Accouchement à la lumière de portable, portes bloquées... L'inquiétante panne d'électricité de la maternité de Senlis

L'entrée du groupe hospitalier public du Sud de l'Oise (GHSPO), à Senlis / © France 3 Picardie
L'entrée du groupe hospitalier public du Sud de l'Oise (GHSPO), à Senlis / © France 3 Picardie

Panne d'électricité de plus de deux heures, éclairage aux téléphones portables, sages-femmes bloquées, absence de péridurale, circuit téléphonique interne inaccessible... La maternité de Senlis a connu plusieurs incidents d'une gravité inquiétante au cours de ces dernières semaines.

Par France 3 Picardie

Effarant, aberrant, invraisemblable, intolérable même...  Les adjectifs pour décrire les multiples incidents survenus à la maternité de Senlis ces dernières semaines sont nombreux, graves et, malheureusement, justifiés.

À l'origine de ces dysfonctionnements : une panne d'électricité, accompagnée d'une panne du relais générateur, intervenue le 24 avril 2019, qui a paralysé le bloc obstétrical de l'établissement pendant 2h20.

Accouchement à la lumière de téléphones portables

Dans un document interne d'une dizaine de pages que nous avons pu consulter, l'incident, qui a fortement perturbé la vie du GHSPO, y est décrit de façon plus appronfondie.

Il y est rapporté qu'une femme a "accouché sans éclairage (à la lumière des téléphones portables)", qu'une deuxième parturiente a du réaliser son "accouchement de suivi de grossesses pathologique" à la lueur d'un portable en salle de pré-travail et qu'une troisième patiente "n'a pas pu obtenir de péridurale, car il y avait aucune possibilité de surveillance".
 
Dysfonctionnement à la maternité de Senlis
La maternité de Senlis a connu plusieurs incidents d'une gravité inquiétante au cours de ces dernières semaines. De quoi provoquer de nouveaux émois, 6 mois après la fermeture de la maternité de Creil et au transfert de ses services à Senlis. - France 3 Picardie -  Mickaël Guiho, Nicolas Corselle et Jean-Marc Descamps.

Une sage-femme coincée avec un bébé en souffrance

Et ce n'est pas tout. Le document fait également état d'un sas verrouillé empêchant les agents d'entrer et sortir, d'un blocage de la porte d'accès du bloc obstétrical, dont "le mécanisme est cassé depuis cette panne", avec des portes ouvertes en permanence permettant les allées et venues de personnes étrangères au service. Ou bien encore des agents n'ayant "pas accès à l'informatique ni au réseau téléphonique (circuit interne)".

Ce jour-là, une sage-femme se serait même retrouvée coincée dans le sas avec "un bébé en souffrance qu’il fallait évacuer (césarienne en cours sur une grossesse gémellaire) dans l'impossibilité "de donner les soins adéquats au nouveau-né".

Les auteurs de cette enquête ajoutent qu'il s'agit là des premiers éléments recueillis et qu'un approfondissement est "nécessaire afin de mesurer l'ensemble des conséquences de cette panne électrique".

La "situation n'est pas nouvelle"

Les auteurs poursuivent et enfoncent le clou en précisant que cette "situation n'est pas nouvelle" et que "de tels problèmes auraient dû être anticipés puisque des essais réglementaires de coupure sont effectués chaque dernier mercredi du mois en cours".

Ces incidents sont d'autant plus préoccupants que la maternité de Senlis est l'établissement hospitalier qui a été désigné pour assurer les accouchements de la maternité de Creil. Cette dernière a fait l'objet d'une fermeture, qui a été très contestée par les habitants et les élus de la région, en janvier dernier. Même si depuis cette fermeture exigée par l'Agence régionale de la santé (ARS), le président de la République, Emmanuel Macron, a demandé au préfet de l'Oise de rouvrir le dossier.

En cas de fermeture définitive, ce sont environ 1500 accouchements annuels supplémentaires que la maternité de Senlis devra assurer. Selon la mairie de Creil, la maternité de sa ville "touche quelque 100.000 habitants".

Aucune "conséquences graves" selon la direction

À la suite de cette série de dysfonctionnements révélée dans un article de L'Humanité  paru le 31 mai, la direction du GHSPO, via son directeur Didier Saada, ne s'est pas faite prier et a apporté sa réponse. Elle assure que "d'une manière générale, les accouchements se déroulent dans une bonne qualité de prise en charge et dans la sécurité, avec des retours importants de satisfaction" et qu'elle et l'encadrement médicale et paramédical "suivent de très près la mise en place de cette maternité regroupée et son évolution". "Un comité de suivi se réunit tous les lundis après-midi pour faire le point du fonctionnement et des besoins."

Sur l'incident électrique, la direction répond que "le relais électrique qui semble avoir fait défaut a été changé très rapidement, et son fonctionnement a été correctement validé ; il n’y a pas eu de conséquences graves de cet incident, ni pour la parturiente ni pour le bébé". Et d'ajouter, en prenant soin de se vouloir rassurante, que ce point reste "bien évidemment sous vigilance forte."
 
La direction a ensuite pris le temps de répondre au cas par cas :
  • "Concernant le sas d’accès à la salle de césarienne : Il faut savoir qu’il s’agit tout d’abord d’une nouvelle salle, créée dans le cadre du regroupement à Senlis ; Son utilisation est exceptionnelle, spécifique pour les césariennes d’extrême urgence uniquement ; autrement, les césariennes se font dans le bloc général, comme depuis toujours à Senlis, sans difficultés ; Cette nouvelle salle est équipée d’un sas, que nous avons sécurisé par l’ajout de poignées permettant le cas échéant une ouverture manuelle. Suite à l’incident, des derniers tests vont être très prochainement faits pour s’assurer du bon fonctionnement, permettant la mise en service définitive"
  • "Concernant les sonnettes d’appel des parturientes, tout est conforme"
  • "Concernant la sécurité incendie, les travaux ont fait l'objet d'un avis favorable de la part des membres de la commission de sécurité et d'un arrêté d'ouverture des locaux"
  • "Concernant les matelas posés sur des tables roulantes, ces dernières sont adaptées aux nourrissons et sont chauffantes. Elles sont utilisées le temps que le matériel complémentaire arrive"
  • "Enfin, concernant le manque de chambres, l’intensité de l’activité a amené le GHPSO à décider d’une extension de la capacité prévue pour mi-juin, ce qui permettra de faire face à cette situation"
Malgré leur colère et leurs revendications, les auteurs du document reconnaîssent néanmoins de leur côté que le sas d'entrée du bloc maternité avait en effet été modifié, mardi 28 mai 2019. "Désormais les deux portes peuvent s'ouvrir en simultané" et il est possible de "les manipuler manuellement en usant un peu de fermeté".

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