Amazon n'a pas de "projet concret" concernant le nouvel entrepôt logistique à Beauvais

Le chantier du gigantesque entrepôt logistique de Beauvais est presque terminé, les murs devraient être occupés à partir de 2024. Officiellement Amazon annonce ne pas avoir de projet concret et aucune institution ou entreprise ne veut confirmer que la société s'y installera. La question des conséquences de la structure sur ce territoire se pose pourtant.

Fin de chantier prévue pour 2023 : avec ses 110 000 mètres carrés d'emprise au sol, la nouvelle plateforme logistique de Beauvais fait partie des plus grandes structures de ce type en France. S'il se murmure que c'est à terme Amazon qui va l'occuper, pour l'heure, ni la mairie de Beauvais, ni l'entreprise américaine ne confirment cette information. 

Suite à notre premier article Amazon déclare désormais que "comme de nombreuses entreprises de e-commerce", elle étudie régulièrement "de nouvelles opportunités pour développer une logistique de proximité et fluidifier notre chaîne logistique". Elle précise cependant que "le développement d'un projet logistique est un processus long" et affirme ne pouvoir confirmer un projet "qu'une fois qu'il a atteint un certain niveau de maturité". C'est pourquoi l'entreprise avance ne pas avoir "de projet concret à annoncer" à ce jour. 

Ce qui est certain, c'est que depuis quelques années, les entrepôts de logistique se multiplient dans les Hauts-de-France. La région est la seconde de France en termes de plateformes logistiques, en 2015, elle possédait déjà plus de 12 millions de mètres carrés dédiés à cette activité. Les projets n'ont cessé de sortir de terre depuis.

Emploi et logistique 

Philippe Bernard, président de la Chambre de commerce et d'industrie de l'Oise, se veut rassurant. Selon lui, les entrepôts logistiques créent des emplois directs, mais aussi des emplois indirects dans la livraison, l'entretien et tous les métiers qui gravitent autour de la structure. Il ne peut cependant pas donner d'estimation sur le nombre d'emplois à venir avec l'installation de l'entrepôt en banlieue de Beauvais

Les effets du e-commerce sur l'emploi font l'objet de vifs débats entre les économistes. En 2020, une étude publiée par le cabinet de conseil Kavala Capital avançait le chiffre de 114 000 emplois détruits dans le secteur du commerce non alimentaire, en raison de la digitalisation, entre 2009 et 2018 en France. Pour 33 000 emplois créés dans le commerce de gros. Les deux économistes ayant mené l'étude écrivaient : "chaque emploi créé en a détruit près de 2 dans les entreprises de taille plus modeste".

La fédération de la vente en ligne, elle, communique sur les créations d'emplois dans le secteur du e-commerce : ils auraient augmenté de 14 % entre 2020 et 2021 pour s'établir à 185 000. 48 % des sites ont augmenté leurs effectifs et 52 % envisagent de recruter en 2022, peut-on lire sur un support de la fédération

Philippe Bernard, lui, souligne que la chambre de commerce et d'industrie de l'Oise sera "particulièrement attentive à ce que les entreprises locales profitent de cette opportunité". Il évoque notamment la possibilité pour les entreprises de commercialiser leurs produits locaux via le marketplace d'Amazon, ce qui créerait des circuits courts. Il nuance néanmoins en expliquant la marge de manœuvre réduite des institutions pour s'en assurer : "Il ne faut pas oublier que c'est un bâtiment privé et que la Chambre de commerce et d'industrie est une institution publique". 

En effet, c'est le promoteur PRD qui fait construire l'entrepôt et une société de gestion des placements américaine, Habert, qui se charge de trouver les occupants. Quel que soit l'occupant, Valérie, commerçante à Beauvais, observe cette arrivée avec des sentiments mitigés. "Nous sommes de petits commerçants, explique-t-elle, ce n'est pas le même type de commerce, quand les gens viennent nous voir, ils viennent chercher des conseils". Elle ajoute cependant qu'elle "ne prône pas pour Amazon, si l'on veut garder des centres-villes vivants, il faut aller vers les petits commerces". Les ventes de produits en ligne ont augmenté de 30% depuis 2019, d'après la fédération de la vente en ligne, le e-commerce représente maintenant 14% du commerce au détail.

Les conséquences environnementales 

"C'est un bâtiment vert avec ses panneaux solaires", explique Philippe Bernard. Avec 110 000 mau sol, soit 20 terrains de football, difficile cependant de défendre un bilan environnemental neutre. "Ils se précipitent tous pour faire des entrepôts avant que la loi zéro artificialisation nette ne se durcisse", indique Patrick Thierry, président de Picardie Nature. Entrée en vigueur en 2021, la loi prévoit de réduire de moitié le rythme de l'artificialisation des sols jusqu'en 2031, pour atteindre un bilan neutre en 2050.

Les projets logistiques qui font parfois l'objet d'une vive opposition des riverains. Récemment, des habitants proches de l'aéroport Albert-Picardie où un projet de plateforme logistique internationale doit voir le jour se sont mobilisés pour demander son annulation. Ils redoutent notamment le passage de 200 véhicules supplémentaires dans leurs campagnes. 

À Senlis, où un entrepôt Amazon a ouvert à l'automne 2020, les riverains se mobilisent depuis le début de l'année contre la multiplication des détritus à ses abords. Ils ont créé une pétition en ligne, où ils dénoncent "une forêt de déchets" et la multiplication des camions. La construction de l'entrepôt avait entraîné des manifestations avant son ouverture. C'est peut-être aussi pour cela que dans le cas de Beauvais, Amazon préfère démentir aujourd'hui l'hypothèse de son arrivée.

L'actualité "Économie" vous intéresse ? Continuez votre exploration et découvrez d'autres thématiques dans notre newsletter quotidienne.
L'actualité "Économie" vous intéresse ? Continuez votre exploration et découvrez d'autres thématiques dans notre newsletter quotidienne.
choisir une région
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité