Coronavirus - Etude Institut Pasteur : dans le cluster de Crépy-en-Valois, l'immunité collective loin d'être atteinte

Ils étaient très attendus. Les résultats de l’étude épidémiologique menée fin mars par l’Institut Pasteur sur 661 personnes reliées au lycée Jean Monnet de Crépy-en Valois ont été publiés ce 23 avril. Et ils sont riches d’enseignements.
 
Les investigations des chercheurs de l’Institut Pasteur ont été menées du 30 mars au 3 avril sur des élèves scolarisés au Lycée Jean-Monnet de Crépy-en-Valois ainsi que leurs proches, soit 661 personnes au total.
Les investigations des chercheurs de l’Institut Pasteur ont été menées du 30 mars au 3 avril sur des élèves scolarisés au Lycée Jean-Monnet de Crépy-en-Valois ainsi que leurs proches, soit 661 personnes au total. © Guillaume Georges/MAXPPP
Si la ville de Crépy-en-Valois a été choisie pour mener cette toute première étude séro-épidémiologique en France, c’est bien parce qu’elle a été le premier foyer majeur de l’épidémie de Covid-19 en France.

Les investigations des chercheurs de l’Institut Pasteur ont été menées du 30 mars au 3 avril, soit un peu plus d’un mois après le décès du professeur du collège Jean-de-la-Fontaine, sur des élèves scolarisés dans un établissement voisin - le Lycée Jean-Monnet - et les personnes avec qui ils sont entrés contact, au total 661 individus.
  

Un taux d’immunisation faible


Premier enseignement, même dans un des principaux « clusters » de l’épidémie, seuls 26% des individus ont été touchés par le Covid-19 et possèdent des anticorps contre ce virus.

Quand on y regarde de plus près, l'épidémie a bien circulé dans le lycée : 38% des lycéens ont été infectés, 43% des enseignants et 59% du personnel, soit au total 41% des personnes fréquentant l'établissement.

Dans les familles, le virus s'est moins diffusé : 11% des proches ont été infectés, 9% des parents de lycéens non-Covid.

"Je crois que c'est le chiffre le plus important pour estimer la proportion dans la population", confie Arnaud Fontanet, premier auteur de l’étude et responsable de l’unité Epidémiologie des maladies émergentes à l’Institut Pasteur. C'est finalement une proportion relativement faible, en tout cas très loin du taux de 60 à 70% nécessaires pour l'immunisation collective."

Sachant que d'autres régions de France sont moins touchées et "quasiment naïves" par rapport à ce virus, ces résultats suggèrent que "l'immunité collective ne s'établira pas rapidement".
 

Les effets positifs du confinement


Cette étude permet également de démontrer les vertus du confinement. En effet, selon Arnaud Fontanet, la circulation du virus au sein des lycéens testés a "brutalement" baissé au moment des vacances scolaires de février (un phénomène connu déjà avec la grippe), puis s'est "arrêtée" avec le confinement de Crépy-en-Valois, le 1er mars.

Pour autant, le scientifique ne craint pas la réouverture progressive de l'établissement, considérant que les personnels et la population, comparé à il y a quelques semaines, ont désormais naturellement "beaucoup mieux adopté les gestes barrière".
 

Perte de l’odorat et du goût, symptômes forts

Parmi les derniers symptômes identifiés, l'anosmie (perte totale de l'odorat) et la dysgueusie (altération du goût) se confirment être des "signes vraiment évocateurs" d’infection.

L’étude de l’Institut Pasteur révèle que 84,7% des participants ayant subi une perte d’odorat, et 88,1% ayant subi une perte de goût, ont été infectés.
  

Les fumeurs mieux protégés ?

Une autre hypothèse est confirmée et chiffrée : le virus a quatre fois moins touché les fumeurs que les non-fumeurs. Ainsi, "seulement 7,2% des fumeurs de la cohorte ont été infectés alors que 28% des non-fumeurs de la cohorte ont été infectés".

Tout en rappellant que le tabac était responsable de 75 000 décès par an en France, les chercheurs estiment que si cette observation était confirmée par d’autres études, elle pouvait "ouvrir la voie vers des pistes de traitement préventif ou curatif du Covid-19".

Selon une étude menée par une équipe de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière
, la nicotine pourrait avoir des vertus préventives contre le virus.
 

Autres découvertes

Pendant les recherches sur les 661 personnes étudiées, les scientifiques se sont aperçus que les personnes infectées nécessitant une prise en charge hospitalière étaient plus âgées : 49 ans en moyenne contre 18 ans chez les personnes non hospitalisées. Les chercheurs ajoutent qu’aucun décès n’a été observé dans la population. "Au total, 5,3% des personnes infectées ont été hospitalisées".

Autre élément souligné : le taux de pénétration du virus est similaire chez les femmes et les hommes.
 

Des tests sérologiques efficaces

Pour mener à bien leurs recherches, les scientifiques se sont appuyés sur des tests de détection du virus mais aussi sur trois méthodes de test sérologique, développées par l’Institut Pasteur.

"L’accès à des tests sérologiques fiables, et la collaboration de la population de Crépy-en-Valois, nous ont permis de faire une étude très riche d’enseignements en très peu de temps", conclut Arnaud Fontanet.

Cependant ces tests de recherche, nécessitant du matériel spécifique, sont impossibles à généraliser. Ils ne remplaceront donc pas les tests sérologiques actuellement proposés au grand public par certains laboratoires et pourtant "moins fiables", avec "5% de faux positifs" selon Arnaud Fontanet.
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
covid-19 santé société sciences culture