Oeufs contaminés : un éleveur de Saint-Tricat dans la tourmente

A Saint-Tricat, ce jeudi / © P.Mahieu
A Saint-Tricat, ce jeudi / © P.Mahieu

A Saint-Tricat, la destruction des oeufs a commencé dans un élevage de poules touché par le scandale du Fipronil, cet insecticide que l'éleveur avait utilisé pour désinfecter ses bâtiments. Les analyses menées par les autorités sanitaires sur la contamination des oeufs se sont révélées positives.

Par France 3 Nord Pas-de-Calais

Il est une des victimes du scandale sanitaire qui touche une partie de l'Europe depuis quelques jours, celui des oeufs contaminés. A Saint-Tricat (près de Calais), un élevage est à l'arrêt. Touché par le scandale des "oeufs contaminés". Nous avons rencontré cet éleveur. Mais il ne souhaite pas communiquer sur cette affaire qui est évidemment un mauvais coup pour son élevage. 

C'est lui-même qui, spontanément, a contacté la Direction Départementale de la Protection des Populations (DDPP) du Pas-de-Calais dès le 28 juillet dernier pour les prévenir que son élevage était touché par le produit incriminé en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne. Quelques jours plus tôt, un client belge avec qui il est en contrat avait refusé de réceptionner ses oeufs "compte-tenu d'une présomption d'utilisation d'un insecticide interdit pour cet usage par un prestataire indépendant', précise la Préfecture du Pas-de-Calais. En clair, un prestataire de l'éleveur lui a vendu du Fipronil. Cet antiparasite pourtant strictement banni dans les élevages de poules, a été commercialisé par des sociétés de désinfection intervenant dans des exploitations agricoles.

Oeufs détruits


Rapidement, les autorités, par mesure de précaution, ont ordonné "la suspension de mise au commerce des oeufs en l'attente des résultats des prélèvements officiels." Les résultats des analyses sont finalement tombés le 8 août et ils ont confirmé la présence du fipronil. Conséquence : tous les oeufs produits par le poulailler (30 000 poules environ) ont été bloqués et détruits ce jeudi après-midi. 
Oeufs contaminés : un éléveur de Saint-Tricat (Pas-de-Calais) dans la tourmente
Reportage de Corinne Sala et Pascal Mahieu.


Cet éleveur est-il le seul concerné dans la région ? "La DDPP du Pas de Calais procède actuellement à des investigations auprès de l'ensemble des éleveurs de poules pondeuses du département afin de vérifier les produits anti parasitaires utilisés ainsi qu’auprès des industriels et des casseries susceptibles d'utiliser des oeufs produits par les intégrateurs Belges et Hollandais en cause. Des prélèvements d'oeufs seront effectués afin de s'assurer de l'absence de Fipronil avec consignation des lots en l'attente des résultats." En Belgique, 80 élevages sont concernés. 

Rappelons que dans le Nord et le Pas-de-Calais, deux entreprises spécialisées dans les produits dérivés ou transformés à base d'oeufs ont reçu des lots contaminés. 

Oeufs contaminés : ce que l'on sait

Des millions d'oeufs ont été contaminés au fipronil, insecticide dont l'usage sur les animaux destinés à la consommation est pourtant interdit. Voici ce que l'on sait de ce scandale qui touche huit pays européens.

Origine
La Belgique est officiellement alertée début juin par un exploitant. En suivant la piste du traitement contre le pou rouge, l'agence sanitaire belge établit un
lien avec les Pays-Bas au travers d'une firme locale, qui a reconditionné un produit supposé naturel pour désinfecter les poulaillers. Selon les médias belges et néerlandais, cette entreprise, ChickFriend, a acheté son désinfectant à une autre entreprise dans le nord de la Belgique, Poultry-Vision.

Le 20 juillet, la Belgique alerte l'UE, suivie par les Pays-Bas et l'Allemagne. Le 1er août, La Haye annonce qu'une substance toxique, le fipronil, a été détectée dans des centaines de milliers d'oeufs et que des dizaines d'élevages de volaille sont bloqués. Les autorités belges affirment que les Pays-Bas ont été alertés de la présence de fipronil dans des oeufs dès novembre 2016.

Pays touchés
L'Allemagne estime qu'au moins trois millions d'oeufs contaminés lui ont été livrés des Pays-Bas. La Belgique a procédé à des retraits préventifs et discrets dès le mois de juillet. La présence d'oeufs contaminés est également attestée en Suède, en Suisse, en France, au Royaume-Uni et au Luxembourg. Au total, huit pays européens sont touchés.

Fipronil
Le fipronil, considéré par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) comme "modérément toxique" pour l'homme, est dangereux pour les reins, le foie et la thyroïde s'il est absorbé en grande quantité. Les faibles concentrations mesurées dans les oeufs contaminés rendent toutefois le risque d'empoisonnement très faible. Les poules contaminées le restent pendant six à huit semaines. L'utilisation du fipronil est interdite sur les animaux destinés à la chaîne alimentaire dans l'UE, mais reste courante dans de nombreux produits antiparasitaires pour animaux de compagnie et dans des produits à usage domestique, comme les anti-termites ou les anti-fourmis.

Mesures
En Allemagne, aux Pays-Bas, et dans une moindre mesure en Belgique, les supermarchés concernées par des lots contaminés ont vidé leurs rayons de plusieurs millions d'oeufs la semaine dernière. Des inquiétudes existent sur les produits transformés contenant des oeufs, comme la mayonnaise.
Les autorités sanitaires nationales imposent aux producteurs de faire détruire les oeufs contaminés par une entreprise spécialisée et ont bloqué toutes les ventes des fournisseurs potentiellement touchés. En Belgique, outre les oeufs, les animaux et le fumier sont "bloqués" dans les exploitations encore sous surveillance.

Enquêtes
Deux enquêtes distinctes ont été ouvertes en Belgique et aux Pays-Bas pour retracer les circuits de commercialisation des lots contaminés. Plusieurs perquisitions ont été menées jeudi lors d'une opération concertée dans les deux pays, aboutissant à l'arrestation aux Pays-Bas de deux dirigeants d'une
des entreprises incriminées, ChickFriend selon les médias néerlandais. Les premières perquisitions ont été menées en Belgique en juillet, chez la société
identifiée comme Poultry-Vision par les médias belges, dont un dirigeant a été entendu et où plus de 6.000 litres de produits interdits ont été saisis.
Une enquête a également été ouverte en Basse-Saxe.

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