D'ici le mois de décembre, un projet de loi devrait être examiné au Parlement. Ce projet est censé faciliter la transmission des exploitations. À qui appartiennent ces exploitations ? Comment se faire accompagner ?
L’installation et l’accès à la terre, un enjeu qui préoccupent les agriculteurs d'aujourd’hui. Des problématiques importantes car en 2020, dans les Hauts-de-France, 39% des exploitations étaient dirigées par un chef ou plusieurs exploitants tous susceptibles de partir à la retraite dans les 10 ans.
Qui sont ces agriculteurs qui s'installent ?
Si ce n’est son arrière-grand-père agriculteur, rien ne prédestinait cet ancien conseiller d’entreprise à diriger une exploitation de 70 hectares. Rien, si ce n’est l’envie. À Vis-en-Artois, dans le Pas-de-Calais, Victor Lefebvre se remémore : " j’ai toujours voulu être agriculteur depuis que je suis tout petit, je ne peux pas l’expliquer, c'est quelque chose qu’on a en soi plus qu’autre chose. D’être dehors en plein air, voir la nature, de faire pousser des choses et faire de l'alimentaire."
Une parcelle se vend librement une fois tous les 300 ans voire 400 ans.
Dominique FosseSociétés Aménagement Foncier et d'Établissement Rural
Mais encore fallait-il accéder à la terre, elle se fait rare, très rare même dans le Pas-de-Calais. Dominique Fosse, directeur opérationnel du Pas-de-Calais de la SAFER (Société d'Aménagement Foncier et Etablissement Rural), explique : "Une parcelle se vend tous les 100 ans, or les deux tiers du marché sont tenus par les locataires en place qui sont prioritaires pour acheter. A cela, s'ajoute qu'il y a aussi "des ventes en famille, ce qui veut dire une parcelle se vend librement une fois tous les 300 ans voire 400 ans si on inclut les ventes en famille."
Sans parler du profil de l’agriculteur qui s’installe. "Les propriétaires sont attachés à la terre ils ne veulent pas voir n’importe qui exploiter cers terres et généralement aiment bien que ce soit de façon locale", détaille Nicolas Rahou, conseiller fiscal à la SAFER.
Victor Lefebvre connaissait le cédant mais ce dernier n’était pas propriétaire de la totalité de la parcelle, il a donc décidé de faire appel à la SAFER, un organisme avec des missions d’intérêt général, qui peut aller jusqu’à préempter si nécessaire.
"Le jeune qui s’installe, doit acheter les bâtiments, du matériel éventuellement, du cheptel s’il est éleveur, au niveau de ses capacités pour acquérir il est limité," souligne Dominique Fosse."Donc la SAFER joue un rôle de modérateur au niveau des prix. Nous sommes là pour accompagner le mouvement, éviter les excès." conclut – il.
Je pense que toute installation est assez compliquée et c'est aussi assez stressant car on sait jamais l’aboutissement du projet.
Victor LefebvreAgriculteur
Entre 2019 et 2022, dans les Hauts-de-France, on recense plus de 2400 nouveaux exploitants mais le taux de remplacement n’est que de deux installations pour trois départs.
Benjamin Louvet fait aussi partie de ces nouveaux agriculteurs. Ingénieur en biotechnologie de formation, il s’est ensuite dirigé vers le social, mais n’a jamais oublié le potager de ses grands-parents. Son projet de maraîchage en tête, il a visité plusieurs parcelles, avant de découvrir ce lieu, niché à Yzeux (Somme). "C’est notre coup de cœur ! C'est pour ça que l'on s’est battu, pour obtenir ces parcelles-là." À plus de 40 ans, Benjamin et son associé ont dû convaincre la SAFER, mandatée dans le cadre d’une liquidation judiciaire, de la pertinence de leur projet et ce n’était que le début des démarches.
Il poursuit :"Le rôle de la SAFER a été de rencontrer les propriétaires. Ici, il a treize parcelles et neuf propriétaires, donc il a fallu mettre tout le monde autour d’une table, convenir d’un prix de vente, puis de convaincre les propriétaires de vendre."
Car pour Benjamin, le projet reste l’essentiel. Le sien : proposer des légumes biologiques en vente directe et sur le marché. Pour cela, il s’est formé pendant un an auprès d’un maraîcher ce qui n’a pas empêché quelques réticences. "Mes parents n’étaient pas agriculteurs. Mais mes grands-parents oui et tout le restant de ma famille est exploitant agricole". Quelles ont été leurs réactions ? " Lorsque je me suis installé en maraîchage, ils m’ont regardé d’un drôle d’air et riaient un peu de mon projet mais et une fois installé, ils ont commencé à me considérer autrement." avoue-t-il fièrement.
Une installation qui prend du temps, un travail de la terre qui ne s’improvise pas, des sacrifices aussi. Benjamin l’admet volontiers, mais aujourd’hui, pour rien au monde il ne reviendrait en arrière.