” de Linselles (Nord), Marie-Hélène Sence. Dans cette petite ville située entre Lille et la frontière belge, la bijoutière “en colère et désabusée” organise aussi le click and collect et met à jour son Instagram dans sa boutique aux soixante-six années d’existence, avant de revenir sur ces derniers jours de “flou artistique”.

On a cru qu’on était reparti, on a fait rentrer à nouveau du stock, on a commencé à reprendre un rythme normal, s'est-elle remémorée, et là, pendant un mois, plus rien. On aura été fermé 3 mois et demi en tout, en plus sur des périodes charnières, on ne rattrapera pas le temps et l'argent perdus”.

Une différence de traitement "arbitraire"

L’objet de son incompréhension : le sentiment d’avoir déjà beaucoup fait pour “tout aseptiser, flécher, contrôler la jauge et le port du masque dans son magasin, ainsi que tout emballer”. Mais c’est surtout cette différence de traitement entre ceux qui peuvent eux rester ouverts, comme les fleuristes et les chocolatiers, et les bijoutiers, qu’elle juge "arbitraire". 

Ces deux professions, qui ne faisaient pas partie des commerces pouvant ouvrir lors les deux premiers confinements, sont bien listées comme “essentielles” dans le décret paru ce matin. Bruno Le Maire en donnait ce matin la raison chez nos confrères de France Inter : “Pourquoi les fleuristes? Parce qu'ils vendent quasiment la moitié de leur stock au moment du printemps. Pourquoi les chocolatiers? Parce que nous avons Pâques qui arrive et qu'ils font une très grande partie de leur chiffre d'affaires dans cette période-là”.

Je suis vraiment contente pour eux”, explique la commerçante, “mais j’ai envie de dire : pourquoi pas nous, alors que nous sommes en pleine période de communion, de baptêmes, avec la période des mariages qui va bientôt commencer”?

Le point est justement souligné par Christophe Petit, le président de l’U2P, l’Union des entreprises de proximité Hauts-de-France. “Quand on a annoncé que les coiffeurs pouvaient ouvrir, ce dont on se félicite, beaucoup ont eu l’espoir de faire partie des exceptions pendant une journée. Et non. Nous espérions vraiment plus d’ouverture”, a-t-il regretté, après avoir pris connaissance du décret. “Notre sentiment, a-t-il ajouté, c’est que ces décisions du gouvernement ont été prises précipitamment et surtout sans concertation”. 

Un manque d’information déploré par les commerçants

Autre objet de critiques des commerçants nordistes : le manque d’information de la part de l’Etat. “Qui peut rester ouvert, qui doit fermer, ce n’est pas forcément clair pour tous ceux qui ne sont pas adhérents à un syndicat ou qui ne sont pas familiers des réseaux sociaux”, résumait cette syndicaliste des petites entreprises. 

Le cas des cordonniers restait par exemple flou ce matin à la lecture du décret qui n’énumère pas cette profession parmi les commerces essentiels, en contradiction avec le communiqué du ministère de la veille qui listait bien cette dernière parmi les exceptions. 

Nous nous sommes appelés entre cordonniers. On en a conclu qu'on pouvait ouvrir ce matin

Un cordonnier de Croix

Si si, nous sommes bien ouverts”, confirmait ce cordonnier de Croix au téléphone ce matin. “Il y a en effet eu un flou, mais nous nous sommes appelés entre cordonniers, et on en a conclu qu’on pouvait ouvrir ce matin”, expliquait le quinquagénaire, soulagé de pouvoir travailler. “On nous abreuve d’informations, mais dès qu’il s’agit de questions pratiques, il n’y a plus personne”, a-t-il ajouté.  

Jean-Pierre Verneau, le président de la Fédération française de la cordonnerie multiservice, expliquait ce matin avoir joint le ministère des Petites et Moyennes Entreprises.  “On m’a confirmé que les cordonneries peuvent bien rester ouvertes dans les régions confinées. Cette profession n’apparait pas sur le dernier décret car nous étions déjà autorisés à ouvrir”. 

Quelles aides pour les "non-essentiels" ?

Les cordonniers échappent donc bien à la fermeture. Mais qu’en est-il des autres, les “non-essentiels”, limités au click and collect ? “On nous a expliqué qu’on aura droit aux mêmes aides que lors du confinement de novembre, indique le président de la Fédération lilloise du commerce de l'artisanat et des services, c'est-à-dire le chômage partiel à hauteur de 84%”.

Mais par exemple, pour le remboursement des loyers (NDLR annoncé par le vice-président de la Région vendredi matin chez nos confrères de France Bleu Nord), on ne sait pas quelles conditions devront être remplies pour y avoir droit”. Or, pour le mois de novembre, a-t-il ajouté, "je peux vous dire que c’était assez compliqué de les remplir, beaucoup de commerces en sont exclus”.

Ce matin, le ministre de l'économie a annoncé quatre mesures supplémentaires d'accompagnement pour les commerces fermés dont la mise en application sera particulièrement scrutée par Christophe Petit.

Pour ce dernier, il n'y a aucun doute : “Toutes les charges fixes devraient être prises en charge par l’Etat pour ces fermetures administratives”. Un “minimum” pour tous ces commerçants qui voudraient ne pas avoir à demander de l’aide, à l’image des commerçants interrogés.

"Ce qui nous fait le plus mal, c'est cette date, un an jour pour jour après le début du premier confinement", explique Romuald Catoire, "sur le pied de guerre depuis douze mois", témoignant de "l'immense lassitude chez les commerçants lillois". Un sentiment partagé par la bijoutière de Linselles: “Tout ce qu’on veut, c’est ouvrir, et travailler”.

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