En plein confinement, une start-up de coaching professionnel basée à Beauvais réussit à mobiliser 5,6 millions d'euros

En pleine crise liée au Covid-19, la start-up Chance réussit l'exploit de réunir 5,6 millions d’euros pour se développer. L’entreprise picarde combine psychologie et technologie pour aider les personnes en reconversion professionnelle à choisir le bon métier via une plateforme en ligne.

Le Beauvaisien Ludovic de Gromard et son associée Clémence Coghlan ont lancé la plateforme Chance en 2015.
Le Beauvaisien Ludovic de Gromard et son associée Clémence Coghlan ont lancé la plateforme Chance en 2015. © Chance
"Pendant les entretiens de recrutement, je demandais à chaque fois pourquoi la personne en face de moi avait choisi son métier. 90% des postulants ne savaient pas".

Pendant plusieurs années, Ludovic de Gromard, en poste chez le verrier Saverglass dont le siège est basé à Feuquières dans l'Oise, a mené des entretiens professionnels aux quatre coins du monde, de l’Inde aux Philippines en passant par l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis. Au total, il a reçu plus de 1000 personnes en entretien mais toutes butaient sur la même question : "Pourquoi faites-vous ce métier ?".
 

Une méthode à contre-courant 

Face à ce constat, le trentenaire originaire de Beauvais a décidé de lancer Chance en 2015, une plateforme digitale de coaching professionnel. "Si on y réfléchit, le monde du recrutement est centré sur l’entreprise, souligne Ludovic. Le pari de Chance, c’est de se centrer sur les gens et de les aider à identifier le meilleur travail pour eux".

Chance prend ainsi le contrepied des modes de recrutements traditionnels et des méthodes des chasseurs de tête. Au lieu de chercher la meilleure recrue possible pour l’entreprise, la start-up va aider le travailleur à identifier l’entreprise qui lui correspondra le mieux.
 

L’émergence de la "psytech"

Pour arriver à cette fin, Chance associe la psychologie et la technologie (psytech) au domaine de l’orientation professionnelle. Sur la plateforme en ligne, l’abonné suit un parcours de trois mois, à raison de deux heures par semaine. "Le premier mois est basé sur l’introspection, le client sera amené à réfléchir sur ses aspirations profondes, sur ses compétences et sur ses impératifs personnels".
 
Au bout d’un mois, l’ordinateur analyse toutes ces données et recommande 40 pistes professionnelles à l’abonné. Pendant les deux mois suivants, son cheminement lui permettra d’éliminer toutes les pistes pour n’en garder qu’une. "Notre méthode est basée sur l’auto-coaching mais des vrais coachs interviennent aussi via des entretiens, précise le PDG de la start-up. En trois mois, on arrive à permettre aux gens de choisir le travail qui les rendra heureux".
 

Une levée de fonds en plein confinement 

Cette méthode basée sur la psytech semble avoir convaincu de nombreux investisseurs. Mi-avril 2020, Chance a annoncé en grande pompe le bouclage d'un financement record : 5,6 millions d’euros.

L'opération financière se compose d'une levée de fonds de 3,5 millions d'euros auprès d'investisseurs français et internationaux comme le fonds anglais Zulu Group ou Jean-Bernard Lévy, le PDG d’EDF.
Chance
a également reconduit un partenariat de 500.000 euros avec Google.org - la filiale philanthropique de Google - et obtenu une subvention du ministère du Travail à hauteur de 1 million d'euros. Enfin, la start-up a contracté un emprunt de 600.000 euros auprès de Bpifrance, banque publique d'investissement.

L’entreprise s’appuie aussi sur un comité scientifique renommé dont font partie Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix ou encore Gilles de Robien, ancien maire d’Amiens et ex-ministre de l’Education Nationale.
 

Combien ça coûte ?

Le parcours de coaching professionnel d'une durée de trois mois coûte 990 euros.  Les personnes en reconversion professionnelle peuvent aussi être subventionnées via leur Compte Personnel de Formation ou par Pôle Emploi. Depuis le lancement de la start-up en 2015, 15 000 personnes ont déjà suivi le coaching digital de Chance, dont 5000 depuis le lancement de la toute nouvelle plateforme, en janvier 2020.  "Nous avons constaté une augmentation de 70% de notre activité en mars, ajoute Ludovic de Gromard. Avec le confinement, tous les gens qui se posaient des questions sur leur vie professionnelle se disent que c’est l’occasion".
 
Selon l’entreprise, 87% personnes qui auraient suivi le parcours en seraient satisfaites. Basée à Beauvais, l’entreprise emploie 25 salariés et entretient un réseau de 100 coachs professionnels. Grâce à la levée de fonds, Ludovic de Gromard prévoie de tripler les effectifs et de lancer une version anglophone de sa plateforme de coaching d’ici l’année prochaine.

 
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