"Les brûlures, c’est sur la longue durée", grand brûlé et rugbyman, Romain Carlier évoque son parcours pour se reconstruire

Romain Carlier, c'est l'histoire d'un miraculé. Six ans après avoir frôlé la mort, en étant enseveli sous une benne de goudron brûlant, à 180°C, le passionné de rugby revient sur son histoire et son quotidien actuel. Avec un seul objectif en tête, retrouver le terrain de rugby.

"Si j’avais perdu connaissance, je ne serais plus là pour en parler", détaille Romain Carlier, lorsqu'il raconte l'événement qui a changé sa vie, le 25 avril 2017. Le jeune homme de 27 ans, à l'époque, joueur de rugby semi-pro au RC de Compiègne, travaille en tant qu'intérimaire en manœuvre applicateur de goudron. "On allait refaire un parking d'une maison de retraite, à Guiscard, dans l’Oise. Tout allait bien et il nous manquait deux passes à faire pour finir le chantier. Comme d’habitude, j’allais remplir ma brouette et au final, au lieu que ce soit la petite trappe qui s’ouvre, c’est la grande porte qui s’est ouverte."

"Le mental a pris le dessus sur le physique, parce que j’ai cuit dans le tas d’enrobé"

Romain Carlier, grand brûlé et rugbyman

Romain s'est mis alors à courir, mais "pas assez rapidement". "J'ai eu une avalanche de goudron autour de moi. Sept tonnes, à 150/180°C." À ce moment précis, le rugbyman pense "à la survie". "Heureusement que les collègues étaient là. Ils savaient quoi faire."

Coincé dans le goudron chaud et durcissant, ces derniers ont creusé le plus rapidement possible pour sortir son corps. "Ils étaient efficaces parce que je suis encore là. Je les remercie encore aujourd’hui. Le mental a pris le dessus sur le physique, parce que j’ai cuit dans le tas d’enrobé. Petit à petit, je sentais ma force vitale s’échapper de moi. À un moment donné, mon chef d’équipe s’est mis à genoux dans l’enrobé. Il a passé ses bras sous mes aisselles. On a essayé deux fois. Et à la troisième fois, on a réussi à se sortir de là" se remémore-t-il. Après une dizaine de minutes.

Suite à ce moment de "survie", Romain a perdu connaissance plusieurs secondes. En retrouvant ses esprits, "je me suis retrouvé en caleçon, plein de fumée émanant de moi. Ils m’ont jeté des bouteilles et des seaux d’eau pour me refroidir. Et là, les pompiers et le SAMU sont arrivés, à coup de morphine pour atténuer la douleur."

Héliporté dans un hôpital militaire, il a été mis dans le coma dans l’hélicoptère. Un coma qui a duré deux mois à peu près. Au réveil, il s’est retrouvé "abasourdi". "Je me suis dit, ‘ah oui, ça s’est vraiment passé'."

55% de son corps a été brûlé. En dessous des pectoraux jusqu’aux pieds. "J’ai perdu mon releveur à la cheville gauche. J’ai perdu mes deux doigts à la main gauche parce que j’ai eu un réflexe de survie en protégeant mes parties génitales. Et c’est tout. J’ai une bonne étoile. La tête n’a pas été touchée. Rien n’a été touché. Donc j’ai vraiment une grosse bonne étoile."

En revoyant une photo de son corps brûlé de 2017, Romain Carlier raconte, "c’est la première douche ou deuxième douche au centre de rééducation. La route a été longue et elle l’est encore parce que les brûlures, ce n’est pas que sur l’instant, c’est sur la longue durée. Il faut l’entretenir. C’est quelque chose de très dur d’être aussi assidu que ça."

Lors de sa convalescence, il a reçu des soutiens du monde du rugby pour mener son combat, et notamment de Jonny Wilkinson, "l’un des plus grands rugbymans, n°10 du monde. Et ce n’est pas le seul. Il y a eu un immense soutien de la famille du rugby. J’étais un petit rugbyman semi-pro. Personne ne me connaissait. Et là, tout le monde connait mon nom. C’était extraordinaire comme sensation."

Une routine quotidienne à respecter, pour panser les brûlures

Le vif soutien qui l’a poussé à "redoubler" son engagement pour se sortir de là. Tous les jours, Romain doit s'atteler à se crémer, matin, midi et soir, "pour que la peau ne sèche pas et créer des plaies." Par ailleurs, Romain Carlier effectue des séances de kinés toute la semaine sauf les mercredis, avec une ou deux séances de musculation.

Six ans après l'accident, il continue à être suivi au centre de rééducation. Récemment, il a réalisé trois semaines intenses à l'hôpital de Persy, à Clamart, en région parisienne, spécialisé dans la prise en charge des grands brûlés, afin d’empêcher l’amputation du tibia. "J’ai fait du sport. Apparemment, ça a fait une fracture, mais je ne l’ai pas senti parce que je n’ai plus aucune sensation au niveau des membres inférieurs. Et j’ai continué à marcher. Mais, ils m’ont sauvé encore une fois ma jambe."

Depuis son accident, Romain Carlier a écrit un livre, "ne sifflez pas la fin !". L’écriture, "ça m’a lâché un gros poids, parce que ça évacue la souffrance qu’on a en nous. C’est vraiment libérateur." Pour la suite, Romain dégaine simplement "c’est un terrain de rugby. C’est mon objectif". 

Avec Gaelle Fauquembergue / FTV

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