En 20 ans, les Hauts-de-France ont perdu entre 14 et 27 espèces de papillons de jour : "c'est parce qu'on ne s'en préoccupe pas qu'ils disparaissent"

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Pour la première fois en France, un indicateur a permis d'estimer le nombre d'espèces de papillons de jour qui ont disparu. Sur les 301 espèces en France métropolitaine, deux tiers ont disparu d'au moins un département qu'elles occupaient au siècle dernier. Les Hauts-de-France sont particulièrement touchés.

Sur les 301 espèces de papillons de jour recensées en France métropolitaine, 200 ont perdu d'au moins un département, soit 66%. L'indicateur, mis au point grâce au travail bénévole de passionnés, est sans appel.

Publié le 1er juillet 2022 par l'Observatoire national de la biodiversité, l'outil met en lumière les zones les plus touchées.

Aucune région n'est épargnée, les départements les plus urbanisés en tête. Les Hauts-de-France sont en alerte. "On a perdu entre 14 et 27 espèces de papillons", constate Xavier Houard, coordinateur scientifique à l’Office pour les insectes et leur environnement (OPIE) qui a lancé ce projet.

La destruction importante des milieux naturels et leurs transformations sont les principales causes de ce déclin. "Les maux sont bien connus. C'est l'agriculture intensive, le fait qu'on ait privilégié les paysages en cultures céréalières ou betteravières. Le fait aussi qu'on supprime des prairies et des haies", précise le scientifique.

Premières victimes : les espèces spécialistes

Les premières victimes de cette disparition sont les lépidoptères qui dépendent d'un type de milieu naturel particulier, comme celles des prairies. "Ce sont les espèces spécialistes, indique Xavier Houard. Vous avez par exemple, le Damier du frêne, bien connu en Artois et qui a complètement disparu des Hauts-de-France. Tous les départements n'avaient pas historiquement la même faune. Le Pas-de-Calais a toujours été un peu plus faible en espèces de papillons alors que sur la bordure continentale, l'Aisne a toujours été plus riche en papillons."

Le déclin concerne de nombreuses autres espèces. Ainsi l’Hermite (Chazara briseis) et l’Agreste (Hipparchia semele) ont déserté les pelouses sèches. Le Mélibée (Coenonympha hero), lui, a subi une régression de ses effectifs sur les pelouses humides alors que l'Azuré des Mouillères (Phengaris alcon) n'est plus connu que dans l'Aisne. Enfin, la Bacchante (Lopinga achine) ou le Grand Collier argenté (Boloria euphrosyne) ont disparu des clairières forestières.

Cependant, certains de ces pollinisateurs s'accommodent des environnements humains, tel le Brun du pélargonium (Cacyreus marshalli) qui pond dans les jardinières des villes depuis quelques années et qui semble conquérir des milieux plus naturels. Cette espèce aurait même gagné 56 départements, assure l'OPIE. Pour autant, ces espèces généralistes ne sont pas assez nombreuses pour compenser la perte de leurs congénères.

Les ambassadeurs à l'étude

Il n'existe à ce jour, aucun autre indicateur ONB concernant les insectes. Seuls, les papillons de jour ont de tout temps bénéficié d'un capital sympathie et sont ainsi les mieux suivis par les amateurs qui scrutent et regardent les espèces présentes. 

Lancé en 2019, l'indicateur national repose sur l'analyse de 2 millions de données d'observations publiques des papillons de jour, disponibles dans l'inventaire du patrimoine naturel. Certaines ont été collectées au XIXe siècle. Elles sont recensées depuis, par tranche de vingt ans.

L'enjeu est d'autant plus important que, selon les experts, ces pollinisateurs sont représentatifs de l'état de conservation des milieux naturels.

Observer pour mieux agir

L'outil va ainsi permettre de surveiller le déclin des papillons de jour pour mieux orienter les politiques de conservation, grâce à un plan national d'Actions décliné dans chaque région. "C'est vraiment la réponse pour stopper cette érosion, affirme Xavier Houard. C'est parce qu'on ne s'en préoccupe pas que ça disparaît. On peut faire pression sur les pouvoirs publics pour par exemple, moins faucher le bord des routes. Les grands talus, il n'y a aucune nécessité de les faucher. On pense toujours aux papillons adultes, mais il faut que le mâle et la femelle se rencontrent et que la chenille se développe pendant un an sur les herbes hautes. Or quand on fauche, on détruit toutes les chenilles".

Alerter les élus mais aussi le grand public pour l'inciter à agir. "Il faut prendre conscience du phénomène. On peut choisir une consommation plus vertueuse pour l'environnement en privilégiant le bio. Dans son propre jardin, on peut laisser les herbes folles s'exprimer".